Lettre de madame de Sevigne à M. de Pomponne
Publié le 25/06/2023
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Lettre de Mme de Sévigné à M.
de Pomponne
INTRODUCTION
Les Lettres de Madame de Sévigné publiées de façon posthume en 1726, sont le fruit d'une
correspondance épistolaire ininterrompue entre Madame de Sévigné et sa fille, Francoise- Marguerite
entre 1671 et 1696 suite à leur séparation, Francoise- Marguerite épousant le comte de Grignan.
Observatrice perspicace, véritable chroniqueuse de la vie de cour, Mme de Sévigné offre un
témoignage marquant des moeurs parisiennes de son époque à travers les 764 lettres composant son
oeuvre.
Ses lettres,très populaires dans les salons mondains, s’apparentent à des saynètes de la vie à
Versailles.
Par son art du détail et de la badinerie, elle met en exuergue avec clairvoyance la réalité
curiale.
Dans cette lettre adressée à Simon Arnauld de Pomponne, ministre des affaires étrangères, et
daté du 1er décembre 1664, l’épistolière relate cette petite scène de vie de cour où le roi Soleil, au
sommet de sa gloire à l’époque, met à l’épreuve la sincérité d’un courtisan, Le Maréchal Antoine de
Gramont jouissant d’une notoriété exeptionnelle à l’époque, se fait prendre par le jeu du roi.
PROBLÉMATIQUE
Nous étudierons comment Mme de Sévigné, à travers cette lettre au ton badin tendant à l’apologue,
fait oeuvre de moraliste en questionnant le pouvoir du roi sur ses courtisans?
PLAN
l.1-9: Le mise en place du piège tendu par le roi au courtisan
l.9-13: une chute “brusque” pour le Maréchal
l.13-14: Une morale prudente révélatrice de l’hypocrisie curiale
DEVELOPPEMENT
l.1-9: Le mise en place du piège tendu par le roi au courtisan
l.1 L’épistolière débute sa lettre en usant de la rhétorique classique, captatio
benevolentiae ayant pour but de capter la bienvaillance de l’auditoire.
Le double diminutif avec le suffixe –ette et l’adjectif “petite” confère d’entrée de jeu
un ton badin au récit.
Néanmoins, l’adjectif qualificatif “vraie” assorti de l’adverbe
“très” sonne comme pléonasme et semble vouloir justifier la véracité de la situation
invremsemblable allant être décrite.
L’épistolière adopte ainsi un ton désinvolte,
badin contrastant avec la prétention de la véracité de ses dires.
De plus,
l’épistolière souhaite à la fois instruire et divertir en suivant la devise classique
“placere et docere” comme le témoigne la proposition subordonnée relative l.1.
l.2 Le récit débute en introduisant le personnage du Roi.
Le verbe “se mêler” sonne
péjorativement et le roi semble assimilé à une personne intrusive ayant un
comportement déplacé.
Ce verbe introduit une activité qui ne semble pas à la
hauteur du statut du roi: faire des vers.
Nous notons ainsi une tension entre son
haut rang et le sujet léger de la poésie auquel il se prête.
Le roi ne se contente plus
de jouer le rôle de mécène pour aider les artistes de son règne, il se fait lui-même
poète.
Ainsi le jeu l’emporte sur le gouvernement du royaume et donne à voir une
Cour regroupant des personnages importants mais traitant en réalité de sujets
futiles.
MM.
De Saint-Aignan et Dangeau, deux grands du royaume, se font le
maitre du Roi lors de son aprentissage et nous pouvons ainsi noter une inversion
des rôles.
l.3 L’adjectif “petit” ainsi que le substantif “madrigal”, désignant un court poème
galant destiné à être chanté le plus souvent aux femmes, imprègne encore ce texte
de cet esprit de légereté.
L’opinion du roi sur son travail nous est revélé par une
formule négative étonnante “pas trop joli”.
L’adjectif “joli” employé ici pour
désigner le madrigal du roi est décalé et explicite l’absence de compétence du roi
en la matière.
Le lecteur est associé au piège tendu au courtisan sachant par
avance l’avis du roi.
Le savoir supérieur du lecteur par rapport à celui du courtisan
permet ainsi à ce dernier de prendre plaisir au jeu du roi.
l.4 L’épistolière joue à la mémorialiste en donnant à voir la scène entre le roi et le
Maréchal de Gramont comme si le lecteur et M.
de Pomponne y assistaient.
Nous
notons une tension entre le poids et l’importance des responsabilités du roi et du
Maréchal de Gramont, haut dignitaire de l’Etat et la futilité de leur conversation.
Elle fait écho de même à celle entre cette lettre au ton badin et le haut poste de M.
de Pomponne, ministre des affaires étrangères.
La sollicitation du Maréchal par le roi rend compte de la soumission subie par la
noblesse tenue d’avoir un avis sur tous les sujets de la Cour.
Le passage au
discours direct rend cette scène vivante.
Elle nous donne de précieuses
informations sur le language tenu à la Cour de Versailles et sur la façon dont le roi
s’exprime.
Le piège se referme sur le courtisan à 3 moments précis.
Tout d’abord,
le roi donne son avis avant celui du Maréchal et dicte dès lors la ligne de conduite à
tenir.
Il qualifie ensuite le madrigal par l’adjectif péjoratif “impertinent” renforcé par
l’adverbe d’intensité “si”.
De plus, l’adverbe “jamais” marque une opinion tranchée
et implacable auquel le courtisan ne peut s’opposer.
Ennfin Le roi affine son piège
en explicitant la cause de sa demande.
Le pronom personnel “on” cache l’auteur
véritable de ce madrigal.
l.6-7-8 La réponse du Maréchal est pleine d’affectation et de respect comme en
témoigne les marques de politesse “Sire” et “Votre Majesté”.
Elle loue d’abord sa
majesté en la flattant par un ton obséquieux comme nous le remarquons dans la
tournure hyperbolique “divinement bien de toutes choses”.
Puis confirme la véracité
des affirmations du roi et pour finir exprime son jugement baisié.
La répétition du
déterminant indéfini “toutes” et de....
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