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La nature nous indique-t-elle comment nous devons vivre ?

Publié le 24/02/2005

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           La conception de Calliclès, qui oppose la vie selon la nature à la vie selon la société, revient à rejeter toute morale au profit d'une nature comprise comme la lutte égoïste pour la satisfaction des passions. Mais ne peut-on penser que si la nature peut nous indiquer comment nous devons vivre, c'est parce qu'elle contient au contraire en elle une morale authentique ? Dans la perspective de Rousseau, l'état de nature, qu'il utilise comme une hypothèse pour critiquer la société, n'est pas compris comme chez Calliclès sur le modèle de la vie animale, mais comme une nature originelle de l'homme, dans un cadre où la satisfaction des besoins est assurée par le milieu naturel. Cet état originel de nature révèle une morale naturelle de l'homme caractérisée par l'instinct de conservation et la pitié, c'est-à-dire le refus de voir l'autre souffrir, qui permet de ne pas comprendre l'ordre naturel comme soumis à la loi du plus fort. Or, l'instauration de la société est une dépravation de ces tendances naturelles de l'homme, remplacées par les inégalités, l'orgueil et l'envie. En ce sens, l'état de nature nous indique quelles sont les bases d'une morale authentique. Mais Rousseau n'assimile pas pour autant l'homme au règne animal, car ces tendances sont le signe d'une perfectibilité qui n'appartient qu'à l'homme. Il ne s'agit donc pas de retourner à l'état de nature sous prétexte qu'elle nous indiquerait comment vivre, car cet état est figé et ne permet aucune histoire : il faut plutôt corriger les vices de la société en s'appuyant sur ces tendances morales qui caractérisent l'état de nature, notamment en agissant sur la sphère politique pour rendre les hommes égaux et libres.            3° Pour l'homme, la nature ne peut se réaliser que dans ce qui la dépasse           Dans la perspective de Rousseau, nous avons vu que la nature, pensée comme un état authentique de la vie humaine, pouvait nous indiquer comment l'homme doit vivre au sens où elle révèle des tendances morales naturelles. Mais par sa perfectibilité, l'homme a bien sa place au sein de la société.
Le terme de nature renvoie à ce qui existe spontanément, à ce qui et originel, ce qui préexiste à l’homme : elle n’est pas seulement un ensemble de choses, mais un principe de production des choses. Se demander si la nature nous indique comment nous devons vivre amène à s’interroger sur la capacité de l’ordre de la nature à constituer un modèle de vie pour l’homme. Mais dans la mesure où l’expression « comment nous devons vivre « renvoie à une morale, à un ensemble de règles et de préceptes, cette interrogation peut être entendue en deux sens : d’une part, il s‘agit de se demander si la nature, c’est-à-dire ce qui est en nous naturel ou le fait de vivre selon la nature, peut contenir en soi une morale nous donnant directement accès à la connaissance de nos devoirs. D’autre part, nous pouvons aussi comprendre qu’il faudrait opposer une nature amorale à la morale et aux règles définies par la société, qui seraient inauthentiques et ne correspondraient pas à la véritable destination de l’homme. Peut-on alors faire de nos tendances naturelles ou de l’ordre de la nature un tel guide, ou bien faut-il refuser cette idée en pensant que l’ordre de la nature doit être complété, ou corrigé, par les règles sociales que se donne l’homme, en tant qu’il n’est pas seulement un être naturel ? Nous verrons dans un premier temps que l’ordre de la nature peut constituer un modèle pour la manière dont l’homme doit vivre, opposé aux conventions sociales qui déforment sa nature. Nous verrons alors que la nature peut être le révélateur de nos tendances morales primitives, avant d’affirmer que la nature ne peut être réalisée que dans ce qui la dépasse et qui constitue notre destination.


« agissant sur la sphère politique pour rendre les hommes égaux et libres.

3° Pour l'homme, la nature ne peut se réaliser que dans ce qui la dépasse Dans la perspective de Rousseau, nous avons vu que la nature, pensée comme un état authentique de la vie humaine, pouvait nous indiquer comment l'homme doit vivre au sens où elle révèle des tendances morales naturelles.Mais par sa perfectibilité, l'homme a bien sa place au sein de la société.

Cette ambiguïté du rapport de l'homme a lanature ne doit-elle pas nous conduire à affirmer que l'homme est l'être chez qui la nature doit être réalisée par laculture et société ? Pour Kant, le règne de la liberté, qui caractérise l'homme, s'oppose à l'ordre de la nature.

La nature n'est pas le lieu d'une morale, mais plutôt de dispositions primitives queseule la culture et l'éducation peuvent actualiser, en réalisant la liberté dansla nature.

La destination de l'homme est donc non pas l'ordre de la naturemais celui de l'histoire, qui permet le progrès vers le droit, c'est-à-dire vers laliberté politique fondée sur les impératifs de la loi morale.

La nature n'est doncpas le lieu où il faut chercher comment nous devons vivre, puisque l'hommepossède en lui une liberté et une loi morale qui par essence dépassent l'ordrenaturel.

L'état de nature est pour les hommes un état de guerre générale de touscontre tous.

Et sur le plan éthique, l'état naturel ou le comportement naturelest un état de guerre contre la vertu, la prédominance de l'instinct, del'immoralité, de la perversion et du mal.

Tout état où règnent l'anarchie,l'absence de loi coercitive et contraignante, état que l'on peut définir commenaturel est un état injuste et brutal.

L'homme ne peut vivre que dans un étatpolitique et civil.

Le genre humain se doit à lui-même, pour sa propre dignitéet sa propre destination, d'être raisonnable, de s'arracher à l'état de chaos etde désordre, état naturel que nous portons tous en nous-mêmes, mais quenous devons dépasser.

L'humanité, par sa raison, est destinée à une fincommune, à savoir l'avancement et le progrès du bien.

Le seul comportementmoral de la personne individuelle ne peut y suffire.

Tous les hommes doivent concourir à l'avènement d'une république universelle fondée sur des lois de vertu.

La fin dernière que la nature aimpartie à l'espèce humaine est donc la culture, à savoir une formation spirituelle, une élévation du goût, del'intelligence, de la personnalité aux dimensions de l'universel.

"Produire dans un être raisonnable cette aptitudegénérale aux fins qui lui plaisent (donc en sa liberté) est la culture." Conclusion On peut penser que la nature nous indique comment nous devons vivre si l'on se place dans uneperspective où la destination de l'homme est la poursuite de la satisfaction de ses instincts égoïstes, opposée auxconventions aliénantes des règles morales et sociales.

Cependant, il semble possible de ne pas opposer vie selon lanature et morale, si l'on pense que la nature est un état de la vie humaine qui manifeste des tendances naturellesmorales : la nature peut alors nous indiquer comment nous devons vivre, mais cette vie doit avoir lieu dans lasociété, car l'homme n'est pas assimilable à un animal.

Cela peut nous amener à l'idée que la nature n'est qu'unepotentialité, qui ne nous indique pas comment nous devons vivre, car ceci relève de la liberté humaine qui ne peutêtre réalisée que dans la culture et dans l'histoire qui sont le lieu du progrès vers la moralité.. »

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