L'Histoire est-elle une discipline scientifique ?
Publié le 24/07/2009
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Le but de l’Histoire est d’offrir une cohérence et une intelligibilité à des événements dépendants de la liberté des acteurs historiques. Comment alors rationaliser des faits émanant de la liberté humaine ? Mais ceci ne justifie pas un complet scepticisme. Il ne faut pas majorer en histoire le rôle du hasard, de la rencontre accidentelle de séries causales, des effets considérables engendrés par des causes minuscules (le nez de Cléopâtre ou le grain de sable dans l’uretère de Cromwell).
De même sans nier le rôle des individus, des grands hommes, il faut se rendre compte que celui‐ci n’est
possible que dans le contexte des situations sociologiques d’ensemble qui demeurent les grands facteurs
déterminants. « C’est à la Révolution, dit Léfebvre (in « Le Directoire» ‐ 1946), que Napoléon doit son
prodigieux destin.» Le coup d’État du 18 Brumaire lui‐même a des causes générales. La bourgeoisie voulait stabiliser la Révolution, maintenir ce qu’elle avait acquis sans se laisser déborder par le peuple.
Elle aspirait à la dictature, réclamait «un sabre».

« d’abord, la critique externe se propose de rétablir les témoignages qui nous sont parvenus, dans leur authenticité primitive, de faire la chasse aux interpolations. Songez que nous ne connaissons l’histoire ancienne que par les manuscrits qui sont des copies de copies. Par exemple, considérons la grande histoire juive de Flavius Josèphe, qui date du premier siècle de notre ère. Cet auteur donne une foule de détails sur la Palestine de son temps et dans les manuscrits copiés que nous possédons, il y a une dizaine de lignes sur Jésus conformes à l’orthodoxie chrétienne (Dieu s’est fait homme, a souffert pour la Rédemption de l’humanité, etc.). Ces lignes sont surprenantes chez un auteur qui fut hostile aux premiers chrétiens. Tous les historiens y voient aujourd’hui l’interpolation de quelque moine copiste qui, scandalisé par le silence de Flavius sur Jésus, «complète» le texte à sa manière ! Autre exemple plus récent: Les faux cahiers d'Hitler: http://fr.wikipedia.org/wiki/Carnets_d'Hitler. Je me souviens également que la colle utilisée par le faussaire n'existait pas dans les années 40! Idem: Encre Waterman pour des lettres "écrites" par Marie Antoinette au XVIII° avant d'être décapitée !!! Un dernier exemple encore plus récent : L’invasion de l’Irak de Saddam Hussein en 2003 par les USA. Un rapport de la CIA prétendait faussement que l’Irak possédait des « armes de destruction massives : https://fr.wikipedia.org/wiki/Armes_de_destruction_massive_en_Irak Une fois les interprétations reconnues (par la contradiction des idées, les différences de style) et éliminées, le témoignage rétabli doit être livré aux opérations de la critique interne. Car le témoin a pu se tromper et même mentir. La critique interne porte sur le contenu du document, c'est‐à‐dire d’abord sur sa signification (critique d’interprétation): bien des documents doivent être déchiffrés (Champollion), traduits et aussi interprétés (allusions à d’autres faits, métaphores, symboles, etc.) – Tout ce travail constitue ce qu’on appelle la critique d’érudition, car l’historien a besoin de s’appuyer ici sur certaines sciences spéciales, souvent très techniques, qu’on appelle parfois les «sciences auxiliaires de l’Histoire»: archéologie, épigraphie, paléographie, numismatique etc.… Ce travail, déjà fort complexe, qui suffit pour les documents ordinaires, ceux qui ne sont que des traces, des vestiges du passé, se complique encore pour ceux qui sont des témoignages, c'est‐à‐dire qui impliquent l’assertion d’un «témoin», parce qu’ils sont destinés à renseigner, soit les contemporains, soit la postérité. Ce sera alors la critique interne négative, destinée à éliminer les erreurs, volontaires (critiques de sincérité) ou involontaires (critique d’objectivité). Ici se pose le grave problème de la valeur probante du témoignage humain. L’expérience courante aussi bien que les recherches expérimentales effectuées par les psychologues sur cette question montrent que le témoignage, même le plus sincère et le plus impartial est rarement véridique de tous points : l’esprit humain interprète et, par conséquent, déforme le fait en l’enregistrant: il le déforme encore en le rapportant. « Le passé est chose toute mentale » dit Valéry. De plus, le témoin d'un événement n'est pas forcément celui qui comprend le mieux cet événement, car la signification historique de l'événement auquel il assiste lui échappe ; on peut même dire qu'elle lui échappe nécessairement parce qu'il assiste à un aspect localisé de l'événement, vu d'une certaine place, . »
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