Le souvenir n'est-il qu'une reviviscence du passé ?
Publié le 27/03/2004
Extrait du document
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III.
— Changement de la signification.
Je ne saisis pas isolément la situation passée que j'évoque.
; elle m'apparaît plus ou moins réfractée à travers mesexpériences ultérieures ; et cette relation du fait ancien avec ceux qui l'ont suivi commande l'interprétation dupremier.
Un petit accident, dont on s'est d'abord affligé, paraît insignifiant après une catastrophe ; le furoncle dontj'ai souffert ne compte plus pour moi, depuis que j'ai eu la fièvre typhoïde ; comme la perte, d'abord fâcheuse, dema paire de gants, après qu'une bombe a détruit tout mon mobilier.C'est surtout le présent qui agit sur le passé, pour en changer, parfois en invertir la signification.
Le comportementamical dont j'ai été reconnaissant à M.
X.
m'apparaît comme une grimace hypocrite, maintenant qu'une rivalité nousoppose et que la jalousie m'anime.
L'évocation présente ne reflète donc pas le passé, puisque c'est le présent quicrée, dans une certaine mesure, le passé ; c'est notre projet actuel, notre orientation pratique qui reconstruit àtout moment notre histoire personnelle.
IV.
— Pourquoi tient-on le souvenir pour une reviviscence?
Le souvenir renvoie à la situation objective qui a été précisément celle de la perception.
L'événement dont j'ai ététémoin ne fait qu'un avec celui dont je suis maintenant l'historien.
Or nous sommes naturellement disposés à calquerla conduite mentale sur ses conditions objectives, à voir dans la pensée la copie ou l'analogue de la chose.
Commela situation remémorée est celle que j'ai perçue, je juge qu'elle se reflète identiquement dans la perception et dansle souvenir.
Mais des attitudes mentales très différentes peuvent se rapporter à un même objet ; le même objetpeut donc être saisi dans une perception et dans un souvenir qui ne soit pas cette perception ressuscitée.D'ailleurs les théories physiologiques de la mémoire ont consolidé le préjugé du souvenir-reviviscence.
On veut quel'activité d'un centre sensitif, consécutive à l'excitation d'un sens, laisse une trace dans le centre, et le dispose àreprendre, excité cette fois du dedans et non du dehors, une activité de même nature, seulement plus faible.
Auxtraces laissées par l'activité cérébrale contemporaine de la perception correspondrait une perception latente ; auréveil de l'activité du centre correspondrait le réveil de l'ancienne perception.
Mais aucune expérience n'établit quela perception et le souvenir dépendent de conditions cérébrales identiques ; et cette dernière hypothèse tient sansdoute tout son crédit du préjugé psychologique qu'elle prétend confirmer, et suivant lequel rien ne différencierait ennature le souvenir et la perception originelle.
Conclusion.
La reviviscence, c'est-à-dire l'intrusion dans le présent réel d'un ancien présent, est une « rédintégration »pathologique, et non un souvenir.
Celui-ci n'est pas une chose qu'on pourrait extraire ou qui émergeraitspontanément de quelque tiroir de l'esprit ; un « état » mental conservé, et qui pâlirait seulement, comme unephotographie mal fixée.
Le souvenir vit avec nous, et notre adaptation au présent règle de moment en moment lastructure, le contenu et le sens de notre représentation du passé..
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