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Peut-on dire que nul n'est méchant volontairement ?

Publié le 13/12/2005

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En effet, la morale de PLATON apparaît comme un corollaire de sa métaphysique. Elle dépend étroitement de la conception qu'il se fait de l'homme et de sa nature. D'une vue juste de la nature de l'homme, découlent immédiatement les normes d'une conduite vertueuse. La vertu, en effet, apparaît ici comme l'accomplissement, la perfection de la Nature. C'est dans la pratique de la vertu que nos tendances et nos aspirations authentiquement humaines trouvent leur réalisation.Au contraire, la morale traditionnelle est généralement conçue comme une discipline autonome, comme un système clos de jugements et de sentiments. Elle n'implique pas nécessairement une attitude métaphysique bien déterminée, ni des vues bien distinctes sur l'homme, sa nature, sa destinée. Dès lors, la morale imprime à notre conduite une orientation qui semble étrangère, et souvent même directement opposée à celle qui résulterait du jeu de nos tendances naturelles.Ainsi, les notions de Bien et de Mal vont prendre dans les deux systèmes une signification différente.Pour la morale traditionnelle, le Bien comme valeur morale, le Bien comme qualification d'un acte, et, d'autre part, le bien-avantage, le bien-bénéfice d'un acte, sont deux notions radicalement hétérogènes.

« entreprendre ici de justifier par un examen approfondi une option entre la doctrine de PLATON et une doctrinecomme celle de KANT, qui a cherché en somme à systématiser les conceptions de la morale traditionnelle.

Mais il nous semble que la loi morale est aussi vérité.

C'est à ce titre seulementqu'elle nous paraît à la fois digne du respect de l'homme et susceptibled'informer sa conduite.,La morale représente un idéal, mais cet idéal nesaurait être arbitraire, sous peine de demeurer chimérique.

Les exigences dela morale ne se superposent pas du dehors à une nature qui leur seraitradicalement étrangère.

La morale n'a- de sens que si elle plonge ses racinesdans la psychologie de l'homme et exprime une aspiration foncière de sanature.

Tout homme qui en a saisi le véritable caractère ne peut manquer d'yreconnaître sa fin naturelle et de s'y porter du mouvement le plus spontané.Seuls, l'ignorance, l'erreur ou l'oubli peuvent l'en détourner. Nous avons compris maintenant en quel sens il est vrai de dire que « nul n'estméchant volontairement ».

Cette formule exprime, en un raccourci saisissant,une doctrine où la morale, trouvant son fondement dans une métaphysique etdans, une anthropologie, retrouve sa vraie grandeur et sa vraie signification.Toutefois, une difficulté de fait se présente ici.

Dans une telle hypothèse,dira-t-on, comment expliquer qu'à la plupart des hommes la morale apparaissecomme un ensemble de règles que l'on ne peut observer sans se faire violenceet qu'elle nous semble introduire dans la vie humaine un élément dramatique,partageant l'homme entre, son devoir et son désir ?C'est que PLATON a surtout mis en lumière le terme auquel doit tendre la viemorale.

Le sage dont il nous trace le portrait est un être absolument autonome, entièrement libéré des servitudes dela condition humaine.

Lui seul est pleinement homme, parce qu'il est déjà plus qu'un homme.La plupart des hommes, au contraire, surtout si nous les prenons' à l'état « brut », vivent dans l'ignorance et sont,de ce fait, comme « aliénés », devenus étrangers à leur véritable nature.

Si nous les disons raisonnables, il faut voirqu'ils le sont en puissance plutôt qu'en acte.

La raison, chez la plupart, apparaît à l'état de germe ou d'ébauche,auquel la lâcheté ou le malheur du sujet n'a pas permis de prendre son plein développement et de venir à maturité.Bien des recherches actuelles et les faits mêmes que nous vivons illustrent de façon saisissante cette vérité.

Quel'on songe à un phénomène comme celui de la prolétarisation où les conditions de vie et de travail, le poids quotidiende l'insécurité, privent l'homme du loisir d'être un homme.

On parle couramment aussi de l'aveuglement des passions,et on reconnaît que le passionné est parfois hors de lui.

Même dans les conditions les plus normales, l'exercice de laraison est constamment contrarié ou entravé.

Nous sommes « gouvernés par nos appétits et nos précepteurs »(DESCARTES).

En d'autres termes, nous sommes soumis à l'autorité des sens et à celle de la, coutume.

C'est-à-direqu'il nous devient fort difficile de reconnaître que le bien et le mal sensibles, le plaisir et la douleur, les biens et lesmaux que nous représente le préjugé, ne constituent pas, en définitive, le Bien et le Mal absolus, les seuls que nousayons à poursuivre et à éviter.Pourtant, dira-t-on encore, le mal n'est pas seulement le fait d'être ignorants et incultes.

Ceux-là même dont lesconvictions morales sont les plus assurées, les mieux fondées en raison, sont-ils à l'abri de toute défaillance ? Videomeliom proboque...Sans doute, mais cela tient à ce que l'homme est un être intermittent.

Son attention, sa pensée, sont soumises à laloi du temps.

Il est naturellement oublieux.

Les vérités les plus évidentes, quand j'y applique mon attention, je n'enai plus à d'autres moments qu'un souvenir lointain.

Il en est pratiquement comme si je les avais oubliées.

Elles n'ontplus l'efficacité suffisante pour réduire les mouvements violents du désir ou de la crainte.

D'où cette conséquenceque le Bien nous apparaîtra à nouveau sous l'aspect ingrat du Devoir.Ici encore, par conséquent, la possibilité du mal apparaît liée à une ignorance, non plus radicale, mais momentanée :oubli, distraction...Que l'on y réfléchisse cependant.

Nos fautes procèdent souvent, il est vrai, des «éclipses » que subissent nosconvictions morales.

Elles se ramènent ainsi, encore une fois, à une erreur.

Mais de cette erreur même, ne sommes-nous pas parfois responsables ? La défaillance du jugement n'est-elle pas d'abord une défaillance de la volonté ? Ildépend de notre vouloir, en effet, que l'attention se fixe sur certaines vérités ou qu'elle s'en détourne.

La rectitudedu vouloir dépend de la lucidité de l'esprit, mais il n'y aura jamais de lucidité d'esprit s'il n'y a.

d'abord la volontéprimordiale d'y voir clair.On ne peut donc souscrire sans réserves à l'intellectualisme de PLATON.

Il faut reconnaître le rôle propre, dans lavie morale, de la volonté, qui n'est pas seulement agent d'exécution des vues de la raison, mais' qui permet aussi ouneutralise l'exercice même de la raison.Une deuxième réserve — plus grave — porterait sur l'optimisme foncier de PLATON.

Pouvons-nous croire qu'une telledoctrine nous dise tout de l'homme ? L'homme ne semble-t-il pas parfois capable d'un choix gratuit, lucide, délibéré,du mal ? Certains faits nous inclinent à le penser.

Songeons, par exemple, à l'organisation méthodique des systèmesconcentrationnaires, qui ne visent pas seulement à exploiter on à liquider l'adversaire (car alors l'idolâtrie de lanation ou du parti serait une explication), mais à lui infliger de longs mois d'angoisse et de torture, et, finalement, àle dépouiller de son humanité avant de le détruire.De tels faits nous remettent en présence de ce mystère de la liberté humaine que le rationalisme antique sembleavoir méconnu.. »

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