Ginzburg, Carlo
Publié le 13/04/2013
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1 | PRÉSENTATION |
Ginzburg, Carlo (né en 1939), historien italien, spécialiste de l’époque moderne et représentant éminent de l’école de la microhistoire.
Né à Turin, Carlo Ginzburg est le fils de deux intellectuels antifascistes, Leone Ginzburg, professeur de littérature russe et fondateur des éditions Einaudi (avec Giulio Einaudi et Cesare Pavese), et Natalia Ginzburg, romancière. Il commence sa carrière à l’université de Bologne et enseigne, à partir de 1988, au département d’histoire de l’université de Californie-Los Angeles (UCLA). Il est membre de l’Accademia delle Arti del Disegno de Florence, et membre honoraire de l’American Academy of Arts and Sciences. Ses ouvrages sont traduits en treize langues.
2 | MICROHISTOIRE ET PROCÈS DE L’INQUISITION |
Spécialiste des procès de l’Inquisition, Carlo Ginzburg inscrit ses travaux dans la « microhistoire «, qui n’est pas une « petite histoire «, mais une histoire analysée au microscope, une microanalyse : il met en œuvre cette approche dès 1976 dans le Fromage et les Vers : l’univers d’un meunier du xvie siècle (Il Formaggio e i verni: il cosmo di un mugnaio del’500), recherche qui utilise les archives d’un procès de l’Inquisition au xvie siècle contre le meunier Menocchio. Ce meunier, habitant dans le Frioul, est poursuivi pour ses idées qui semblent hérétiques. Carlo Ginzburg expose l’univers mental de cet homme, ses façons de penser, sa vision du monde. À partir de l’étude de ce cas, il dresse le portrait original d’un homme de l’époque moderne.
Toujours en se fondant sur les procès de l’Inquisition, il s’intéresse, dans les Batailles nocturnes : sorcellerie et rituels agraires aux xvie et xviie siècles (I Benandanti-stregoneria e culti agrari tra Cinquecento e Seicento, 1980) et dans le Sabbat des sorcières (Storia notturna: una decifrazione del sabba, 1989), à ceux qui sont poursuivis pour sorcellerie ou commerce avec le diable.
3 | LA NOTION DE « PREUVE « EN HISTOIRE |
Les autres préoccupations de Carlo Ginzburg sont tournées vers l’utilisation des sources figuratives (dessins, peintures) comme document historique. Dans l’essai Enquête sur Piero della Francesca (Indagini su Piero, 1981), il tente de saisir ce qu’apporte la documentation figurée par rapport aux témoignages externes et aux sources écrites. Cette approche le pousse à s’engager dans la polémique (virulente aux États-Unis, ancienne et dépassée en Europe), qui oppose les historiens aux sceptiques : ces derniers ont découvert récemment le thème de la subjectivité du chercheur et affirment que la connaissance de la réalité historique, de la vérité, est impossible car tous les chercheurs se projettent eux-mêmes dans leurs travaux et déforment la vérité. Carlo Ginzburg s’inscrit contre cette critique et approfondit la notion de « preuve « en soulignant que l’historien n’a souvent que des indices, des traces, des archives lacunaires, des témoignages tronqués que son travail permet de mettre en perspective.
4 | L’AFFAIRE SOFRI : « LE JUGE ET L’HISTORIEN « |
La vie judiciaire italienne des années 1990 pousse l’historien de l’époque moderne à s’engager dans les affaires de la cité et à lier sa recherche de la vérité et sa connaissance du processus inquisitorial. Dans le Juge et l’Historien : considérations en marge du procès Sofri (Il Giudice e lo storico, 1991), il se plonge dans l’affaire Sofri, ancien membre d’une organisation d’extrême gauche, Lotta continua, poursuivi pour le meurtre d’un policier. Choqué, car l’affaire a fait l’objet de sept procès en neuf ans, Carlo Ginzburg passe au crible de la critique historique les actes des procès. Il retrouve une sensation familière : le procès d’Adriano Sofri ressemble à un procès de l’Inquisition ; des indices matériels ont été détruits par la police, la procédure n’a pas été respectée, les juges ont comblé l’absence de preuves par des conjectures. Sa prise de position n’a pas triomphé, mais elle a attiré l’attention sur les dysfonctionnements de la justice italienne.
5 | LA MISE « À DISTANCE « DE L’HISTORIEN |
En 1998, Carlo Ginzburg publie un ensemble d’études empiriques dans À distance : neuf variations sur le point de vue en histoire (Occhiacci di legno: nove riflessioni sulla distanza). Se penchant sur des thèmes aussi variés que la relation entre le mot et l’image, le statut du témoignage et de la preuve ou encore l’usage politique du mythe, le recueil est une sorte de mise en garde contre la tentation de l’intellectuel (de l’historien en l’occurrence) de s’installer dans une routine mentale mettant insidieusement en place un prisme devant l’interprétation des indices collectés. Carlo Ginzburg s’affirme ainsi comme un intellectuel européen engagé et comme un historien profondément novateur.
Se tournant vers la littérature anglaise, il publie en 2006 Nulle île est une île — Quatre regards sur la littérature anglaise (Nessuna isola è un’isola). En s’attachant à l’œuvre des écrivains Thomas More, sir Philip Sydney, Laurence Sterne et Robert Louis Stevenson, il se plonge dans les rapports entre « littérature de fiction et littérature historienne «, qui le passionnent.
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