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Racisme, xénophobie et ethnisme

Publié le 18/06/2011

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Dans les conflits entre ethnies, on a souvent tendance à présenter de chaque côté la lutte comme celle du Bien contre le Mal, le mal étant évidemment l'autre.  C'est là un phénomène universel qu'on peut observer aussi bien chez des groupes à culture matérielle archaïque que dans les nations de l'ère industrielle quel que soit leur régime économique. Lorsque ces groupes, ethnies ou nations adhèrent en bloc (au moins officiellement) à une idéologie universaliste (religieuse ou laïque), on donne à cette dépréciation fondamentale des autres une justification dans le cadre de cette idéologie. Les autres sont des « païens «, des « hérétiques «, des « infidèles «, des peuples malheureusement corrompus par une idéologie perverse, etc. 

« population comporte des gens à peau plus ou moins noire, avec d'infinies gradations et sans clivage social net entreNoirs et Blancs (Soudan, Ethiopie, par exemple), il n'existe pas de jugements généraux de ce genre ou bien ilsvisent, par exemple, des Noirs plus sociologiques que physiques, des ethnies distinguées par leur genre de vie, leurculture, leurs langues, leurs institutions d'un type qu'on rencontre souvent chez les peuples mélanodermes (à peaunoire) plus que par la couleur de leur peau.

On peut y entendre parler avec mépris de « Nègres » (ou termeéquivalant à peu près à ce mot) par des gens à peau parfaitement noire.

Au contraire, aux Etats-Unis, surtoutquand y dominait une population de blonds à haute taille, les petits Méditerranéens bruns (surtout, mais nonseulement italiens) étaient estimés pratiquement appartenir à un ensemble somatiquement défini, à une « race », etles lois américaines sur l'immigration ont officiellement reflété les jugements défavorables portés sur cet ensemble.Les jugements globaux, les descriptions caractérologiques vulgaires portés sur des ethnies ou sur des races(ensembles définis somatiquement) représentent un phénomène universel.

Leur fonction, sur laquelle on reviendraci-dessous, paraît être d'affirmer l'unité de l'ethnie et celle des ethnies avec lesquelles elle a des relations.

C'est làune fonction nécessaire, vitale, qui, en elle-même, normalement, n'est guère nuisible et ne justifierait pasl'indignation suscitée de nos jours par le racisme.

Il n'y a pas beaucoup d'inconvénients à ce que les Anglais soient,à tort ou à raison, considérés comme flegmatiques et les peuples mélanodermes comme doués pour la musique.

Lanocivité de tels jugements serait pourtant minime.

On pourrait seulement souhaiter qu'ils soient peu à peu, selon lemême processus que pour d'autres données fournies par la connaissance vulgaire, vérifiés scientifiquement,contredits le cas échéant, remplacés par des appréciations plus sérieusement fondées.

Malheureusement, ils sontfréquemment viciés par deux tendances qui leur donnent une fonction sociale le plus souvent nocive.Ces jugements tendent à être essentialistes.

Ils supposent implicitement dans le groupe jugé une essence immuablequi serait le support des caractères qui lui sont attribués.

Ainsi, à la fausseté probable de certains jugements aumoins, à la généralisation de certains autres à l'ensemble du groupe alors qu'ils peuvent n'être valables que pour unepartie de la population concernée, s'ajoute une conception d'ensemble très probablement fausse, même pour lescaractères qui peuvent être attribués avec exactitude à l'ensemble de cette population.

Elle consiste à négliger lefait que ces caractères eux-mêmes peuvent être liés à des conditions d'existence pendant une période donnée, àune culture en évolution perpétuelle, de sorte qu'ils peuvent normalement évoluer eux-mêmes, se modifier, setransformer même en leurs contraires.

Il y avait sans doute une part de vrai dans les jugements globaux quifaisaient des Anglais du XVIe siècle de joyeux lurons et des Allemands du xviiie de doux et pacifiques amateurs demusique et de bonne chère.

