Peut-on dire, à la lecture de la pièce que vous avez étudiée que le valet « consacre et consolide la hiérarchie existante » selon les mots d'un critique moderne qui qualifiait ainsi les serviteurs des comédies du XVIIIe siècle ?
Publié le 17/01/2022
Extrait du document
«
humains à part entière.
® Arlequin souffre d'une perte d'identité et se lamente de ne pas avoir véritablement de nom mais de n'être appeléque par des sobriquets ou par un « Hé » (scène 2) qui lui nie toute valeur et toute autonomie.» Il refuse d'être battu arbitrairement ; Cléanthis ne veut plus être maltraitée ni insultée.• Tous deux expriment un désir de reconnaissance de leurs caractéristiques humaines propres (« je suis femmeautant qu'elle » s'exclame Cléanthis dans la scène 3).• L'inversion sociale permettra à chacun d'eux d'exprimer ses griefs en caricaturant son maître.
2.
Ils veulent donc corriger leur maître afin d'être soumis à un traitement plus doux et reconnus.• Trivelin (valet traditionnel de la commedia dell'arte, connu pour sa ruse et sa finesse) exprime nettement cesouhait (« nous vous corrigerons »).® Cette transformation est conçue comme une véritable thérapie qui apportera la guérison à ceux que le pouvoiraveugle.• En effet, cette inversion sera salutaire et Arlequin affirme qu'il est prêt à être bon si Iphicrate lui obéit (scène 2) ;ainsi, celui-ci comprendra quelle est la nature de leur relation et saura qu'il ne faut pas mépriser ceux qui servent.• L'esclavage provisoire mis en place devient une cure de nature médicale qui vise à rendre « bon, raisonnable etgénéreux ».
Le valet ne conteste la hiérarchie que parce qu'elle le fait souffrir et le prive.
3.
Mais la contestation des esclaves va plus loin : il s'agit aussi de réformer la situation qui est la leur.• Il ne s'agit pas d'inverser les rôles pour jouer, ce n'est pas d'un carnaval dont les serviteurs ont besoin.
Il contestela légitimité des rôles : Cléanthis rappelle qu'ils savent tout d'eux, les voient tels qu'ils sont et peuvent donc serévolter contre leur domination (« Oh ! ce sont de pauvres gens pour nous », scène 3).• L'île, espace clos, fermé à toute influence extérieure peut donc être utilisée pour mettre en place unfonctionnement utopique temporaire.
Provisoire parce qu'il s'agit de se corriger pour pouvoir repartir vers Athènes,utopique parce que chacun sait que ce renversement social n'a qu'un but thérapeutique.• Il s'agit surtout d'un « cours d'humanité » qui ne dure que trois ans au maximum dont Trivelin est le maître : ilrépartit les rôles, préside aux changements de costumes et de relations.
Mais il ne s'agit pas d'égalité : Arlequinreproduit l'injustice des maîtres en partageant de manière déséquilibrée la bouteille par exemple, Cléanthis enmaltraitant celle qui est devenue son esclave.
Transition
En fait, les « esclaves » expriment nettement leurs rancœurs contre leurs maîtres mais il s'agit surtout d'une prisede conscience de l'aliénation qu'ils subissent plus que d'une volonté de réformer la société.
II.1.
En effet, ils revendiquent moins contre tous les maîtres que contre celui auquel ils doivent obéir.
» L'île est un espace limité dans lequel chaque serviteur a le droit d'exprimer ses griefs : Arlequin se plaint d'êtreméprisé, battu, ignoré, Cléanthis de ne pas être considérée comme une femme ou une véritable confidente, sansrisques puisqu'ils sont protégés par la loi de l'endroit, Trivelin rappelle d'ailleurs souvent qu'il est seul à décider et àmener le jeu.• Tous deux critiquent les défauts précis de ceux qui les dirigent, tous deux veulent se venger de leurs souffrances: aucun d'eux ne raisonne véritablement, la servante insulte sa maîtresse, exprime sa rancune, critique Euphrosinemais ne cherche pas à élargir sa critique contre toutes les maîtresses.
Arlequin, moins méchant, plus généreux «donne quittance » à son maître pourvu qu'il puisse boire, faire ce qu'il veut sur l'île.• Il n'y a pas de réflexions générales pouvant être appliquées à toute la société : les cibles sont nettement définies.D'ailleurs cette situation est celle qui a donné naissance à l'organisation de l'île : les premiers avaient tué leursmaîtres avant d'imaginer cette thérapie collective dans laquelle, notons-le, maître et esclave sont impliqués.
2.
Seul Trivelin présente une réflexion un peu plus vaste : parce qu'il est le metteur en scène de ce « théâtre dansle théâtre » où chaque personnage joue le rôle de l'autre, il peut tenter de tirer des leçons.• Ses rappels sur l'histoire de cette thérapie montrent que tous les maîtres sont durs, que tous les valets veulent sevenger.
Ils sont volontiers agressifs et violents (les assassinats primitifs le soulignent).• La volonté permanente qu'il manifeste de vouloir améliorer les autres le rapproche davantage des Lumières que dela comédie traditionnelle.
Il cherche à corriger, éduquer et faire progresser l'humanité (ses dernières phrases, quiterminent également la pièce, en témoignent).® Il montre que l'inversion des rôles est le moyen le plus efficace de faire réfléchir les êtres (« vous avez été leursmaîtres, et vous en avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres, et ils vous pardonnent » scène 11).® Il est également celui qui indique la voie à suivre : « La différence des conditions n'est qu'une épreuve que lesdieux font sur nous » mais n'élargit pas cette remarque (« je ne vous en dis pas davantage »).cations limitées : Euphrosine et Cléanthis sont réconciliées, prêtes à partager beaucoup de choses.
Arlequin.
»
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- Un critique contemporain, M. André Thérive, écrit : « La littérature dans son ensemble sert à faire mieux connaître l'homme. Au temps des classiques, la vérité générale, l'homme abstrait, suffisait encore. L'homme concret est une conquête de l'époque moderne ». Vous montrerez comment cette « conquête » a été préparée par les écrivains du XVIIIe siècle. ?
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- Pensez-vous que l'on puisse dire que dans les comédies du XVIIIe (18e) siècle, le valet soit acharné à lutter contre l'ordre social qui le tient dans la servitude et la médiocrité ?
- Qui, du maître ou du valet, vous paraît le plus autonome dans la comédie du XVIIIe siècle que vous avez lue et étudiée en classe ?
- Selon le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, « le valet est d'abord un vengeur. Il nous venge de tout ce que nous n'osons ou ne pouvons pas faire, comme battre son maître, mentir effrontément pour s'en tirer, être désintéressé, faire des actes gratuits, n'être que du jeu... » En vous appuyant sur des exemples précis, vous vous demanderez si la comédie du XVIIIe siècle que vous avez étudiée cette année vérifie cette affirmation.