L'Espagne admise à l'UNESCO
Publié le 22/02/2012
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19 novembre 1952 - Venant aussitôt après les satisfactions, au moins partielles, qui lui ont été accordées au sujet du statut de Tanger, c'est un nouveau succès-beaucoup plus important celui-là-que le gouvernement franquiste remporte aujourd'hui, et dont il ne manquera pas de tirer parti sur le plan intérieur pour consolider le régime actuel et pour gagner peut-être à lui un plus grand nombre d'adhérents dans la péninsule même.
La décision de l'UNESCO n'a causé aucune surprise. L'évolution des rapports internationaux avec l'Espagne-principalement de la part des puissances occidentales-depuis le rétablissement des relations diplomatiques poursuit en réalité son cours inéluctable. Il est à peine besoin de rappeler que cette évolution est dictée surtout-pour ne pas dire exclusivement-par des considérations stratégiques et militaires. Elle aura son aboutissement forcé dans la collaboration de l'Espagne, sous une forme ou sous une autre, à la défense atlantique.
Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'au cours des dernières années l'Espagne a été admise à siéger dans différents organismes internationaux spécialisés, ce qui préparait méthodiquement son entrée à l'UNESCO.
Pour justifier cette dernière on a mis particulièrement en avant le principe de l' " universalité ". Ce qui n'est pas absolument déterminant si l'on songe que le Portugal-où la " dictature " de Salazar est à coup sûr bien moins lourde que celle de Franco-ne fait pas encore partie de l'UNESCO. Il est vrai que le cabinet de Lisbonne ne l'a jamais sollicité...
D'un point de vue plus élevé il apparaît comme assez paradoxal que l'Espagne et son voisin ibérique soient exclus d'un organisme culturel international alors que ces deux pays ont joué dans le passé et continuent de jouer, avec les jeunes nations qui sont leur prolongement dans le Nouveau Monde, un rôle si important dans la civilisation mondiale.
On objectera pour ne parler que de l'Espagne que son régime actuel ne paraît guère s'accommoder avec la Déclaration des droits de l'homme telle que l'UNESCO l'a inscrite en tête de son programme. Mais le gouvernement franquiste est en mesure de répondre que nombre de pays siègent déjà dans cet organisme dont les gouvernements, de celui du général Peron à celui du maréchal Tito, ne sauraient passer pour des modèles du point de vue des droits de l'homme.
C'est cependant la raison pour laquelle les délégués de certaines républiques, telles que l'Uruguay et le Mexique-qui n'ont pas cessé pourtant de se considérer comme des filles de la vieille Espagne.-ont refusé dans le vote d'hier de s'associer à la majorité.
Pour sa part, le gouvernement de Madrid a donné l'assurance que toutes les publications de l'UNESCO entreraient " librement " sur son territoire, et l'ambassadeur d'Espagne à Paris, le comte de Casa Rojas, n'a pas manqué, aussitôt après le vote, de réaffirmer cette promesse, en rappelant à ce propos la politique, beaucoup plus libérale selon lui qu'on ne l'imagine d'ordinaire à l'étranger, qu'observent les autorités de son pays en matière d'enseignement, d'usage des langues régionales, de pratique des cultes, etc.
A cela les adversaires de Franco ripostent en reproduisant ses propres paroles prononcées il y a quelques jours devant quatre cents chefs syndicaux qui s'étaient réunis pour la première fois en un " conseil politique syndical ".
" Nous avons refusé dès le début, a proclamé le Caudillo, une démocratie qui nous avait conduits plusieurs fois à la guerre civile, à la misère et à la désintégration de la patrie. " Il s'agit sans doute, au dire du généralissime, d'une fausse démocratie " inorganique " comparable, selon lui, à celles que l'on désigne de l'autre côté du rideau de fer sous le nom de " démocraties populaires ". La question serait donc de s'entendre une bonne fois sur la signification du mot " démocratie ". N'est-ce pas à cela que devrait s'employer l'UNESCO à présent que les représentants de l'Espagne vont pouvoir y exposer en toute liberté leurs conceptions... ?
BULLETIN DE L'ETRANGER
Le Monde du 21 novembre 1952
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