Comment définir l'INTUITION ?
Publié le 12/06/2009
Extrait du document
L'intelligence dans sa vertu de pénétration et sa visée de compréhension entre en concurrence avec l'intuition, à moins que l'on ne tienne l'intuition pour l'un de ses pouvoirs. Mais qu'est-ce que la connaissance intuitive ? Une précision de vocabulaire d'abord : la connaissance est dite discursive quand elle procède par raisonnement. Elle est dite intuitive quand elle saisit ion objet sans l'intermédiaire du raisonnement, au moins à l'état pur. Voilà qui paraît mystérieux et le terme intuition prêtant à confusion, certains voudraient renoncer. Nous ne le ferons pas, aussi bien parce qu'il est d'emploi constant en philosophie que pour sauvegarder l'originalité de la notion. Nous tâcherons plutôt de dissiper les équivoques en distinguant les diverses acceptions du terme. a) Les variétés de l'intuition. L'intuition comme instinct divinatoire. Dans le commun langage intuition veut dire pressentiment, prémonition. Mais on entend aussi par là ce don de pénétration ou de perspicacité, qui s'apparente à l'instinct, et qui permet à ceux qui le possèdent de voir d'emblée ce qui échappe à d'autres, d'être sensible aux mystères, aux vibrations cachées des êtres et des choses, l'esprit de finesse en quelque sorte. L'intuition divinatrice proprement dite est cette lumière qui se fait dans un grand esprit lorsqu'il découvre ou invente quelque chose. C'est elle qui est à la source de toute création. Ce n'est autre que le don d'invention, qui est le propre des esprits-rois et se manifeste dans tous les domaines de la pensée : art, science, philosophie. Bien entendu l'invention est chose plus complexe, le travail et la réflexion n'y sont point étrangers, niais il faut en outre cette chose indéfinissable que les poètes appellent l'inspiration et qui semble visiter l'homme de génie comme une grâce inconnue. Il lui arrive de connaître des heures ardentes ou lumineuses au cours desquelles brille et surgit avec la rapidité de l'éclair une idée neuve et féconde. Cette illumination, c'est la part de l'intuition divinatrice dans l'invention.
«
révéler ce que les êtres sont en eux-mêmes, du dedans, par opposition à la connaissance discursive qui nous les faitconnaître du dehors seulement.
D'où la formule célèbre : L'intuition est une sympathie par laquelle on se transporteà l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable.On voit ce qu'on peut attendre d'une pareille faculté : la pénétration au coeur de l'objet ou de l'être, la prise decontact avec son intériorité profonde dans une expérience spirituelle concrète qui n'a pas besoin de concepts.
A lalimite s'abolit la distinction sujet-objet et à cette dualité se substitue une connaissance par communion ouparticipation du connaissant et du connu.
« Intuition signifie conscience immédiate, vision qui se distingue à peinede l'objet vu, connaissance qui contact et même coïncidence.
»Il va de soi que l'intuition ainsi conçue ne saurait convenir à toute espèce d'objet.
La connaissance scientifique, parexemple, n'en fait nul usage.
Par contre on pourra saisir intuitivement : le moi profond, la liberté spirituelle, laprésence même de l'esprit et aussi le moi d'autrui dans ce qu'il a d'original, le sens de l'oeuvre d'art, etc.
S'élevantenfin, plus haut, l'intuition remontant à la source de la vie spirituelle permet « la prise de contact et la coïncidencepartielle avec l'élan créateur que manifeste la vie...
élan qui est de Dieu si ce n'est Dieu lui-même ».
Laconnaissance mystique repose sur l'intuition que Dieu est amour.Bien que BERGSON ait parfois contesté que son intuition fût instinct ou sentiment, il semble qu'elle soit uneconnaissance par amour ou sentiment et, comme il le dit lui-même, « l'instinct devenu désintéressé, conscient delui-même, capable de réfléchir sur son objet et de l'élargir jusqu'à l'infini ».
