Kabbah, Ahmad Tejan
Publié le 06/04/2013
Extrait du document
1 | PRÉSENTATION |
Kabbah, Ahmad Tejan (1932- ), homme d’État sierra-léonais, président de la République de Sierra Leone de 1996 à 2007.
2 | ÉDUCATION ET FORMATION |
Né à Pendembu, dans l’est de la Sierra Leone, dans une famille mandingue de religion musulmane, Ahmad Tejan Kabbah est un fils de notable. Après des études secondaires dans le collège catholique le plus réputé du pays, il poursuit sa formation au Royaume-Uni et obtient en 1959 un diplôme d’économie. Il étudie ensuite le droit et devient avocat dix ans plus tard.
3 | UNE LONGUE CARRIÈRE AUX NATIONS UNIES |
De retour en Sierra Leone, Ahmad Tejan Kabbah occupe plusieurs postes à responsabilité dans l’administration provinciale, puis dans les ministères de l’Éducation et du Commerce. Il quitte la Sierra Leone en 1973, au plus fort du pouvoir autoritaire de Siaka Stevens. Il entame dès lors une longue carrière au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU), et préside notamment, dans le cadre du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), à l’organisation de projets de développement en Afrique orientale et australe. Il assure également la coordination entre les Nations unies, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et divers mouvements de libération africains.
4 | ACCESSION À LA PRÉSIDENCE DANS LE CHAOS DE LA GUERRE CIVILE |
En 1992, alors que la Sierra Leone est en proie à la guerre civile, un jeune capitaine, Valentine Strasser, prend le pouvoir afin de mettre fin à la corruption et aux combats. Ahmad Tejan Kabbah est alors appelé à participer à la mise en place de la transition démocratique orchestrée par la junte militaire au pouvoir. En 1996, lors des premières élections pluralistes organisées depuis trente-trois ans, Ahmad Tejan Kabbah est porté à la présidence sous la bannière du Parti du peuple de Sierra Leone (Sierra Leone People’s Party, SLPP). Mettre fin à la guerre civile qui ravage le pays depuis cinq années est l’un de ses tout premiers objectifs.
En dépit d’un accord signé à Abidjan (Côte d’Ivoire) en novembre 1996 entre le président Kabbah et le chef de la rébellion, Foday Sankoh, les rebelles ne baissent pas les armes. Face à une armée en déliquescence, le président Kabbah s’appuie sur les milices organisées par les Kamajors, une confrérie de chasseurs traditionnels victimes des enlèvements d’enfants dans leurs villages. L’armée régulière sierra-léonaise, qui se sent désavouée, renverse le président Kabbah en mai 1997 et laisse entrer les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) dans la capitale, Freetown.
La société civile, ainsi que les pays voisins et la communauté internationale, récusent le nouveau pouvoir et réclament le retour du président élu, réfugié en Guinée. En février 1998, une force interafricaine d’interposition (l’Ecomog) intervient pour restaurer l’autorité du président Kabbah. Mais les rebelles, qui ont regagné la brousse et s’approvisionnent en armes grâce à la vente des diamants négociés par l’intermédiaire du Liberia de Charles Taylor, s’emparent de nouveau de Freetown en janvier 1999, commettant les pires atrocités sur la population civile.
5 | RÉÉLECTION DE L’ARTISAN DE LA PACIFICATION |
Le président Kabbah comprend qu’il lui faut négocier de nouveau avec Foday Sankoh. En juillet 1999, à Lomé (Togo), il signe un nouvel accord de paix avec le chef du RUF, en échange d’une amnistie générale pour les crimes commis et d’avantages exorbitants. À la suite du non-respect du cessez-le-feu et de l’intervention d’une force internationale (Minusil), un dernier accord de paix est signé en novembre 2000 à Abuja (Nigeria). Le 18 janvier 2002, lors d’une cérémonie marquant l’achèvement du désarmement des différents combattants, le président Kabbah peut proclamer la fin de la guerre civile.
C’est dans ce climat de pacification que se déroulent en mai 2002 des élections générales. Réélu avec plus de 70 p. 100 des suffrages, Ahmad Tejan Kabbah apparaît comme un sauveur aux yeux de la population et de la communauté internationale. L’ancien diplomate hérite d’un pays ruiné et traumatisé par une décennie de guerre sanglante.
6 | UN BILAN MITIGÉ |
Soutenu dans un premier par la Minusil (1999-2005), le président Kabbah peut mettre à son actif la réussite de la transition post-conflit et du processus de réconciliation nationale. Dès le mois de juillet 2002, il fait mettre en place une Commission vérité et réconciliation, chargée de faire la lumière sur les origines du conflit et ses violences, et de permettre le dialogue entre les victimes et leurs bourreaux. Ce « processus thérapeutique « s’accompagne de la création, par un traité entre l’ONU et le gouvernement sierra-léonais, du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), chargé de juger les criminels de guerre. Si l’un des principaux accusés, Foday Sankoh, ne sera jamais jugé (il meurt en détention en 2003), l’ancien président libérien Charles Taylor, considéré comme l’initiateur de la guerre civile, y comparaît en avril 2006. Ahmad Tejan Kabbah peut aussi mettre en avant dans son bilan ses bonnes relations avec les institutions monétaires internationales : en décembre 2006, le FMI et la Banque mondiale effacent 90 p. 100 de la dette extérieure de la Sierra Leone, suivis un mois plus tard par le Club de Paris. Toutefois, les conditions de vie de la population demeurent extrêmement difficiles (avec notamment un taux de chômage de 85 p. 100 chez les jeunes, et 70 p. 100 de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté), menaçant la stabilité du pays. En outre, le bilan du président Kabbah est entaché par une recrudescence de la corruption et par des divisions internes au SLPP qui aboutissent en 2006 à la création d’une formation dissidente, le Mouvement du peuple pour un changement démocratique (People’s Movement for Democratic Change, PMDC).
Ne pouvant briguer un nouveau mandat, Ahmad Tejan Kabbah s’efface progressivement au profit de son vice-président Soloman Berewa. Toutefois, lors de l’élection présidentielle de septembre 2007, celui-ci est battu par Ernest Bai Koroma, leader du principal parti d’opposition, le Congrès pour tout le peuple (All People's Congress, APC).
Liens utiles
- Kabbah, Ahmad Tejan - biographie.
- Djam?l Pacha Ahmad , 1872-1922, né à Mytilène, général et homme politique turc, qui contribua à l'entrée en guerre de la Turquie aux côtés de l'Allemagne.
- B?r?n? (Muhammad ibn Ahmad al-), 973-1048, né à K ?th (Kh?rezm), érudit et écrivain arabe d'origine perse, Après de nombreux voyages en Inde notamment, il se fixa à Ghazni, à la cour du souverain afghan Mahmoud.
- Muhammad Ahmad
- Ahmad Chah Dorrani