Aux origines du racisme, Drumont part en guerre contre " la France juive "
Publié le 17/01/2022
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Listes nominatives
Pour Drumont, " qu'est-ce qui nous gouverne ? Quel est le vrai maître ? C'est le Juif.
C'est le Juif qui tient tout dans ses mains ".
Pour rendre son combat plus efficace, Drumont élabore les premières listes de juifs exerçant des fonctions importantes dans le monde des affaires, de la banque, de la haute administration ou, encore, du mondejudiciaire et de la presse.
De telles listes nominatives seront pratique courante aussi bien dans l'Action française que dans Gringoire , Je suis partout , l'Emancipation nationale et dans l'ensemble de la presse d'extrême droite tout au long de la première moitié du vingtième siècle.
Drumont s'en prend, en permanence, aux Rothschild et, comme denombreux auteurs de son époque tels Jacques de Blez, Morès, Auguste Chirac et bien d'autres, il les accuse d'être àla tête de la banque " cosmopolite " qui domine la France tout entière, n'hésitant pas à ruiner délibérément leurs concurrents, comme l'Union générale, banque catholique, qui connaît un krach retentissant, provoquant une véritablepanique parmi les petits épargnants.
Sur ce point essentiel, Drumont rejoint l'antisémitisme d'une partie importantede l'extrême gauche de son époque, celui de Toussenel, de Leroux, de Proudhon, mais, aussi, durant un certaintemps, celui de Jules Guesde ; c'est pourquoi certains critiques de la Revue socialiste se montreront très sensibles aux thèses de la France juive.
C'est ainsi que Drumont se trouve à l'origine d'un national-populisme qui se veut favorable au monde du travail.
Sonantisémitisme, tout à la fois socialisant et nationaliste, va se montrer capable de déclencher de véritables mouvements demobilisation populaire.
Il rejoint, aussi, un courant anarchiste, habitué à l'usage de la violence, tout en développant uneargumentation plus économique.
Pour lui, le capitalisme est un véritable retour au féodalisme, car, comme il l'affirme dans la France juive devant l'opinion , " du haut de leurs capitaux, comme les seigneurs du haut des donjons d'autrefois, les féodaux juifs guettent tout convoi qui passe à l'horizon ".
Dès lors, tout est clair, et, dans la Fin d'un monde, Drumont soutient que " la bourgeoisie exploitant le peuple est dépouillée à son tour par le juif ".
" Tel est donc , écrit-il, le résumé de l'histoire économique de ce siècle .
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De même qu'une certaine interprétation socialiste réduit l'Etat et le pouvoir politique à de purs instruments de la bourgeoisie,Drumont affirme que les juifs se sont emparés de l'Etat et de l'administration, et que la République n'est que la forme politique queprend leur pouvoir.
En définitive, ils sont devenus, selon l'expression de l'abbé Chabauty, " le maître ", contre lequel il faut se révolter d'autant plus qu'il trahit sans cesse l'intérêt national au profit de ses propres alliances cosmopolites.
Pour Drumont, cesont les juifs qui sont responsables de la guerre de 1870, ce sont eux qui ont organisé la répression de la Commune ; ce sont euxqui veulent les guerres et qui favorisent, à cette époque, l'Allemand, auquel ils vendent les secrets militaires, de même que, plustard, ils apparaîtront, aux yeux des antisémites de l'entre-deux-guerres, comme les alliés des Russes ou des Anglo-Saxons.
" A bas les juifs ! ", " Mort aux juifs ! ", les cris de haine s'étalent à la " une " de la Libre Parole , qui a su trouver un public de plusieurs centaines de milliers de lecteurs, ou, encore, sur celle de la Croix , le grand journal des assomptionnistes, qui s'engage résolument dans le combat antisémite et qui reçoit l'appui enthousiaste du bas clergé, les curés de campagne étant de ferventslecteurs des livres de Drumont.
Ceux-ci, de même qu'une immense littérature catholique, rédigée par des abbés rivalisantd'antisémitisme, dénoncent les meurtres rituels auxquels se livreraient les juifs.
Pour un large secteur de l'opinion publiquefrançaise, galvanisée par les écrits de Drumont, les juifs représentent le mal absolu, à l'origine, tout à la fois, du capitalisme, desrévolutions, de la dégradation des moeurs, de la pornographie, de la prostitution, du déclin de la famille, du divorce, ainsi que desmaladies elles-mêmes qui attaquent encore plus sûrement l'âme, française.
Diffusée à des centaines de milliers d'exemplaires,rééditée près de deux cents fois, la France juive va créer dans la France moderne une tradition antisémite raciale qui n'existait pasauparavant, susciter une littérature d'une incroyable violence qui, à travers l'entre-deux-guerres, la haine contre Léon Blum, et lerégime de Vichy, va bouleverser la scène politique, donner naissance à des clivages infranchissables et se constituer, finalement,en une idéologie radicale, systématique, modifiant profondément l'histoire propre aux courants de droite.
Cette idéologie va rapidement se révéler efficace et mobilisatrice.
Avec l'affaire Dreyfus, c'est le triomphe de Drumont, car onpeut considérer qu'il joue un rôle décisif dans son déclenchement, mais aussi et surtout dans la tournure d'extrême violence qu'elleva revêtir.
La Libre Parole détient, enfin, la preuve de la trahison des juifs en faveur de l'Allemagne, jusqu'aux échelons les plusélevés de l'armée, preuve, s'il en est, de l'urgente nécessité de les en exclure, de même que de l'ensemble de l'appareil d'Etat.Jour après jour, Drumont et son équipe accusent et poursuivent de leur haine le capitaine Dreyfus, attaquent les intellectuels qui ledéfendent et, dans ce journal, Zola se voit qualifier de " pornographe vénitien, fils d'un étranger ".
Dans la rue, sous les fenêtres de la Libre Parole , la foule manifeste bruyamment son appui, et, après son procès, Esterhazy, le véritable auteur de la trahison imputée à Dreyfus, vient dans les bureaux du journal pour remercier personnellement l'équipe du soutien qu'elle luiapporte.
Avec des amis, Drumont crée la Ligue antisémitique de France, qui se propose d'abolir les décrets d'émancipation desjuifs - comme le décret Crémieux, en vertu duquel les juifs d'Algérie avaient obtenu la qualité de citoyens français, - d'interdire.
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