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Madame Bovary : Les affres de l'art

Publié le 09/12/2015

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Madame Bovary : « Les affres de l'Art » Flaubert affirme dans une lettre écrite le 12 janvier 1853 : « Il y a des moments où tout cela me donne envie de crever. Ah ! je les aurai connues les affres de l'Art. » Madame Bovary entraîne en effet son auteur sur un chemin semé d'embûches. Les brouillons du roman ainsi que l'abondante correspondance de Flaubert nous permettent d'entrer dans le laboratoire de l'écrivain et de suivre pas à pas la construction d'un des plus grands romans de la littérature française. I. Recherches Documentation Une partie du travail du romancier consiste, pour Flaubert, à se documenter sur les différents thèmes qu'il est amené à traiter. Si Madame Bovary évoque a priori un sujet banal, qui ne semble pas demander de réelle spécialisation, l'auteur a lu de nombreux ouvrages pour fournir à son lecteur un récit aussi réaliste et vraisemblable que possible. Pour raconter l'échec de l'opération du pied bot d'Hippolyte par Charles, il a eu recours à des ouvrages spécialisés comme le Traité pratique du pied-bot publié par Vincent Duval en 1839. Dans une sorte de mise en abyme, nous retrouvons le personnage de Charles se penchant lui aussi, dans le chapitre XI de la deuxième partie, sur « le volume du docteur Duval ». Dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade publiée en 2013, Jeanne Bem note même que Flaubert va jusqu'à recopier certains passages pour composer cet extrait particulièrement précis : « Tandis qu'il étudiait les équins, les varus et les valgus, c'est-à-dire la stréphocatopodie, la stréphendopodie et la stréphexopodie (ou, pour parler mieux, les différentes déviations du pied, soit en bas, en dedans ou en dehors), avec la stréphypopodie et la stréphanopodie (autrement dit torsion en dessous et redressement en haut), M. Homais par toute sorte de raisonnements, exhortait le garçon d'auberge à se faire opérer. » Flaubert a également consulté le Dictionnaire de médecine de Nicolas Philibert Adelon ou encore le Traité de médecine légale de Mathieu Orfila. Il s'appuie sur ces ouvrages pour décrire précisément l'empoisonnement dont est victime Emma Bovary à la fin du roman. Il prépare aussi la ruine des Bovary...
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« II.

La construction du roman Une construction progressive Flaubert avance lentement dans l'élaboration de son roman.

Il est ainsi amené à faire progressivement évoluer son récit mais il commence la rédaction en s'appuyant sur différents scénarios qui résument déjà les grandes lignes du roman.

Dans ses brouillons, il ajoute également quelques notes, des réflexions qui lui semblent importantes ou encore des dialogues que l'on retrouvera dans l'œuvre achevée.

Il va même jusqu'à dessiner le plan d'Yonville. L'analyse de l'évolution de l'incipit confirme ce travail patient et minutieux : l'écriture ne se donne pas de manière innée mais se construit au fil des longues journées de travail.

L'édition de la Bibliothèque de la Pléiade présente par exemple, dans ses appendices, différentes versions de cet incipit.

Un gouffre sépare le premier jet de l'incipit définitif.

Flaubert a développé certains aspects qui lui semblaient importants. Il a inventé certains détails qu'il a parfois été amené à supprimer.

En outre, c'est dans les dernières versions de cet incipit qu'il fait un choix important à propos du narrateur : son roman commencera par le pronom « nous ». L'organisation d'un ensemble Flaubert ne veut pas se contenter d'écrire de belles phrases : son œuvre doit former un ensemble cohérent.

Chaque phrase doit être parfaitement à sa place dans le paragraphe, chaque paragraphe doit être lié à ceux qui l'entourent et chaque chapitre doit participer à l'unité du roman.

En janvier 1853, Flaubert révèle qu'il a conscience de l'ampleur de la tâche dans une lettre à Louise Colet : « Chaque paragraphe est bon en soi, et il y a des pages, j'en suis sûr, parfaites.

Mais précisément à cause de cela, ça ne marche pas .

C'est une série de paragraphes tournés, arrêtés, et qui ne dévalent pas les uns sur les autres.

Il va falloir les dévisser, lâcher les joints, comme on fait aux mâts de navire quand on veut que les voiles prennent plus de vent.

» L'épisode des comices montre que Flaubert doit tenir compte de différentes échelles. Le long chapitre consacré à cette fête agricole doit tout d'abord avoir sa propre cohérence.

Flaubert l'imagine comme une véritable « symphonie ».

Il écrit ainsi, toujours à Louise Colet, le 7 septembre 1853 : « Comme c'est difficile ! J'ai bien peur que mes comices ne soient trop longs.

C'est un dur endroit.

J'y ai tous mes personnages de mon livre en action et en dialogue, les uns mêlés aux autres, et par là-dessus un grand paysage qui les enveloppe.

Mais, si je réussis, ce sera bien symphonique.

» Il mêle le dialogue amoureux et les discours plus officiels, travaille minutieusement chaque paragraphe et veille à ce que cet épisode fasse évoluer l'intrigue du roman. C'est aussi cette exigence qui pousse Flaubert à supprimer des pages entières de son roman, alors que certaines d'entre elles lui ont demandé de longues journées de travail.

Tout ce qui ne s'intègre pas parfaitement au roman doit ainsi être sacrifié. III.

Une nouvelle forme de prose Un objectif ambitieux Dans sa correspondance, Flaubert revient fréquemment sur cet objectif particulièrement ambitieux.

Alors que Louis Bouilhet et Louise Colet écrivent en vers, il a choisi la prose.

Seulement, loin de lui simplifier la tâche, ce choix la complique : l'écrivain veut créer une prose aussi belle et aussi riche que les meilleurs vers.

Il s'agit toujours d'écrire un récit, mais chaque phrase doit être parfaitement ciselée.

Le romancier doit lui aussi veiller à respecter les rythmes et les sonorités, comme il l'explique dans cette lettre à Louise Colet : « Il m'est maintenant impossible d'écrire 2. »

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