Alain: causes matérielles et immanentes
Publié le 13/04/2005
Extrait du document


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lui il agit par justice ou vengeance...
On comprend que l'homme projette dans le ciel rien d'autre qu'un autre hommeavec tout ce que cela comporte.
Afin de mieux comprendre le monde, et parce qu'il refuse au fond d'attendre,l'homme l'humanise précisément.
On pourrait presque dire que, à travers la prière, l'homme s'installe à la place dedieu.
Pourtant, l'homme devrait, par respect envers la raison, accepter qu'elle ne recouvre pas tout.
Cette dernière,lorsqu'elle s'aventure en dehors des strictes limites de ce qui se déroule dans le temps et dans l'espace, lorsqu'elleprétend à plus que l'explication des phénomènes matériels et immanents, devient pour ainsi dire illégitime et mêmeirrationnelle.
C'est alors une raison folle, une raison qui s'égare, une raison qui s'efface même.
Cette dernière netrouve son sens ni dans le pourquoi métaphysique qui s'adresse à un au-delà du pure champ phénoménal, ni dans le comment trop rapide qui n'attends pas la réponse: mais seulement dans le règne de la nécessité où les choses s'enchaînent selon un strict rapport de causalité.
Il s'agit d'accepter qu'il n'y a point de réponse aux questions quel'homme a lui-même construites en réinventant un monde à son image.
Plus de « pourquoi la pluie » donc, mais un « comment la pluie » à la mesure d'une météorologie fastidieuse qui prend le temps de comprendre le stricte enchainement des causes dans le ciel.
Plus de « pourquoi la peste », mais un « comment la peste » à la mesure d'une science bactériologique et immunologique qui respectent la rigueur épistémologique qui s'impose à leursinvestigations.
Plus de « pourquoi la mort », seulement la juste froideur de l'analyse légale, de l'anatomie post- mortem.
Et même si la mort nous presse de comprendre ce qui, au-delà du corps qui se putréfie, prend place pour l'acteur en première personne de ce phénomène, il faut remédier à cet empressement: on pourra expliquer la mortcomme somme de phénomènes physico-chimiques, on pourra expliquer le « mourant », non son pourquoi, non ce qui se déroule dans cet après mystérieux.
Le plus dure est donc dans l'acceptation de ce « c'est ainsi » qui referme brutalement le rideau sur cet univers à mesure humaine peuplé par les fantasmes propres à notre condition.
Il s'agitde ne plus dire « pourquoi » mais seulement « oui » au déroulement du monde.
Le vie n'est ainsi plus injuste à la vue du pestiféré, elle est seulement la vie, par-delà le bien et le mal.
La mort n'est plus injuste face à la mort d'unproche, elle est simplement la vie, au-delà de nos projections morales et intentionnelles.
Après tout, notre propre existence figure déjà au bout d'une série incroyable d'enchaînements causaux intriquantmaintes réseaux d'abord indépendants.
Nous devenons l'araignée au centre d'une toile incroyable de causes etd'effets qui sont responsables de notre avènement et sur lesquels nous ne pouvons faire de mesures investigatricesdans nous emmêler les pattes.
L'origine de notre propre existence, d'un point de vue strictement efficient, matériel,immanent, est déjà une série qui s'obscurcit à chaque intrication, et devient un comment sans réponse dont le bruit se perd dans cette infinie implication.
Conclusion
On rencontre de toute évidence une grande difficulté chez l'homme à accepter que rien d'humain ne se cachederrière l'immense voile vespéral qui fascine son esprit.
Quel irrespect pour les dieux que de les croire au fond siproche de nous, à savoir arbitraires, irrationnels, capricieux.
Ce que l'homme se devrait pourtant d'appréhender,c'est ce comment patient qui démantèle le réseau causal de la nature pour offrir des réponses certes que probables mais fondée sur autre chose que la volonté de faire parler le monde.
Car de toute évidence, sinon, vient toujours unmoment où l'homme fait du monde l'acteur de son texte, et avance ainsi sourd aux véritables bruits du cosmos.L'ataraxie se trouve dans cette patiente enquête de l'âme qui trouve des réponses à sa mesure, et non les lignesqu'il ré-écrit sur – et avec lesquelles il bâillonne d'ailleurs - ses propres objets d'études.
Le réel s'offre au patient, etmême au patient silencieux qui porte ce simple mot à ses lèvres: comment ..
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