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ARTICLE DE PRESSE: La levée de l'embargo américain contre le Vietnam

Publié le 22/02/2012

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3 février 1994 - Il est donc revenu à un président américain qui a échappé à la conscription au moment du conflit vietnamien, et n'a jamais porté l'uniforme, d'accomplir, jeudi 3 février, le premier grand geste de normalisation des relations avec Hanoï : la levée de l'embargo commercial décidé par les Etats-Unis, il y a dix-neuf ans, à l'encontre du Vietnam. La porte est ouverte à l'établissement de pleines relations entre deux pays qui se sont fait la guerre de 1965 à 1973. Les Etats-Unis, du moins leurs hommes d'affaires, reviennent au Vietnam. D'une côte à l'autre des Etats-Unis, alors que commence à s'estomper le traumatisme d'un conflit qui a fait 58 000 morts dans les rangs américains, la décision de M. Clinton a eu un énorme retentissement médiatique. Comme s'il voulait à l'avance se protéger des critiques - surtout de celles qui ne manqueront pas de rappeler son passé d'opposant à la guerre - Bill Clinton (quarante-six ans) s'était notamment entouré, pour annoncer cette initiative, du chef de l'état-major, le général John Shalikashvili, du secrétaire à la défense, Les Aspin, et de certains membres du Congrès grands blessés de guerre et médaillés du Vietnam. A la Maison Blanche, le podium du salon Roosevelt, d'où M. Clinton a fait part de sa décision, avait été décoré de drapeaux. Si les sondages indiquent qu'une majorité d'Américains y est plutôt favorable, la levée de l'embargo suscite la colère de nombre d'associations d'anciens combattants : l'administration abandonnerait le seul vrai moyen à sa disposition, disent-elles, pour obliger Hanoï à faire, enfin, toute la vérité sur les soldats américains prisonniers ou portés disparus durant les combats et dont le sort n'a pas été élucidé. Président de l'American Legion, la plus importante des associations d'anciens combattants, John Sommers a accusé Bill Clinton d'avoir " renié sa promesse " de ne pas lever l'embargo tant que la lumière ne serait pas faite sur les disparus. " C'est une trahison des disparus, de leurs familles, des forces armées, une trahison de millions d'anciens combattants ", a-t-il dit. Opposant militant à la guerre, s'étant débrouillé pour y échapper dans des conditions peu claires, Bill Clinton est politiquement vulnérable sur le sujet. Juste avant la cérémonie du salon Roosevelt, il avait pris soin de recevoir les représentants de l'American Legion, puis de dire tout le respect qu'il avait pour leur point de vue. Mais le président a expliqué qu'il restait fidèle à ses positions. Il s'est déclaré " absolument convaincu " que la levée de l'embargo était, aujourd'hui, " la meilleure méthode " pour inciter les Vietnamiens sur la voie de la coopération dans l'élucidation des cas des disparus. Il n'a pris sa décision qu'après que tous ses collaborateurs - notamment Winston Lord, le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'Asie et l'amiral Charles Larson, commandant des forces américaines dans le Pacifique - lui eurent affirmé, de retour de Hanoï, que les Vietnamiens coopéraient désormais de bonne foi. " Pour maintenir cet état d'esprit ", à Hanoï, " et faire progresser l'affaire des disparus ", la levée de l'embargo (qui était devenu total en 1975, à la chute de Saigon) était, selon M. Clinton, une " décision clé ". Le président a encore annoncé l'ouverture de " bureaux de liaison " au Vietnam pour aider les Américains qui seront amenés à y travailler. Sans doute s'agira-t-il de l'institutionnalisation des missions consulaires américaines opérant déjà au Vietnam depuis plusieurs mois. Niant l'évidence ou jouant sur les mots, M. Clinton a assuré que ces deux décisions ne signifiaient aucunement une " normalisation des relations " bilatérales. Il faudra plus de coopération encore de la part de Hanoi, a expliqué le président, pour que l'on envisage l'établissement de pleines relations diplomatiques. De même a-t-il pris soin d'indiquer que la levée de l'embargo était une décision " réversible " au cas où le Vietnam changerait d'attitude. Mais l'opinion des commentateurs est unanime : c'est une page qui vient d'être tournée dans les relations entre les anciens belligérants et, depuis 1992, c'est bien à une lente normalisation entre Washington et Hanoi à laquelle on assiste. M. Clinton n'a franchi le pas que prudemment. Le terrain avait été préparé au Congrès. La semaine dernière, le Sénat avait voté une résolution - bipartisane - appelant à la levée de l'embargo (62 voix contre 38). Ses coauteurs, John Kerry (démocrate, Massachusetts) et John McCain (républicain, Arizona), présentaient toutes les garanties : le premier a été blessé en opération au Vietnam, le second, pilote, a passé cinq ans dans l'enfer d'une prison vietnamienne après que son appareil eut été abattu. Ils étaient encore appuyés par Bob Kerrey, sénateur démocrate du Nebraska, ancien d'une unité d'élite, qui a perdu une jambe au combat. Bref, le président disposait de la " couverture " politique d'hommes qu'on ne peut soupçonner ni d'avoir été des opposants à la guerre, ni d'être enclins aux concessions à Hanoi. C'est important parce que même si une majorité d'Américains ne trouvent rien à redire à la levée de l'embargo, nombre d'entre eux jugent sévèrement le comportement du Vietnam dans l'affaire des disparus. Ils dénoncent une attitude qui aurait consisté à se venger des Etats-Unis en se refusant à leur dire toute la vérité sur le cas de certains prisonniers et soldats portés disparus au combat. L'affaire remonte à 1973, quand Hanoi et Washington, au moment du retrait des Etats-Unis, assurent que tous les prisonniers américains survivants ont été libérés. En fait, comme l'ont montré les documents du Pentagone ouverts au public cette année, les Vietnamiens mentent et, au mieux, les Américains (les militaires et Henry Kissinger) ont des doutes. Ils portent sur 2 239 hommes, prisonniers dont on aurait perdu la trace ou, pour l'essentiel, disparus en opération, au Vietnam (1 647 d'entre eux) et au Laos (plus exactement à la frontière entre les deux pays). Depuis 1982, Hanoi veut bien en discuter. Au fil des ans, de nombreuses missions de recherche sur le terrain et d'une coopération de mauvais gré de la part de Hanoi - qui ne divulgue ses informations qu'au compte-gouttes - le sort de la plupart d'entre eux a été éclairci ou à peu près. Des restes de dépouilles ont été identifiés et transmis aux Etats-Unis. Moins d'une centaine de cas restent mystérieux. A l'exception de certains escrocs, ou cinéastes auteurs de séries façon " Rambo dans la jungle ", qui exploitent les sentiments des familles d'anciens combattants, personne ne pense qu'il y a encore des Américains prisonniers au Vietnam. Depuis 1992, dit l'administration, le Vietnam a tout fait pour éclaircir les quelque 80 dossiers encore non élucidés. " Des progrès réels et significatifs ont été accomplis ", a affirmé M. Clinton, " les gouvernements du Vietnam et du Laos ont accepté de collaborer sur leur frontière commune ". Toujours selon le président américain, Hanoi " a redoublé d'efforts pour fournir tous les documents pertinents ". Au Sénat, John Kerry avait jugé qu'il était " temps de mettre la guerre derrière nous " et son collègue McCain estimé qu'il fallait " aller de l'avant ". L'embargo " ne sert plus les intérêts américains ", relevait le New York Times. Il le servait d'autant moins depuis un an que le Japon avait levé le sien, diminuant singulièrement l'efficacité du boycottage américain. Quoi qu'en ait dit M. Clinton, qui a assuré que sa décision n'avait en rien été motivé par des considérations économiques, nombre de milieux d'affaires américains faisaient pression pour la levée de l'embargo. Ils voyaient d'un mauvais oeil leurs concurrents asiatiques et européens s'installer au Vietnam. Depuis la fin des années quatre-vingt, et la perte de son parrain soviétique, le Vietnam a libéralisé son économie. Ironie de l'Histoire, les principaux investisseurs au Vietnam sont les pays les plus anticommunistes d'Asie : Corée du sud, Taiwan, Singapour, Hongkong et Japon. Pour reprendre une expression du journaliste Olivier Todd, " le sud a contaminé le nord " (1). Si le régime vietnamien est toujours dictatorial, l'économie est celle que prônait le sud, avant la chute de Saigon. Comme l'écrit le New York Times : " D'une certaine façon, c'est comme si Saigon et non Hanoi avait gagné la guerre le Vietnam d'aujourd'hui, c'est un peu comme une victoire différée de ce que voulaient les Etats-Unis ". Bref, la levée de l'embargo était inévitable. ALAIN FRACHON Le Monde du 5 février 1994
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« au public cette année, les Vietnamiens mentent et, au mieux, les Américains (les militaires et Henry Kissinger) ontdes doutes. Ils portent sur 2 239 hommes, prisonniers dont on aurait perdu la trace ou, pour l'essentiel, disparus en opération,au Vietnam (1 647 d'entre eux) et au Laos (plus exactement à la frontière entre les deux pays). Depuis 1982, Hanoi veut bien en discuter.

