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L'art est-il une dégradation de la réalité ?

Publié le 02/01/2010

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DÉGRADATION. ♦ 1° Synonyme d' « involution «. ♦ 2° Dégradation de l'énergie (principe de Carnot-Clausius). Dans un système clos, l'énergie, qui reste en quantité constante (se conserve) à travers ses transformations, tend à déchoir de ses formes supérieures, différenciées, vers des formes indifférenciées, plus uniformes ; par exemple, la quantité de chaleur du système clos se conserve, mais la température tend à être identique dans tout le système. Cette dégénérescence rend l'énergie de moins en moins utilisable. On dit aussi que l'entropie s'accroit.

« ressemblance qui va jusqu'au trompe-l'oeil a quelque chose de servile ; la technique de l'illusion est une sorte demensonge organisé ; l'irréel finit par prendre le pas sur le réel. - Jusqu'au milieu du XIXe siècle, l'art, et notamment l'art pictural occidental, comporte une part délibérée d'illusionnisme .

Depuis la Renaissance, le premier impératif qui s'impose au peintre réside en ce qu'il doit s'efforcer de représenter sur une surface plane, à deux dimensions, ce qui dans la réalité en comporte trois :c'est bien à obtenir l'illusion de la profondeur que vise l'étude des lois de la perspective linéaire : “La premièretâche du peintre, c'est de faire en sorte qu'une surface plane ait l'apparence d'un corps dressé et saillant parrapport à cette surface…” (Léonard de Vinci). - De même, l'architecte Alberti (1404-1472) déclare : « La fonction du peintre consiste à circonscrire et à peindre sur un panneau ou un mur donnés, au moyen de lignes et de couleurs, la surface visible de toute espècede corps , de sorte que, vu à une certaine distance et sous un certain angle, tout ce qui sera représentéapparaisse en relief et ait exactement l'apparence du corps même ».

A partir des années 1740 ( sous l'influencede Mantegna, notamment), et surtout pendant le seizième siècle, les peintres maniéristes italiens useront, etabuseront parfois, de procédés artificieux, de trucs illusionnistes, destinés à surprendre, sinon même à tromper lespectateur : faux escaliers, faux paysages peints derrière de fausses colonnes, art du trompe-l'oeil, etc. 3) L'art, une modélisation du réel - Or, selon Platon, la fonction de l'art consiste à modéliser le réel pour mieux le révéler .

L'art ne doit pas être une imitation servile de l'apparence.

La volonté de faire prendre la copie pour le modèle qui caractérise leréalisme consiste à renoncer à l'évocation de la structure profonde des choses .

Le réalisme, l'illusionnisme, le trompe-l'oeil aplatissent la réalité, la réduisent à la superficie de l'apparence. - L'art doit proposer au regard des esquisses d'organisation du monde susceptibles de mieux nous le faire comprendre, ce qui explique son engouement pour l'art mystérieux de l'Egypte.

Ainsi, dans l'art authentique, lacopie doit-elle être irréductible au modèle.

Il y a toujours une distance.

Platon demande donc à l'art authentiquede sublimer l'apparence qu'il est obligé d'emprunter , de se constituer comme voie authentique vers l'être, c'est-à-dire vers la vérité profonde du réel apparent. - En ce qui concerne cette fois le rapport entre l'art et la vérité, même si l'on admet que l'art est mensonger, en ce sens qu'il constitue une représentation illusoire ou trompeuse de la réalité (exemples du trompe-l'oeil enpeinture et de la fiction en littérature), le mensonge peut être au service de la vérité .

Dans cette perspective, l'art prend le détour de l'apparence, crée un autre monde pour en même temps révéler une vérité, le vrai étant, paradoxalement, rendu présent sur le mode de l'absence . - C'est ce que nous enseigne Platon dans son allégorie de la caverne ( République , VII) : le prisonnier ne se retourne pas brusquement vers la lumière ; pour se défaire de l'illusion première, qui consiste à prendre lesombres projetées sur la paroi de la caverne pour la réalité elle-même, il faut traverser peu à peu les apparences,il convient que le prisonnier ait conscience de l'existence d'une lumière accessible au-delà des apparencesillusoires.

L'art peut précisément jouer ce rôle d'intermédiaire.

En lisant un roman, par exemple, le lecteur estconscient de la fiction.

C'est le désir de dépasser l'état de divertissement qui lui fera percevoir un « message »mettant en lumière, par l'intermédiaire de l'art, ce que l'immédiateté de la vie ne nous permet pas de percevoir. - Si l'art est le règne de l'apparence, il ne l'est qu'à un premier degré seulement.

Pour déceler le vrai, il est nécessaire d'interpréter l'oeuvre, de la réfléchir, de la laisser retentir en nous.

Dans le processus artistique, le paraître est au service de l'être. L'art est cette réalité paradoxale qui « ment » pour dire le vrai, qui médiatise le réel pour le donner à voir . Conclusion : - Certes, il semble qu'il n'y ait pas plus dans l'art que dans la réalité : l'artiste crée toujours à partir d'éléments empruntés au réel qu'il recompose à sa façon ; l'art apparaît comme une perte, une dégradation de la réalité, desorte que Pascal semble effectivement avoir raison lorsqu'il affirme : « Quelle vanité que la peinture qui forcel'admiration pour la ressemblance des objets dont on n'admire point les originaux » ( Pensées , 34).

Plutôt que l'art qui nous éloigne du réel, la philosophie et la science semblent préférables, qui nous permettent de réfléchir leréel, de l'habiter en quelque sorte, de l'affronter en tout cas.

L'opposition de l'art et du réel semble doncbénéficier au réel lui-même. - Pourtant, l'art révèle et parachève une réalité en friche, il prend le détour de l'apparence, de l'illusion pour mieux nous aider à accéder à l'être profond des choses.

En ce sens, il y a peut-être plus dans l'art que dans laréalité et nous sommes alors renvoyés à la puissance de création de l'artiste qui non seulement transfigure laréalité mais invente un univers plus riche que le monde dit réel. B) L'ART, TRANSFIGURATION DU REEL - L'opposition de l'art et du réel ne bénéficie-t-elle pas finalement à l'art qui incarne la liberté créatrice parexcellence ? N'est-ce pas pour échapper à une réalité par trop pauvre et décevante que l'art prend tout sens et savaleur ? L'art n'est-il pas une transfiguration du réel ?. »

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