La présidence Zeroual, cinq ans d'espoirs déçus
Publié le 17/01/2022
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15 avril 1999 -
Le premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, n'avait sûrement pas prévu que le sixième sommet de l'Asie-Pacifique, dont il est
Au cours d'une allocution surprise, prononcée peu avant le journal télévisé de 20 heures, le 11 septembre 1998, Liamine Zeroual annonce à l'Algérie interloquée sa décision de quitter ses fonctions avant la fin d'un mandat qui devait s'achever à la mi-novembre de l'an 2000. Il précise aussitôt qu'il restera au pouvoir, en attendant l'organisation d'un scrutin anticipé, pour "assumer la plénitude de [ses] fonctions constitutionnelles jusqu'à l'élection de [son] successeur".
Désigné candidat unique au poste de "président de l'Etat", le 28 janvier 1994 (après la défection d'Abdelaziz Bouteflika), par la conférence nationale de "consensus", Liamine Zeroual, général à la retraite, prête serment le 31. Il est élu à la présidence de la République le 16 novembre 1995, au premier tour de scrutin, avec 61 % des suffrages exprimés, au détriment de trois candidats malheureux : Noureddine Boukrouh, président du Parti du renouveau algérien (PRA), Mahfoud Nahnah, président du Mouvement de la société islamiste (MSI-Hamas), Saïd Saadi, secrétaire général du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).
Les massacres de civils
Au moment où il s'apprête à quitter la scène politique - après avoir exercé le pouvoir pendant cinq ans -, Liamine Zeroual ne peut présenter qu'un bilan mitigé. Il avait promis à ses électeurs, en 1995, un retour rapide à la paix civile. L'engagement n'a pas été tenu. Certes, il peut prétendre que les massacres de la population civile à grande échelle, qui endeuillaient régulièrement le pays en 1997, n'ont plus cours. Mais chaque jour qui passe apporte son lot de malheurs et la presse nationale continue d'égrener à longueur d'éditions ses litanies de morts violentes de civils, de policiers et de militaires.
Au plan politique, il a fait naître de formidables espoirs au sein de la société algérienne, laissant entrevoir, pour la première fois depuis 1965, à ses compatriotes qu'ils pourraient élire librement un président civil si bon leur semblait. Ils y ont cru, avant de déchanter. Mais la démocratie a certainement progressé un peu puisque avant de se retirer de la course à la présidence, les six adversaires d'Abdelaziz Bouteflika ont eu le loisir de faire campagne et de s'exprimer publiquement en des termes impensables hier encore. De son côté, la presse s'efforce d'étendre ses plages de liberté. Des groupes d'avocats et des individus regroupés en associations osent désormais dénoncer urbi et orbi les atteintes aux droits de l'homme commises par le régime.
En dépit d'embellies, la situation économique et sociale reste préoccupante. Le tiers de la population active est au chômage. Les conditions de vie ne cessent de se dégrader, les inégalités se font de plus en plus criantes : ce constat dressé il y a quatre mois par le Conseil économique et social n'incite guère à l'optimisme pour un pays sorti en 1998 de plusieurs années d'ajustement sous l'égide du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.
Les crédits octroyés par les organismes multilatéraux et le rééchelonnement de la dette publique consenti par les créanciers Occidentaux, indispensables bouffées d'oxygène, n'ont pas enrayé l'anémie de l'économie algérienne. Le pays reste essentiellement tributaire de ses hydrocarbures. Quand le prix du pétrole et du gaz plonge, l'Algérie s'asphyxie. Le budget de 1999, élaboré sur la base d'un baril de brut à 15 dollars, affichait déjà un déficit inquiétant (937 milliards de dinars de recettes pour 1 361 milliards de dépenses). Une nouvelle négociation avec les institutions monétaires internationales pourrait bien s'avérer nécessaire avant l'an 2000, en dépit des dénégations du ministre des finances.
Quatrième chef de l'Etat (après Chadli Bendjedid, Mohamed Boudiaf et Ali Khafi) depuis l'interruption du processus démocratique après la victoire du Front islamique du salut (FIS) en décembre 1991, Liamine Zeroual n'a pas réussi à imposer son autorité à l'appareil militaire dont il est issu. Il a intégré les islamistes modérés de Mahfoud Nahnah dans la coalition gouvernementale et il a lancé des pourparlers avec la direction du FIS. Mais le haut commandement, dans le même temps, négociait avec l'Armée islamique du salut (AIS, le bras armé du FIS) pour faire capoter son initiative, s'ingéniant à empêcher le président Zeroual de sortir grandi de sa louable entreprise de réconciliation.
Liamine Zeroual a tout fait pour tourner la page de 1991, organisant au cours de son mandat des élections locales et législatives, dotant le pays d'une nouvelle Constitution. Il s'est appuyé au cours des quatre dernières années sur le Front de libération nationale (FLN, l'ancien parti unique issu de la guerre d'indépendance), sur le Hamas de l'islamiste modéré Mahfoud Nahnah et sur son propre parti, le Rassemblement national des démocrates (RND), spécialement créé pour soutenir son entreprise, à la veille des législatives de 1997.
Le "parti du président" a parfaitement joué son rôle, remportant, le 5 juin, 155 des 380 sièges de l'Assemblée nationale. Le 23 octobre, le RND recueille 55 % des suffrages aux élections municipales et départementales. Le 25 décembre, il enlève 80 des 96 sièges du Conseil de la nation (Sénat), dont un tiers des membres sont désignés par le chef de l'Etat et les autres élus au suffrage indirect.
Hiérarchie militaire
En six mois, le président Zeroual s'est assuré l'assise dont il avait besoin pour finir de "toiletter" les institutions algériennes et leur donner une touche de légitimité. Il aborde l'année 1998 en toute sérénité, pouvant estimer, à juste raison, disposer de presque deux ans (avant la fin de son mandat en novembre 2000) et de tous les moyens pour sortir le pays de la guerre civile. Mais au sein de la haute hiérarchie militaire - celle-là même qui l'avait placé à la tête du pays en 1994 et qui fait tous les présidents algériens depuis le coup d'Etat de Boumediène en 1965 - certains s'inquiètent de voir M. Zeroual concentrer tous les pouvoirs... trop de pouvoirs peut-être.
En septembre, Liamine Zeroual est contraint à la démission, comme Chadli Bendjedid l'avait été le 14 janvier 1992, par les plus rigides des généraux algériens, ceux qui tirent les ficelles dans les coulisses de la scène politique. En annonçant son départ, M. Zeroual promet des élections démocratiques. De la quarantaine de candidats, sept sont officiellement retenus, dont trois (Abdelaziz Bouteflika, Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche) convenaient à une partie de l'establishment militaire. Les faucons du régime choisissent le moins populaire d'entre eux et pèsent de tout leur poids pour faire "élire" M. Bouteflika. Ils poussent les six autres candidats à se retirer, suscitant ce qu'ils craignaient le plus : l'éclosion d'une opposition politique solidaire.
FREDERIC FRITSCHER
Le Monde du 16 avril 1999
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