Ouattara, Alassane Dramane
Publié le 10/04/2013
Extrait du document
1 | PRÉSENTATION |
Ouattara, Alassane Dramane (1942- ), homme politique de Côte d’Ivoire, ancien Premier ministre (1990-1993) et leader du Rassemblement des républicains (RDR).
Comptant parmi les principaux prétendants à la succession du père de la nation Félix Houphouët-Boigny, Alassane Dramane Ouattara, d’origine burkinabé, s’est vu contester sa nationalité ivoirienne et, par conséquent, son éligibilité, à partir du milieu des années 1990, et a été au centre du débat politique né autour du concept d’« ivoirité «. Censée préserver l’identité ivoirienne, dans un pays où le tiers de la population est d’origine étrangère, l’introduction de cette notion complexe distinguant Ivoiriens de souche et population immigrée s’inscrit dans un contexte de crise économique propice au rejet de l’étranger et à son exploitation politicienne.
2 | UN ÉCONOMISTE RENOMMÉ |
Né à Dimbroko, près de Yamoussoukro, dans le centre de la Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara (surnommé « ADO «) est le fils d’un ancien chef traditionnel de la Haute-Volta, un territoire intégré à la Côte d’Ivoire entre 1932 et 1947 et constituant de nos jours le Burkina.
De 1952 à 1962, Alassane Ouattara fait ses études primaires et secondaires en Haute-Volta. Muni d’une bourse américaine, il se rend aux États-Unis et obtient un master en économie en 1967. Étudiant brillant, il entre en 1968 au Fonds monétaire international (FMI) comme économiste. Il reste alors étranger aux nombreux mouvements de contestation qui enflamment le campus universitaire d’Abidjan. Après son doctorat en sciences économiques (1972), il intègre la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à Paris l’année suivante, puis en devient gouverneur à Dakar (Sénégal) à l’âge de 40 ans. En 1988, il est nommé à la direction ivoirienne de la BCEAO.
3 | LE PREMIER MINISTRE D’HOUPHOUËT-BOIGNY |
C’est à ce fonctionnaire international peu connu dans son pays que Félix Houphouët-Boigny fait appel en 1990 alors que la crise économique suscite une contestation généralisée dans le pays. Pour ne pas s’aliéner les différentes communautés, le président ivoirien préfère faire appel à ce technocrate sans passé politique ni soutien ethnique pour administrer à la Côte d’Ivoire les mesures d’austérité qui s’imposent. Il en fait son Premier ministre, un poste qu’il avait évité de créer pour ne pas mettre sur les rangs un dauphin potentiel. En bon gestionnaire, Alassane Ouattara diminue de moitié le nombre de ministres, s’entoure d’une équipe technique au grand dam des hommes politiques locaux et prépare la dévaluation du franc CFA (effective en 1994).
4 | UNE NATIONALITÉ CONTESTÉE PAR LE CONCEPT D’IVOIRITÉ |
Après la mort du « Vieux « en décembre 1993, Alassane Ouattara conteste au président de l’Assemblée nationale Henri Konan Bédié, héritier prévu par la Constitution, l’accession automatique à la magistrature suprême. Entré en dissidence avec l’ancien parti unique, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il crée le Rassemblement des républicains (RDR) dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre 1995. Mais, en raison de ses origines burkinabés, il se voit contester son « ivoirité «, un concept introduit par Henri Konan Bédié qui frappe de nombreux immigrés du Sahel établis dans le pays depuis plusieurs générations. Interdit d’élection par la Cour suprême pour nationalité douteuse, Alassane Ouattara conserve son poste de directeur général adjoint du FMI (1994-1999).
Après le coup d’État militaire de décembre 1999 et la destitution d’Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, leader de l’opposition au sein du Front populaire ivoirien (FPI), et Alassane Ouattara font partie d’un gouvernement d’union nationale présidé par le général Gueï. Toutefois, en prévision des futures élections de 2000, Laurent Gbagbo relance le débat sur l’ivoirité ; la candidature d’Alassane Ouattara est de nouveau rejetée.
Dans un climat politique fortement dégradé, une tentative de coup d’État perpétrée en septembre 2002 dégénère en guerre civile et consacre la partition du pays entre le sud loyaliste et le nord contrôlé par les rebelles ; les « nordistes « soutenant la représentativité d’Alassane Ouattara, elle n’en est que plus déniée par les partisans de Laurent Gbagbo dans le sud. Accusé d’être l’instigateur de la tentative de coup d’État, Alassane Ouattara quitte la Côte d’Ivoire et s’installe en France. Il reste en retrait tout au long des négociations menées entre gouvernement et rebelles (qui aboutissent aux accords de Marcoussis en janvier 2003), alors que la crise ivoirienne connaît des dérapages sanglants. À la suite des accords de paix de Linas-Marcoussis (janvier 2003), puis d’Accra (juillet 2004) et de Pretoria (avril 2005), et des réformes législatives adoptées en décembre 2004 et modifiant notamment les conditions d’éligibilité à la présidence, il rentre en Côte d’Ivoire en janvier 2006 afin de participer à la future élection présidentielle prévue la même année.