L'HOMME EST-IL UN ANIMAL DENATURE ?
Publié le 22/02/2012
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Non, ce n'est ni un canular, ni une hypothèse saugrenue tout droit sortie de l'imagination fertile des philosophes, mais une découverte on ne peut plus scientifique.
Oyez, Oyez, bonnes gens, qu'on se le dise : le singe descend de l'homme !
Nous fêtons en 2009 le cent cinquantième anniversaire de L'origine des espèces de Darwin. Il y a quelques années, les paléontologues ont exhumé Ardi, âgé de cinq millions d'années. Depuis la découverte d' Ardi (nôtre « nouvel ancêtre »), de nombreux scientifiques ont confirmé ce qu'ils pressentaient, à savoir que le redressement des hominidés sur leurs deux jambes a précédé l'apparition des grands singes. Ce constat, tout en relançant la question de nos origines, lance un vaste débat philosophique : si l'humain n'est plus réellement caractérisé par la bipédie complète, pas plus d'ailleurs que la taille du cerveau ou les outils, alors par quoi est-il caractérisé ?
Dans le schéma jusqu'ici adopté, le redressement de l'Homme ne se faisait qu'à la fin du parcours : sortant de la forêt pour rejoindre la savane, l'Homme ayant désormais accès à un espace plus ouvert aurait « conquis sa verticalité ». Selon le philosophe et préhistorien André Leroi-Gourhan, la bipédie permanente de l'Homme (à distinguer de la bipédie occasionnelle de l'ours par exemple) serait à l'origine de ce qu'il appelle les « trois grands libérations » : celle de la main pour l'outil, celle de la face pour le langage, et celle du cerveau pour l'intelligence. Depuis Ardi, ce schéma a volé en éclats : la découverte de bipèdes vieux de sept millions d'années conduit les scientifiques à penser que l'ancêtre éloigné des Hommes et de grands singes, en plus d'être bipède, ressemblait davantage aux premiers qu'aux seconds.
S'il y avait des singes avant l'homme (depuis cinquante millions d'années) les grands primates comme le chimpanzé ou le bonobo, en lesquels nous pensions trouver une image proche de notre ancêtre commun sont en réalité les descendants lointains des premiers Hommes bipèdes. De plus la quadrumanie (fait d'avoir les pieds aussi agiles que les mains), dont on pensait qu'elle avait précédé la bipédie, ne serait qu'une spécialisation tardive, puisque les premiers primates en étaient dépourvus. Ce qui nous conduisons à inverser le schéma classique et à dire à présent que le singe descend de l'Homme.
Cette découverte réfute t'elle la théorie Darwinienne ?
Même si Ardi bouleverse le schéma de l'évolution, il étaie le principe darwinien d'une origine animale de l'humanité et d'une modification des espèces suivant l'évolution de leur environnement.
Et le créationnisme dans tout ça ?
Les créationnistes sont aussi confortés dans leur opinion par cette découverte : selon eux, si les pré humains étaient bipèdes, alors c'est bel et bien que Dieu a créé l'Homme à son image : debout.
D'un point de vue plus philosophique, il convient de s'interroger et d'examiner chez différents philosophes ce qui, selon eux fait notre exception. Et bien entendu, de l'antiquité au XXème siècle, tous divergent…
Platon décrit l'Homme comme victime d'une étourderie qu'il raconte dans le mythe du Protagoras : Epiméthée, chargé par les dieux de distribuer diverses qualités et dons physiques aux êtres vivants aurait oublié de doter l'Homme. Pour pallier cela, Prométhée dérobe le feu et l'habileté technique aux dieux, mais les hommes ne peuvent fonder de cité ou lutter contre les bêtes sauvages avec ces seuls atouts : Zeus leur donne alors en partage la conscience politique pour sauver l'espèce et lui permettre de vivre en communauté (contrairement à l'animal, doté d'armes naturelles mais dépourvu de raison et d'art politique).
Selon Aristote l'Homme se différencie de l'animal par le logos, à savoir la faculté de parler et de raisonner. L'animal est purement sensitif et ne peut s'exprimer par les mots.
La position de Descartes est résumée dans cette seule phrase « l'Homme est une substance dont toute la nature ou l'essence est de penser ». La conscience distingue l'Homme de l'animal qui n'est qu'une machine dépourvue d'âme et ne suit que l'impulsion naturelle.
Kant expose le fait que l'Homme possède une liberté morale et n'est pas asservi à ses seuls instincts, contrairement à l'animal. Cependant si l'animal n'a aucun droit sur l'Homme, et l'Homme aucun devoir envers l'animal, si l'Homme maltraite l'animal, il porte atteinte à sa propre humanité.
Au XIXème siècle alors que la deuxième révolution industrielle bat son plein, Marx affirme que la supériorité de l'Homme se fait par le travail et la domination de la nature, alors que l'animal peut tout au plus utiliser la Nature, mais en aucun cas la dominer.
Heidegger, au XXème siècle, affirme que la singularité de l'Homme réside dans son existence (qu'il caractérise comme le fait d'être impliqué dans des projets et des choix). L'animal ne s'implique pas : il est mais n'existe pas.
Mais alors me demanderez-vous, qui sommes nous donc ? A vous de cogiter et d'y répondre !
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