Merleau-Ponty: Perception et Connaissance.
Publié le 28/03/2005
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anciennes », c'est-à-dire d'opinions, de connaissance préalables sur les objets perçus, qui fait que nous avons unrapport aux choses qui n'est pas seulement perceptif, mais déjà conceptualisé, mis en forme par notre pensée.
Laperception seconde ne nous fait donc accéder qu'à un « aspect instantané » du monde, teinté de la significationque nous y projetons.
2ème partie : Intérêts et limites de la perception seconde. La perception empirique s'inscrit dans un rapport pratique aux choses qui nous entourent.
Notre perception estdirigée par nos intentions et notre connaissance préalable, afin de nous servir dans le domaine pratique, c'est-à-dire, dans notre conduite, nos activités.L'expérience commune de la perception réside dans la nécessité d'accéder et d'entrer en rapport avec les chosesqui nous entourent.
Nous appréhendons le monde par la perception empirique, qui nous permet de nous « orienter »,nous « repérer », et d'identifier les objets afin de pouvoir les utiliser.Les objets ainsi perçus par la perception empirique sont alors autant de signes que nous interprétons, grâce à laconnaissance préalable que nous en avons et à l'intention qui nous porte vers ces objets.
Par cette notion de« signification », Merleau-Ponty dénonce le fait que la perception seconde ne nous donne pas accès aux objets entant que tels, mais seulement à un aspect signifiant, c'est-à-dire à l'utilité qu'ils peuvent nous offrir, et au sens quenous y projetons.Dans la perception courante empirique, on « identifie » les objets comme des significations dirigées vers d'autresfonctions.
On ne perçoit pas les objets pour eux-mêmes mais en fonction de ce que nous avons l'intention de faireavec eux (ce peut être pour « s'orienter », selon l'exemple de l'auteur).
La perception seconde semble doncaccompagnée simultanément d'une interprétation, qui camoufle alors la véritable essence des objets, et nous barrel'accès à la connaissance véritable, objective, du monde.
Merleau-Ponty démontre en effet que cette perceptioncourante, orientée à des fins pratiques, « masque [le] phénomène fondamental » de la perception qui est de nousdélivrer une véritable connaissance première et originaire du monde.- Le reproche principal fait par l'auteur à cette perception empirique est donc de rester « en surface » des objets,et non de nous faire pénétrer dans leur essence même, c'est-à-dire ce qui fait leur être propre.
Car les significationsdégagées par les objets ne sont qu'accidentelles, et non essentielles aux objets, elles sont des interprétations« pour-nous » que nous attribuons aux choses afin de nous en servir.
3ème partie : Nécessité d'une perception plus large antérieure à la perception empirique : la perception première.
- L'auteur se saisit dans un troisième temps de sa thèse affirmée en amont à la 1 ère phrase : « le problème de la perception consiste en ce qu'elle est une connaissance originaire ».
Après avoir définit la perception empirique, il affirme en effet qu'elle n'est que seconde, et qu'il existe nécessairement une perception première, originaire, c'est-à-dire au fondement même de la connaissance, avant toute réflexion, et toute visée intentionnelle.Afin de réaliser la mise en forme d'un sens, c'est la perception première a lieu au moment où elle procède àl'avènement d'une pensée, au moment où elle se fait avènement de sens.- Pour expérimenter cette perception première, il faut se détacher de toute visée intentionnelle pratique, c'est-à-dire chercher à considérer l'objet pour lui-même et non pour ce qu'il peut nous apporter dans le domaine pratique.C'est le sens de l'injonction que fait l'auteur à contempler « un objet avec le seul souci de le voir exister et déployerdevant moi ses richesses ».
Par cette démarche, l'objet cesse alors d'être une « allusion », c'est-à-dire unesignification, une expression dirigées vers autre chose.
A l'inverse, l'objet ne se donne plus que pour lui-même, luiseul, et c'est alors que nous pouvons en avoir une connaissance véritable.- Merleau-Ponty voit dans cette perception le fondement même des objets, c'est-à-dire l'accès à leur origine, à leurnaissance, en tant que les objets s'offrent à nu, dépouillé de toute opinion préalable.- C'est parce que cette connaissance existe que l'on peut en second lieu attribuer une signification aux objets.
Pourl'auteur, la connaissance seconde n'est donc possible que parce que la connaissance première a eu lieu.
Il expliqueen effet que la reconnaissance de l'objet (un arbre, par exemple), est une « signification acquise » par-dessus l'idéede la naissance même de l'objet, toujours présente dans le processus perceptif.- La perception première est comme une « invention » sans cesse renouvelée de l'objet perçut.
Elle estvéritablement mise au jour, dévoilement, ou donation, et non pas l'appropriation orientée, l'interprétation que viseseulement la perception seconde.
Conclusion : Dans cet extrait du chapitre II de Phénoménologie de la perception , Merleau-Ponty affirme le primat de la perception première, originaire, qui seule permet l'accès à l'être de l'objet.
Il développe sa thèse par opposition à laperception seconde, qui est la perception courante que nous expérimentons dans notre vie pratique.
Cependant, iln'y a pas deux perceptions distinctes et indépendantes l'une de l'autre, car puisque la première est indispensable àla seconde, elles sont liées dans un rapport de nécessité.
En effet, c'est parce que la perception originaire est uneconnaissance de l'être même de l'objet qui s'offre à nous dans son existence pure et non orientée, que nouspouvons en second lieu identifier cet objet et lui attribuer des significations pour le faire exister « pour nous »,c'est-à-dire, dans notre rapport pratique au monde..
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