Tous les matins du monde : les mythes
Publié le 01/03/2012
Extrait du document

Quignard, homme lettré nourri de lectures et de culture, donne à ses personnages, dans son roman Tous les matins du monde, toute une dimension mythique qui leur offre une grande richesse symbolique. En effet, le mythe permet d’entretenir un lien très étroit entre la mort, la musique et l’amour. La douleur due à la perte et au deuil signale que l’amour partagée par Madame et Sainte Colombe était partagé : cet amour est tellement fort qu’il reste vivant et s’intensifie après la disparition de Madame de Sainte Colombe. Cela rappelle le mythe d’Orphée, la puissance du désir, le dépassement des limites de la mort. Comme Orphée, Sainte Colombe produit une musique « capable de réveiller les morts «. Ainsi, on peut se demander comment Pascal Quignard donne une dimension orphique à son roman Tout les matins du monde ? Nous verrons en quoi, en premier lieu, le personnage de Monsieur de Sainte Colombe est un personnage mythique, puis, en second lieu, celui de Madeleine.

«
Page 2
Ensuite, le prénom « Madeleine », choisi pour la fille aînée de Sainte-Colombe par
l’auteur, évoque Marie-Madeleine, célèbre personnage de l’Evangile.
Marie-Madeleine était
une prostituée pardonné par Jésus Christ qui abandonnera sa vie pour le suivre jusqu’à la
croix ; elle deviendra un modèle du repentir.
On voit souvent ce personnage dans la peinture
de l’époque baroque, comme une image de la mélancolie : elle est représentée devant un
crâne, souvent en pleurs, méditant sur la vanité de la vie humaine, emportée par la mort.
Ainsi, on retrouve chez Madeleine de Sainte Colombe le goût des larmes, cette morbidité.
De plus, le rôle de Madeleine dans Tous les matins du monde rappelle aussi le mythe
d’Ariane, fille du roi Minos de Crète.
Comme cette héroïne, Madeleine tombe tout de suite
amoureuse de Marin Marais ; celui-ci se servira d’elle, afin qu’elle soit l’intermédiaire pour
qu’il se fasse accepter auprès de Monsieur de Sainte Colombe.
Mais surtout, elle va lui
transmettre le savoir que lui a enseigné son père afin qu’il puisse accéder à la musique et à
l’art de Monsieur de Sainte Colombe : « Je vous enseignerai tout ce que mon père m’a
appris ».
Enfin, on peut noter que c’est sur la propre viole de Madeleine que Marais va jouer
pour la première fois devant Monsieur de Sainte Colombe (chapitre VIII).
Pour finir, on observe que$ Madeleine se désigne elle-même sous le nom de Tithon,
personnage mythologique.
Celui-ci fut aimé par la déesse Aurore qui obtint de Zeus qu’il
devînt immortel ; il se mit donc à vieillir, à tel point que la déesse finit par le métamorphoser
en cigale.
On peut donc penser que cette allusion renvoie à la mort lente de Madeleine, qui la
consuma et lui enleva toutes ses forces vitales.
On peut donc conclure que dans son roman, Pascal Quignard glisse des allusions
mythologiques qui donnent à son œuvre toute une dimension mythique et orphique, et ainsi,
qui le rendent beaucoup plus intéressant et riche..
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Pascale Quignard "tous les matins du monde"
- LES MYTHES DE LA CRÉATION DU MONDE
- Tous les matins du monde [Alain Corneau] - analyse du film.
- fin du monde, mythes de la - religion.
- fin du monde, mythes de la - mythologie.