Chapitre 4 : Le temps
Publié le 22/01/2024
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Chapitre 4 :
Le temps
Introduction : Quelle est la réalité du temps ?
La nature se caractérise par le devenir.
Nous observons que les êtres et les choses qui la
composent se transforment au cours du temps et que le changement implique une certaine durée.
Le temps nous semble donc avec l’espace être le lieu ou s’inscrivent nécessairement tous les
mouvements et tous les changements qui constituent la nature.
En ce sens, nous concluons que
le temps a une réalité comparable à celle des phénomènes naturels.
Le temps doit exister sous
une certaine forme, puisque nous le reconnaissons dans l’alternance du jour et de la nuit et dans
le retour périodique des saisons ?
Nous prenons conscience du temps qui passe, de l’écoulement du temps.
Nous opposons la
durée d’un mouvement aux instants où il commence et où il finit.
Nous divisons la durée en
différents moments de moindre durée.
Nous nous efforçons de déterminer l’être du temps en
mesurant des durées et en divisant des instants.
Dès que nous cherchons à préciser ce qu’est le
temps, nous sommes en train de construire le temps dans notre esprit.
Et par conséquent, le
temps apparait comme un phénomène de la conscience, qui ne peut donc avoir de réalité en
dehors de cette dernière.
Plus nous essayons de définir objectivement la nature du temps en en mesurant l’écoulement et
plus nous somme amenés à le ressentir subjectivement comme quelque chose qui nous échappe.
Cependant, on peut proposer une première définition du temps comme une succession d’instants
dans la durée et cette définition peut s’illustrer par la représentation du temps comme une droite,
de la durée comme un segment, de l’instant comme un point.
On a ainsi une conception linéaire
du temps qui est bien une construction de notre esprit, et qui l’est d’autant plus qu’elle s’oppose à
une conception cyclique du temps naturel.
1- 1er paradoxe : A la recherche du temps perdu
Pourquoi cherchons-nous à déterminer la réalité du temps ? Et pourquoi ne le vivons-nous
pas naturellement dans sa durée, mais cherchons à nous le représenter dans son
écoulement ? C’est que nous prenons conscience que notre existence même est inscrite dans le
temps, qu’elle ne dure qu’un temps, qu’elle ne dure qu’un temps, qu’elle est délimitée par notre
naissance et notre mort.
Nous prenons donc conscience que nous sommes mortels et que nous
n’avons que le temps qui nous est donné dans cette vie, sur cette terre, pour devenir nous-même
et accomplir ce que nous avons à faire.
Si nous mesurons donc le temps, c’est parce que nous
réalisons qu’il nous est compté, que nous devons l’employer et que nous aurons des comptes sur
cet emploi.
Le temps met directement en jeu l’économie de notre existence.
Nous avons donc l’idée que le temps est à la fois un bien qui nous est donnée en gérance, dont il
faut tirer un certain profit, et en même temps quelque chose qui nous échappe et que nous ne
pouvons pas saisir.
Comment gérer un bien qui ne peut pas être saisi ? Question qui se pose
d’autant plus que nous voulons faire fructifier ce capital.
Le temps soulève donc dans la
conscience une interrogation existentielle.
Comment arriver à être au bout du compte
satisfaisant de cette seule vie qui nous est donnée ? L’être humain prend en effet conscience
que son existence se trouve inscrite entre la naissance et la mort, et qu’il ne dispose que de cette
vie pour pouvoir se réaliser lui-même.
Face à cette interrogation sur le sens de son existence, l’être humain peut envisager deux
attitudes globales pour déterminer sa conduite devant la fuite du temps.
Les Stoïciens supposent
que pour vivre il faut se préparer à mourir et à faire face à ce moment où nous aurons des
comptes à rendre sur ce qu’a été notre vie.
Horace et Epicure soutiennent au contraire que nous
devons profiter de l’existence qui nous est donnée et gouter les plaisirs qu’elle nous offre tant que
nous pouvons en effet en jouir.
Pour opposées qu’elles soient, ces deux attitudes n’en supposent
pas moins une conscience du temps qui passe inexorablement et de l’impuissance de l’être
humain face à cette fatalité.
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’être humain cherche à se
représenter objectivement le temps afin de pouvoir le mesurer, le dénombrer, le recomposer et
arriver à s’en donner ainsi une forme de maîtrise.
2- 2ème paradoxe : difficulté : représentation objective du temps et
appréhension subjective de l’existence (Augustin)
Le temps nous échappe et nous cherchons néanmoins à le maitriser ou du moins à nous en
donner une représentation rassurante, en accord avec l’effort que nous faisons pour déterminer
nous-mêmes notre conduite.
Dans une telle perspective, l’écoulement du temps semble rendre un
tel effort absurde.
La manière souvent violente dont la mort met fin à notre vie nous convaincrait
aisément que, de toutes façons, il n’y a rien à faire et qu’il ne faut rien faire.
Or, nous savons que
le passé est passé et qu’il n’est plus possible d’y changer quoi que ce soit.
Nous en concluons
que, de même, nous ne pouvons rien faire au présent, parce que le présent découle du passé et
ne peut donc pas être changé, et que de même tout ce qui arrivera est déjà déterminé par
l’enchainement qui mène du passé au présent et à l’avenir.
Tout effort entrepris de notre part
semble donc à la fois absurde et inutile, puisque arrivera ce qui doit de toutes façons arriver.
Une
telle conclusion est désespérante au sens où en dispensant les êtres humains d’agir et en les
amenant à se soumettre à une fatalité aveugle (= argument paresseux ou argument du
dominateur de Diodore Chronos).
Face à cette conclusion désespérante, il faut rappeler que les événements humains ne sont pas
tous déterminés à l’avance, mais qu’ils dépendent soit du hasard soit des décisions que nous
prenons.
C’est que cette représentation d’un écoulement inexorable du temps est en réalité une
construction de la conscience, qui nous convainc de plus que le temps n’a pas de réalité et donc
qu’il ne peut avoir la toute-puissance que nous lui prêtons.
Si nous remarquons d’abord
l’écoulement du temps à des phénomènes naturels marqués par l’alternance et par le retour
périodique des choses, dès que nous nous efforçons de lui donner une définition objective
appuyée sur la mesure, nous construisons du temps une représentation dans la conscience.
Justement, dans la nature, il y a une continuité des événements qui n’implique pas de rupture.
Donc, la distinction de différents moments du temps et sa décomposition en instants procèdent
d’une opération d’abstraction effectuée par la conscience.
Il semble évident cependant de diviser le temps en 3 moments : passé, présent et futur.
La
définition de ces 3 moments ne pose pas problème.
Le passé est ce qui n’est déjà plus.
Le futur
est ce qui n’est pas encore.
Le présent est ce qui cesse d’être pour dès que cela comme d’être,
puisque l’instant présent n’a pas d’épaisseur.
Si on considère de plus ces 3 définitions qui nous
semblaient si justes, nous remarquons que chacune d’entre elles est en fait contradictoire,
puisque chacune énonce que l’objet qu’elle définit est et n’est pas.
Ni le passé, ni le futur, ni même
le présent n’existent pas en tant que tel.
Et cependant, nous nous représentons bien ces 3
moments dans notre conscience.
Le passé est rendu présent à la conscience par la mémoire, le
futur par l’attente, le présent par l’intuition.
Tout cet effort de représentation est un travail effectuer
par la conscience.
Le temps n’a donc de réalité que dans et par la conscience.
3- Enjeux de la réflexion : Comment se libérer de l’angoisse face à la fuite du....
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