Mais il était néfaste de considérer ces traits comme éternels puisque, dans les sièclessuivants, le jugement consistant à voir dans les premiers d'austères puritains, et dans les seconds des bellicistesavait sans doute, lui aussi, une bonne part de validité.Ces jugements tendent à être dénigreurs à l'égard du groupe étranger.

D'une façon générale, le comportement dugroupe de l'observateur est pris comme point de référence ; il est considéré comme bon, juste, normal.

Il est seulconforme à la nature humaine.

Les autres sont déviants.

Ils mangent mal, se conduisent mal, rient de façondéplaisante, etc.

Leurs moeurs sont considérées comme aberrantes et parfois expliquées par des caractéristiquesmonstrueuses.

Les Chinois du peuple croyaient que si les Européens portaient des chaussures, c'est qu'ils voulaientcacher leurs pieds dont les orteils étaient réunis par un filet ; s'ils prenaient grand soin de ne pas faire leurs besoinsen public, c'est qu'ils avaient quelque chose de terrible à cacher sur la forme de leurs organes sexuels.Plusieurs groupes ethniques se nomment eux-mêmes d'un nom qui signifie proprement « les hommes »2.

Les groupesétrangers dans leur ensemble sont souvent appelés de termes dépréciatifs qui visent en particulier leur langage.

Cesont des gens qui émettent des sons indistincts, incompréhensibles, qui « bafouillent » (Barbares, etc.) ou encoredes « muets » (Nemetz, nom des peuples de langue germanique dans les pays slaves).

Des mythes rapportent leurorigine à des circonstances ridicules, sales ou qui les classent de toute manière comme inférieurs.

Entre milleexemples, certains Eskimos disent que les Blancs sont issus d'une femme qui copula avec des chiens4, et lesHébreux anciens faisaient provenir les ancêtres des peuples voisins et parents de Moab et d'Ammon des amoursincestueuses de Lot enivré par ses filles.

Pour les Chinois anciens, « les Barbares sont, par nature, coupables duseul crime qui soit un véritable crime.

Ils vivent en dehors de l'ordre de civilisation que fait rayonner la vertu duprince [...].

Le coupable est puni par le bannissement dans les marches incultes [...] .

C'est tuer l'homme quel'expulser dans la barbarie, car les Barbares ont la nature des bêtes et non des hommes (Tso tchouan) [...] .

Avecles Barbares, aucune parenté n'est possible ni aucune rivalité réglée.

On diffère d'eux par la nourriture, le vêtement.On n'échange avec eux ni grains ni étoffes.

On ne s'allie point à eux par mariage ou vendetta.

On ne communie pointavec eux comme avec des commensaux.

On les laisse vivre avec les renards et les loups ou bien on les chasse : onleur fait la guerres.

»Ces tendances à l'essentialisme et à l'ethnocentrisme pour colorer les jugements de cette caractérologie vulgairedevraient être expliquées, au-delà de facteurs proprement sociologiques qui seront évoqués ci-dessous, par desétudes de type anthropologique au sens large, englobant des attitudes psychologiques générales propres à l'espècehumaine.L'ethnisme (ou le racisme) vulgaire diffus (on peut, en effet, appeler ainsi cette caractérologie vulgaire) sert debase à des développements idéologiques et théoriques divers.

Toute situation de lutte impliquant des groupesethniques en tant que tels le rend naturellement plus virulent, plus critique à l'égard des autres, plus apologétique àl'égard du groupe qui juge, plus essentialiste et plus ethnocentrique.

L'ethnisme ou le racisme se font militants, cequi implique toujours une certaine systématisation des idées, une ébauche au moins de théorisation.

D'autre part, latendance à la systématisation et à la théorisation peut se faire jour dans des situations diverses. Ethnisme (ou racisme) conflictuel ou de guerre Dans les conflits entre ethnies, on a souvent tendance à présenter de chaque côté la lutte comme celle du Bien. »

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