A la rencontre de l'intelligence et del'instinct, l'intuition a le privilège de les unir et d'exalter dans cette fusion leurs vertus respectives.Il serait aisé d'interroger la pensée mystique — occidentale aussi bien que brahmanique — pour y retrouverl'équivalent de l'intuition bergsonienne.
Mais PASCAL anticipe BERGSON dans la reconnaissance de ce pouvoir del'esprit étranger à la raison.
C'est l'un des aspects de la notion de coeur dont on connaît les formules célèbres : « Lecoeur a ses raisons que la raison ne tonnait pas », ce qui veut dire ses preuves à lui, ses certitudes propres qui nesont pas d'ordre rationnel et sont irréductibles à la démonstration.Il s'agit bien d'une faculté originale, doublant la raison ou se substituant à elle pour comprendre ce qui lui échappe «Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais aussi par le coeur.
» Faculté qui va jusqu'au fond deschoses « C'est par le coeur qu'on connaît les premiers principes » et qui découvre la présence divine : « Dieusensible au coeur et non à la raison, voilà ce qu'est la foi.
»
c) Valeur de l'intuition.
• Dans l'ensemble l'intuition est la connaissance directe de l'objet de pensée en lui-même, l'acte de l'esprit saisissantson objet d'une façon simple et immédiate, sans l'interposition des opérations discursives, sans la médiation d'unraisonnement explicite.Une telle connaissance ne pourra manquer d'être difficile à traduire dans le langage puisqu'elle est, par définitionextérieure au discours et qu'elle est destinée à saisir ce qu'il y a d'indicible dans les êtres et les choses.
Aussi soncrédit est-il disputé.En un sens si l'erreur est imputable aux défaillances du raisonnement seule l'intuition peut prétendre à l'infaillibilité.Mais il peut y avoir de fausses intuitions, depuis les erreurs des sens jusqu'aux faux mysticismes.
L'essentiel est deprendre toutes les précautions pour que brille la vraie lumière de l'intuition, une fois dissipés passions, illusions etpréjugés.Le problème de la connaissance est engagé tout entier par la question de savoir si l'intuition atteint l'être même telqu'il est en soi dans sa nature intime et profonde.La position de KANT est formelle.
Pour lui la seule intuition authentique que nous ayons est l'intuition empirique quicomprend ce que nous avons appelé intuition sensible et intuition psychologique.
Or une telle connaissance,tributaire de l'espace et du temps qui en sont les formes a priori, ne saisit jamais que des phénomènes, c'est-à-direles choses telles qu'elles nous apparaissent et non telles qu'elles sont en soi.
Une connaissance intuitive quiporterait sur l'être même dans sa réalité intrinsèque n'est pas donnée à l'esprit humain.Il appartiendra à d'autres philosophes, antérieurs ou postérieurs à KANT, d'accorder au contraire à l'intuition uneportée métaphysique.
C'est le cas de PLATON, de DESCARTES, de SPINOZA, de BERGSON entre autres.
La questionde l'intuition est donc cruciale pour ce qui regarde la saisie de l'être et la légitimité de la métaphysique.• Nous reportons au chapitre suivant l'étude des rapports entre l'intuition el le discours, autrement dit la penséeintuitive et le raisonnement..
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Comment peut-on définir le réalisme dans une œuvre ?
- L’intuition sensible est-elle suffisante pour apprécier une oeuvre d’art ?
- Définir le terme \"génie\". Quels sont les rapports entre les différents sens ?
- Si pour Descartes aucune preuve n'est nécessaire, si l'expérience suffit c'est parce que l'évidence du libre-arbitre est liée à notre conscience. Être conscient c'est en effet se savoir être, se savoir exister, et donc être face à la réalité qui nous entoure : j'ai le choix de faire ou non des études, j'ai le choix de pratiquer ou non un sport etc. On voit ainsi qu'être un être conscient c'est se sentir libre. La conscience nous donne l'intuition de notre existence, de notre présence a
- L’inconscient permet-il autant que la conscience de définir l’homme ?