Sartre et l'amour: commentaire de texte
Publié le 09/03/2012
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Celui qui veut être aimé ne désire pas l’asservissement de l’être aimé. Il ne tient pas à devenir l’objet d’une passion débordante et mécanique. Il ne veut pas posséder un automatisme. […] Mais, d’autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu’est l’engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d’un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s’entendre dire : « Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire ; je vous aime par fidélité à moi-même ? « Ainsi l’amant demande le serment et s’irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l’Autre se détermine elle-même à devenir amour – et cela, non point seulement au commencement de l’aventure, mais à chaque instant – et, à la fois, que cette liberté soit captive par elle-même, qu’elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains. Ce n’est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l’amour, ni une liberté hors d’atteinte mais une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu.
Jean-Paul Sartre, L’Etre et le Néant (1943),
Gallimard, pp. 434-435
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

«
Ensuite, J-P Sartre va nous exposer la manière dont les amants vont tenter d’associer
les deux mêmes notions propres à une relation amoureuse.
« Ainsi l’amant demande le serment et
s’irrite du serment » ; de ce fait en revenant au thème de la fidélité, cette affirmation nous dévoile
que l’amant attend de l’autre qu’il ne le trompe pas mais il faudrait aussi que la question ne se pose
même pas.
Cependant, il est important que la question se pose quand même car sinon il n’y aurait
plus d’intérêt à l’engagement amoureux.
Les deux amants se perdent ainsi dans les troubles de leur
amour et de leurs sentiments car premièrement celui qui aime fait promesse d’amour à l’autre,
puisqu’il accorde librement son amour et est donc affranchi d’un quelconque asservissement.
Mais
secondement, l’amant prétend à être aimé de l’autre et que ce dernier se donne totalement à lui
sans avoir d’autre possibilité d’agir comme cela.
Nous sommes ici au c œur de la relation amoureuse
pleine de confusions et de doutes.
Ainsi, les amants désirent au plus haut point être le seul et
l’unique sujet (ou objet… ?) d’amour de l’autre être aimé qui s’abandonne alors à lui.
Mais cela n’est
appréciable que parce que cet autre est libre de se ressaisir à tout moment, mais aussi parce que cet
abandon et ce don de confiance envers l’autre est une donation inestimable de sa liberté, qui fait
pourtant comme si elle ne pouvait faire sans quoi.
Les amants sont de telles sortes emballés par
l’évidence amoureuse dont l’apparence semble incohérente mais qui reste pourtant lié à la logique
de la possession.
Sartre rationalise ainsi l’amour que l’amant prétend posséder : un amour qui
s’impose à l’être aimé, sans pour autant discréditer sa liberté.
Finalement, après ce raisonnement, J-P Sartre résume sa vision d’une relation
amoureuse par le biais de la dernière phrase du texte « Ce n'est pas le déterminisme passionnel que
nous désirons chez autrui, dans l'amour, ni une liberté hors d'atteinte : mais c'est une liberté qui joue
le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu ».
Pour l’auteur, l’amour n’est alors que folie et
absurdité car à en comprendre sa phrase de conclusion, les amants joueraient un jeu, ce qui nous
emmène à comprendre qu’ils ne sont que des acteurs.
L’établissement d’une relation amoureuse
solide et durable ne serait alors qu’une mascarade, une comédie établie à des fins égocentriques de
la part des amants afin de se sentir combler et épanouie affectivement ? De toute manière, si il y a
établissement d’un jeu tout droit sorti de l’imaginaire au sein d’un couple c’est avant tout parce
qu’on ne peut pas faire autrement car au fond, savoir en tant qu’être ce qui nous est essentiel
(notamment l’être aimé) c’est avant tout avoir fait des choix ultérieurement.
Ainsi, si j’ai la possibilité
de faire des choix, c’est que je suis délibérément libre de mes actes, de mes décisions, mais c’est
aussi renoncer à une part de ma liberté puisque je renonce à tous les autres choix qui m’ étaient
possible d’adopter, sans quoi je n’aurais pas eu à choisir.
Et, ce choix seul permettant de satisfaire
ma liberté est celui qui s’est imposé à moi à tel point qu’il ne me semblait plus utile à délibérer ce
choix.
Ainsi, l’amour peut être perçu comme un jeu mais par notre liberté de conscience il n’en perd
pas pour autant sa sincérité.
D’autant plus que le jeu peut aussi prendre le sens d’une occupation qui
occasionne du plaisir, une activité ludique qui nous permettrait de s’isoler de la réalité telle une
pause dans notre quotidien..
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