Malebranche: La raison est-elle universelle ?
Publié le 11/03/2005
Extrait du document

La connaissance du vrai et du bien, éprouvée comme certitude intérieure, atteste l'existence en tout homme d'une raison universelle. Le texte s'organise en quatre moments principaux, dont le point commun est de solliciter le témoignage du lecteur pour lui faire admettre, à partir d'exemples bien choisis et d'une interprétation inductive de ces exemples, l'existence d'une raison universelle, définie comme faculté de distinguer le vrai et le bien.

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Réponses:
1 - Que malgré les grandes différences culturelles entre les hommes, la raison reste la même pour tous.2 - Non, dans le premier cas, la raison désigne une faculté, un pouvoir de penser que l'homme posséderait, alors quedans le second, la raison est l'argument, ou le motif, voire la cause de l'action.3 - La raison est toujours universelle, les passions sont particulières : elles renvoient à un individu donné.
Questions:
1) Dégagez l'idée principale du texte et les différentes étapes de l'argumentation
2) Expliquez la différence que l'auteur établit entre « avoir ses raisons » et être raisonnable ».
3) De quels genres de "vérités" parle ici Malebranche ?
4) Les idées développées par l'auteur impliquent-elles la notion de "nature humaine" ? Dites pourquoi.
Réponses rédigées
1.
La connaissance du vrai et du bien, éprouvée comme certitude intérieure, atteste l'existence en tout hommed'une raison universelle.Le texte s'organise en quatre moments principaux, dont le point commun est de solliciter le témoignage du lecteurpour lui faire admettre, à partir d'exemples bien choisis et d'une interprétation inductive de ces exemples, l'existenced'une raison universelle, définie comme faculté de distinguer le vrai et le bien.
* Premier moment du texteÉnoncé de deux types de propositions, reconnues comme vraies, dans l'ordre de la connaissance (exemplemathématique) et dans l'ordre des valeurs morales (un homme vaut mieux qu'un animal).
* Deuxième moment du texteAnalyse de la modalité d'existence de ces vérités en chaque homme, et de ce qu'elle implique.
* Troisième moment du texteInterprétation de ce qui précède : raisonnement inductif conduisant à l'hypothèse de l'existence d'une raisonuniverselle, seule capable d'expliquer une certitude accessible à tout homme « qui rentre en lui-même ».
* Quatrième moment du texteExemple servant à illustrer la distinction entre la raison universelle et la pseudo-raison d'un homme passionné.
Cetexemple, à fonction critique, permet de récuser l'invocation de certains faits pour démentir l'existence d'une raisonuniverselle (qu'un insensé puisse préférer la vie de son cheval à celle de son cocher ne peut contredire à celle-ci).
2.
Tout d'abord, il faut remarquer l'opposition des deux verbes : avoir, et être.
La possession se distingue nettementde la disposition interne de l'être, par quoi justement un être se définit essentiellement.
On peut, occasionnellement,ou plus durablement, avoir ses raisons, mais lorsqu'on est raisonnable, on manifeste ainsi une propriété de l'être lui-même.
La disposition à l'action raisonnable peu certes rester virtuelle, ou ne se manifester que de temps à autre ;elle n'en figure pas moins dans l'être.
En revanche, les raisons que l'on se donne, et que l'on a, d'agir de telle outelle façon, restent en quelque sorte extérieures à l'être lui-même.
En fait, le mot raison n'a plus du tout le mêmesens lorsqu'il est au pluriel, et qu'il recouvre, de façon plus ou moins nette, les motifs, voire les mobiles personnels,qu'a un individu d'agir ou de penser comme il le fait.
L'adjectif possessif « ses » est ici un élément de relativisation,au regard duquel on soulignera l'exigence d'objectivité qui est évoquée dans l'expression « agir conformément à laraison ».
Avoir ses raisons, c'est donc avoir ses motifs personnels, qui peuvent coïncider, ou non, avec des raisons« objectives » (relevant de la raison), mais ne sont pas a priori acceptables comme tels.
Être raisonnable, c'estpenser et/ou agir conformément aux exigences de la raison, celle-ci étant dotée d'un minimum d'existence objectiveen tant que faculté de distinguer le vrai et le faux, ou idéal de rationalité dans la conduite de la pensée et del'action.
Dire que l'on a « ses raisons » est donc très équivoque ; on peut toujours s'illusionner sur ses propresmotifs, et leur conférer une valeur d'objectivité qu'ils n'ont pas effectivement.
Le sentiment d'« avoir raison », toutsimplement, se substitue à la conscience des raisons que l'on peut avoir, et l'intolérance n'est pas loin si l'onconfond les deux.
On peut aussi avoir de « bonnes raisons », ou de « mauvaises raisons », de faire ceci ou cela.
Lespremières seront appréciées par rapport à une exigence de vérité et d'authenticité, auxquelles les secondes nesatisfont pas.
3.
Malebranche évoque ici deux genres de vérités.
Celles qui concernent la connaissance, entendue commedécouverte des relations objectives, existant indépendamment de mon esprit (deux plus deux = quatre), et cellesqui concernent les valeurs, c'est-à-dire les principes qui déterminent l'évaluation des actes et des événements.
Sil'idée de vérité dans ce domaine est souvent discutée et contestée, elle n'en est pas moins affirmée ici commecorrespondant à la nature raisonnable de l'homme, notamment à sa faculté d'évaluer toutes choses par rapport auxexigences d'un ordre proprement humain : de ce point de vue, il semble totalement impensable d'imaginer une.
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