Le langage mathématique est-il universel ?
Publié le 27/02/2004
Extrait du document

Le langage mathématique permet donc de donner accès à la chose en
elle-même : si le mathématicien trace un cercle pour l'étudier, l'expression
mathématique qu'il utilise ne désigne pas ce cercle précis, mais le cercle en
tant que cercle, c'est-à-dire en tant qu'entité universelle, qui ne varie pas
selon l'espace et le temps comme les cercles singuliers peuvent varier. Le
langage mathématique est donc dans cette perspective universelle dans la mesure
où il nous fait sortir des variations particulières pour nous élever à ce qui
est immuable, intemporel.
2° Le langage mathématique est universel non pas
par son objet, mais par la méthode qui le sous-tend et qui peut s'appliquer à
tous les domaines de la pensée
Si l'on considère que le langage mathématique est
universel parce qu'il nous donne accès, par les symboles qu'il met en oeuvre, à
un niveau d'abstraction et de généralité élevé, ne peut-on pas dire qu'il n'est
cependant pas universel au sens où il ne permet de penser que les objets
mathématiques, qui ne constituent qu'une partie restreinte du réel et de notre
pensée ? Selon Descartes, une telle objection ne vaut pas, car ce qui
caractérise l'universalité du langage mathématique n'est pas l'objet de la
science précise mathématique, mais sa méthode, qui consiste à penser les
rapports entre les choses, leurs propriétés communes, et à établir ces points
sous la forme d'une équation. Il faut pour cela aborder les objets par une
certaine abstraction, comme des grandeurs et comme des proportions. Or, toute
chose peut être représentée comme une grandeur ou comme une étendue, le langage
mathématique est donc susceptible de s'appliquer à tous les objets que la pensée
veut étudier, et lui fournit la méthode adéquate pour les penser rigoureusement.
Il est donc universel au sens où en théorie, ce langage permet de tout exprimer,
de penser des objets qui semblent pourtant à priori très différents des objets
mathématiques, comme les concepts métaphysiques, par exemple.
3° L'universalité du langage mathématique est
limitée par son caractère conventionnel
Si l'on dit que le langage mathématique est
universel par la méthode qu'il permet d'appliquer à toutes les entités, le
problème réside dans le fait qu'une telle universalité de méthode ne signifie
pas nécessairement que le langage mathématique est en lui-même universel. En
effet, les symboles qu'utilise le langage mathématique sont des conventions, et
en ce sens, rien ne permet de fonder la nécessité que tout langage mathématique
utilise les même symboles, et soit donc indépendant des variations temporelles
et spatiales. Le mathématicien Poincaré insiste ainsi sur ce caractère
conventionnel des symboles et expressions mathématiques, ce qui signifie que
leur caractère universel n'est pas, en ce sens, plus fondé que le langage des
langues naturelles, même si, bien entendu, les propriétés mathématiques restent
vraies universellement.
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