Marx, Manuscrits de 1844, Premier manuscrit
Publié le 12/04/2012
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L'aliénation n'apparaît pas seulement dans le résultat, mais aussi dans l'acte même de la production, à l'intérieur de l'activité productive elle-même. Comment l'ouvrier ne serait-il pas étranger au produit de son activité si, dans l'acte même de la production, il ne devenait étranger à lui-même? D'abord, le travail est extérieur au travailleur, il n'appartient pas à son être : dans son travail, l'ouvrier ne s'affirme pas, mais il se nie; il ne s'y sent pas à l'aise, mais malheureux; il n'y déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l'ouvrier se sent auprès de soi-même seulement en dehors du travail; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas dans son propre élément. Son travail n'est pas volontaire, mais contraint, travail forcé. Il n'est donc pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extériorisé, le travail dans lequel l'homme devient extérieur à lui-même est sacrifice de soi, mortification. «

«
ne semble pas faire assez scandale: l'aliénation du travail, c'est-à-dire en
bref
le processus concret qui rend les hommes «étrange rs» à eux-mêmes
(alienus).
Ne faut-il pas reprendre et approfondir une analyse déjà entreprise
par Marx concernant cette aliénation?
La fortune du terme même dans la
sociologie moderne
(cf Georges Friedmann) justifierait à elle seule que
l'on «revienne aux sources» pour étudier et évaluer, à travers son fonction
nement dans
le texte proposé, la portée des analyses qui le sous-tendent.
Développement
Première partie : étude ordonnée du texte
Le texte se présente comme une élucidation d'un des trois aspects de ce
que Marx appelle l'« aliénation du travail» :l'aliénation du produit, l'aliéna
tion de l'activité productrice et l'aliénation corollaire du producteur
lui-même.
L'aspect plus spécialement étudié dans
le passage retenu porte
sur l'aliénation de l'activité productrice.
Les deux premières phrases indi
quent bien cet objet général
du texte, en le situant par rapport à ce qui
semble
le précéder (l'analyse de l'aliénation du produit) et en annonçant
ce qui suit (l'étude de l'aliénation du producteur lui-même).
Il s'agit donc d'un texte de caractère analytique, dont les principaux
thèmes s'ordonnent en une description approfondie d'un vécu lié à une
activité se produisant dans des conditions déterminées.
L'axe de la des
cription est une opposition clé qui règle l'ensemble des caractérisations
du
travail aliéné («satisfaction d'un besoin» et «libre activité intellectuelle»
opposées à «travail forcé» et« mortification», etc.).
Ainsi, après avoir énoncé l'objet du texte (rappelé plus haut), Marx
formule sa thèse centrale (l'aliénation
de l'activité engendre à la fois
l'aliénation
du producteur et le caractère étranger du produit), ensuite
développée de façon méthodique à travers un énoncé des caractères
du
travail aliéné: celui-ci est «extérieur» au travailleur (c'est-à-dire qu'il lui
est inessentiel, qu'il ne manifeste pas
sa réalité); il est donc purement négatif
(«mortification») et ce n'est pas en lui que l'ouvrier peut s'accomplir.
Cette description est explicitée dans une opposition qui occupe la
deuxième partie du texte (affirmation de
soi- travail forcé).
Marx affirme
le caractère purement« instrumental» du travail aliéné.
Le travail n'a pas
de valeur en lui-même,
il n'a de sens que pour autre chose.
TI n'est qu'un
moyen, sans intérêt intrinsèque, et
le producteur ne peut y être que la proie
de l'ennui.
Si l'on veut bien considérer maintenant la problématique du
texte, c'est-à-dire ce qui le fait fonctionner, on saisit très vite deux pôles
conceptuels dont l'opposition sous-tend et rend possible
la thématisation
indiquée :
«libre activité» (manifestation, affirmation de soi) d'une part;
aliénation («mortification») d'autre part.
Quelle est la nature de
ce pôle de référence que constitue l'« être non
aliéné» par rapport auquel on juge et disqualifie une condition d'existence?
Le texte ne le précise pas.
Mais on remarque tout de même que la critique.
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