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SARTRE ET LA DENATURATION

Publié le 27/02/2014

Extrait du document

sartre

que le morcellement aboutit à son plein épanouissement. On lit dans le

même paragraphe les mots : doigts, ventre, pattes, dos, ongles, poils,

phalanges, bras, main et cuisse. En aucun instant il ne fait directement appel

au mot « corps « . Il y renvoie sans cesse par l’entremise de ses constituants.

C’est la division de l’être, le démembrement de l’individu. De plus, lorsqu’il

regarde sa main, il la voit sur le dos la comparant à un crabe. Disant « ma

main, c’est moi «, il établit un parallèle entre sa main et un crustacé, ce qui,

par le réseau de signification qui s’est implanté, induit que le crabe, c’est lui.

Le crabe est tombé sur le dos. On voit facilement que le rapport à l’être

humain est directement en corrélation avec le monde animal; il n’y a plus

seulement une métaphore qui oppose l’être à ses parties, mais également

l’être à un crustacé. (Cette image du crustacé n’est pas isolée à travers le

roman, elle est reprise notamment à la page 177 :

« Tout d’un coup, j’ai perdu mon apparence d’homme et ils ont vu un crabe

qui s’échappait à reculons de cette salle si humaine. «)

La déhumanisation est d’autant plus forte. Ses doigts deviennent des pattes,

le dos de sa main « on dirait un poisson « – il surenchérit avec l’aspect

visqueux –, la main sur le dos est « une bête à la renverse « ainsi qu’un

crabe mort. Il n’a plus rien d’humain ou presque puisqu’il lui reste toujours

l’aspect psychologique.

LE LANGAGE, LA PENSÉE

Arrive ensuite le paragraphe où il aborde l’aspect psychologique de son être

où encore une fois survient l’idée de douceur, de fadeur. Il faut préciser que

lorsqu’on parle de douceur, on induit immanquablement l’idée de quelque

chose qui est présent de manière subtile, que ce soit en terme de goût, de

son, de couleur, etc. Roquentin nous dit que « les pensées c’est ce qu’il y a

de plus fade. Plus fade encore que la chair. « alors que le texte semblait

nous suggérer que l’existence de son corps était ce qui le dérangeait le plus,

nous nous apercevons qu’il y a pire, les pensées. – « Dans […] la mélancolie,

c’est l’aversion morale du malade à l’égard de son propre moi qui vient en

premier plan [..] « [Freud, 1968; p.153] – Le corps, oui, il dérange, mais les

pensées c’est pis. C’est à nouveau la gradation qui reprend de manière plus

précise celle où il nous présentait l’éveil de l’existence dans sa personne. La

découverte de l’existence se déroulait en trois temps, c’est-à-dire la prise de

conscience, l’englobement qui touche strictement l’aspect physique et plus

tard le remplissage, phénomène qui concerne l’intérieur de l’être. Cette idée

de progression dans la découverte de l’existence est maintenant reprise

cohésivement en plus d’y adjoindre le choc de l’angoisse qu’elle suscite.

Roquentin s’acharne maintenant sur son aspect psychologique. Terminé le

morcellement du corps, abordons, celui de la pensée en s’attaquant à un de

ses organisateurs majeurs, le langage.

« et puis il y a les mots, au-dedans des pensées, les mots inachevés, les

ébauches de phrases qui reviennent tout le temps. «

sartre

« l’écriture pour diffuser d’une certaine manière une partie du contenu de cette analyse.

Bien sûr, la diffusion visait un groupe restreint, des collégiens. L’idée était donc la suivante, présenter un extrait du texte à deux groupes de collégiens dans le cadre d’une seule période de deux heures.

L’expérience avait pour contrainte majeure le temps.

Alors que nombre de gens ont consacré plusieurs écrits à ce même roman, il fallait faire sortir les lignes directrices de l’ensemble du texte en un bref laps de temps. La troisième partie du projet consiste en ce qui se déroule présentement, c’est-à-dire la rédaction du mémoire, lequel décrit de manière plus exhaustive le processus analytique visant cette œuvre. Dans les pages qui suivront, nous ne traiterons pas exclusivement de l’extrait en question, mais aussi du processus général de l’analyse qui a permis de sélectionner l’extrait qui fut présenté.

Ce rapport prendra donc la forme d’une analyse textuelle laquelle traitera notamment de la négation de la figure qu’est l’anthropomorphisme dite aussi personnification.

Nous ne sommes pas sans savoir que cette figure, comme son nom le suggère, est l’attribution des caractères d’une personne humaine à un objet inanimé.

Or, en lisant le roman La Nausée nous pouvons émettre l’hypothèse que le personnage principal, Antoine Roquentin, est parfois loin de ce procédé en ce sens qu’il se décrit dans l’antithèse de ce qu’est justement l’anthropomorphisme.

Cet inanimisme qui incombe le personnage semble être le résultat de sa prise de conscience de l’existence et de l’angoisse qu’elle suscite. Un des passages les plus notoires du texte qui permet d’approfondir cette thèse de la dépersonnification, voire de l’objectivation du personnage, est celui où un certain lundi, las devant sa page qui ne se remplit pas, il prend conscience, comme un choc solide, de son existence .

Voyant que son « canif est sur la table », il le prend et s’envoie « un bon coup de couteau dans la paume ». Antoine Roquentin comme pendant moderne de la Méduse, personnage dénaturé, dépersonnifié, objectivé. Il sera étudié en fonction de certains éléments propres aux objets qui. »

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