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« La parole ne convient qu'à l'homme seul » R. DESCARTES

Publié le 10/01/2020

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Le modèle de l'automate vaut aussi bien pour le corps humain que pour les animaux. Pour établir l'absence d'âme raisonnable chez les animaux, Descartes invoque ici l'absence du langage, comme il l'avait déjà fait dans le Discours de la méthode.

Il n’y a aucune de nos actions extérieures, qui puisse assurer ceux qui les examinent, que notre corps n’est pas seulement une machine qui se remue de soi-même, mais qu’il y a aussi en lui une âme qui a des pensées, excepté les paroles, ou autres signes faits à propos des sujets qui se présentent, sans se rapporter à aucune passion. Je dis les paroles ou autres signes, parce que les muets se servent de signes en même façon que nous de la voix ; et que ces signes soient à propos2, pour exclure le parler des perroquets, sans exclure celui des fous, qui ne laisse pas d’être à propos2 des sujets qui se présentent, bien qu’il ne suive pas la raison ; et j’ajoute que ces paroles ou signes ne sc doivent rapporter à aucune passion, pour exclure non seulement les cris de joie ou de tristesse, et semblables, mais aussi tout ce qui peut être enseigné par artifice aux animaux ; car si on apprend à une pie à dire bonjour à sa maîtresse, lorsqu’elle la voit arriver, ce ne peut être qu’en faisant que la prolation3 de cette parole devienne le mouvement de quelqu’une de ses passions ; à savoir, ce sera un mouvement de l’espérance qu’elle a de manger, si l’on a toujours accoutumé de lui donner quelque friandise, lorsqu’elle l’a dit ; et ainsi toutes les choses qu’on fait faire aux chiens, aux chevaux et aux singes, ne sont que des mouvements de leur crainte, de leur espérance, ou de leur joie, en sorte qu’ils les peuvent faire sans aucune pensée. Or il est, ce me semble, fort remarquable que la parole, étant ainsi définie, ne convient qu’à l’homme seul. Car, bien que Montaigne et Charon aient dit qu’il y a plus de différence d’homme à homme, que d’homme à bête, il ne s’est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, qu’elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d’autres animaux quelque chose qui n’eût point de rapport à ses passions ; et il n’y a point d’homme si imparfait, qu’il n’en use ; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées. Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. Et on ne peut dire qu’elles parlent entre elles, mais que nous ne les entendons pas ; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées, s’ils en avaient.

René Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle, 23 novembre 1646, in Choix de lettres, coll. «Profil - Textes philosophiques », Hatier, 1988.

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« de différence d'homme à homme, que d'homme à bête, il ne s'est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, qu'elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d'autres animaux quelque chose qui n'eût point de rapport à ses passions; et il n'y a point d'homme si imparfait, qu'il n'en use; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particu­ liers, par lesquels ils expriment leurs pensées.

Ce qui me sem­ ble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent.

Et on ne peut dire qu'elles parlent entre elles, mais que nous ne les enten­ dons pas ; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées, s'ils en avaient.

René DESCARTES, Lettre au Marquis de Newcastle, 23 novembre 1646, in Choix de lettres, coll.

«Profil -Textes philosophiques », Hatier, 1988.

POUR MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE Comme n'importe quel autre organisme vivant, le corps humain est une machine dont les parties sont agencées de telle façon qu'une fois mise en marche, elle est en quelque sorte auto-suffisante.

Rompant avec la tradition aristotéli­ cienne, Descartes n'admet pas que l'âme, principe immaté­ riel, puisse être ce qui donne forme et vie au corps, réalité matérielle.

Comment peut-on être sûr, alors, que les hommes ne sont pas des animaux comme les autres ? Oue leur différence est de nature, et non de degré, comme le prétendait par exemple Montaigne ? Existe-t-il une preuve à la fois visible et irréfutable de la présence en nous de la faculté de penser? Existe-t-il, a contrario, des preuves tout aussi certaines de l'absence de cette faculté chez les autres animaux ? À ces quatre ques­ tions, la philosophie rationaliste propose une seule et même réponse: seuls les hommes parlent et manifestent, ce fai­ sant, l'existence en eux d' «une âme qui a des pensées».

1.

Constat : les hommes se servent de paroles* pour com­ muniquer entre eux.. »

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