Au fil des ans, de nombreuses missions de recherche sur le terrain etd'une coopération de mauvais gré de la part de Hanoi - qui ne divulgue ses informations qu'au compte-gouttes - lesort de la plupart d'entre eux a été éclairci ou à peu près.

Des restes de dépouilles ont été identifiés et transmis auxEtats-Unis.

Moins d'une centaine de cas restent mystérieux.

A l'exception de certains escrocs, ou cinéastes auteursde séries façon " Rambo dans la jungle ", qui exploitent les sentiments des familles d'anciens combattants, personnene pense qu'il y a encore des Américains prisonniers au Vietnam. Depuis 1992, dit l'administration, le Vietnam a tout fait pour éclaircir les quelque 80 dossiers encore non élucidés.

"Des progrès réels et significatifs ont été accomplis ", a affirmé M.

Clinton, " les gouvernements du Vietnam et duLaos ont accepté de collaborer sur leur frontière commune ". Toujours selon le président américain, Hanoi " a redoublé d'efforts pour fournir tous les documents pertinents ". Au Sénat, John Kerry avait jugé qu'il était " temps de mettre la guerre derrière nous " et son collègue McCain estiméqu'il fallait " aller de l'avant ".

L'embargo " ne sert plus les intérêts américains ", relevait le New York Times.

Il leservait d'autant moins depuis un an que le Japon avait levé le sien, diminuant singulièrement l'efficacité duboycottage américain. Quoi qu'en ait dit M.

Clinton, qui a assuré que sa décision n'avait en rien été motivé par des considérationséconomiques, nombre de milieux d'affaires américains faisaient pression pour la levée de l'embargo.

Ils voyaient d'unmauvais oeil leurs concurrents asiatiques et européens s'installer au Vietnam. Depuis la fin des années quatre-vingt, et la perte de son parrain soviétique, le Vietnam a libéralisé son économie. Ironie de l'Histoire, les principaux investisseurs au Vietnam sont les pays les plus anticommunistes d'Asie : Corée dusud, Taiwan, Singapour, Hongkong et Japon. Pour reprendre une expression du journaliste Olivier Todd, " le sud a contaminé le nord " (1).

Si le régime vietnamienest toujours dictatorial, l'économie est celle que prônait le sud, avant la chute de Saigon.

Comme l'écrit le New YorkTimes : " D'une certaine façon, c'est comme si Saigon et non Hanoi avait gagné la guerre le Vietnam d'aujourd'hui,c'est un peu comme une victoire différée de ce que voulaient les Etats-Unis ". Bref, la levée de l'embargo était inévitable. ALAIN FRACHON Le Monde du 5 février 1994. »

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