lecture linéaire postambule de Olympe de gouges
Publié le 19/02/2024
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LECTURE LINÉAIRE DU POSTAMBULE
Il est possible d’interpréter le postambule, dernier passage conclusif de la Déclaration, comme un
besoin pour Gouges d’ajouter, d’insister sur son propos.
La fonction de ce texte est de revenir sur les
idées et thèmes majeurs mis en avant dans les articles précédents (la lutte pour l’égalité, la justice, la
liberté, la Révolution, le mariage) afin de conclure son texte.
Il s’agit ici des premières lignes du postambule.
L’enjeu est ainsi de mobiliser les femmes dont elle se
fait le porte-parole pour retrouver les droits originaux, naturels, ceux d’une égalité entre hommes et
femmes.
Pour cela, elle utilise une rhétorique oratoire pour appeler un passage à l’action.
3 mouvements
1.
« Femme » à « sa compagne » : Olympe de Gouges réalise un appel aux femmes : l’Histoire
leur offre une opportunité de se battre pour leurs droits, il est donc urgent de se mobiliser
2.
« Ô femmes » à « à répondre » : sur un ton provocant et ironique, Gouges encourage les
femmes à lutter pour leurs droits
3.
« S’ils s’obstinaient » à « le vouloir » : Olympe de Gouges transmet son courage et sa
confiance aux femmes
Projet de lecture : Comment Olympe de Gouges encourage-t-elle les femmes à lutter pour leurs droits
dans le postambule de la Déclaration ?
1e mouvement
Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits.
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Ouverture sur un rythme ternaire : la rythmique du texte traduit la volonté d’Olympe de
Gouges à lutter pour l’obtention des droits de la femme
L’apostrophe « Femme » est marqué par le singulier et l’absence de déterminant : Gouges
s’adresse directement à tout le sexe féminin, à une généralité (on se souvient de l’ouverture
de la Déclaration sur « Homme, es-tu capable d’être juste ?).
L’impératif engendre une réaction sur le lecteur, mais doit surtout en engendrer une sur la
femme contemporaine de Gouges : l’autrice incite à agir sur un ton injonctif (ordre).
Le verbe
réveiller invite à passer de passives à actives : les femmes doivent sortir de l’état inconscient
et immobile du sommeil pour se battre pour leurs droits.
À cela se lie le « tocsin » (bruit d’une cloche qu’on sonne à coups pressés et redoublés pour
donner l’alarme, pour avertir) : l’alerte est donnée, il est urgent d’agir.
À noter aussi que le
tocsin se rapporte au vocabulaire lié à la Révolution, tout comme la « raison » évoque le
vocabulaire des Lumières.
Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de
mensonges.
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Le passé composé marque un temps révolu et insiste sur un avant/pendant la Révolution par
rapport à l’ancien régime qui ne comportait rien de bon.
La « nature » réfère à l’état originel des choses : une égalité de droits entre hommes et
femmes, ce vers quoi Gouges souhaite revenir, ce pour quoi elle écrit ce postambule.
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Ainsi, le champ lexical de la fausseté se rapporte au passé.
Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation.
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Pour évincer les idées fausses (de la phrase précédente), la métaphore du « flambeau de la
vérité » intervient.
Celle-ci conçoit la Révolution comme une lumière : on retrouve là le
vocabulaire lié au thème des Lumières (cf la raison de la 1e phrase).
On se rappelle d’ailleurs
que les philosophes des Lumières luttaient contre l’obscurantisme : ils éclairaient les esprits
et instruisaient.
C’est ce qu’il s’est passé : le champ lexical de la fausseté se poursuit avec la « sottise » et «
l’usurpation ».
La Révolution permet d’accéder au vrai, de dépasser les idées reçues, celles
des hommes.
L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers.
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Le champ lexical de l’esclavage (« esclave », « fers », qui se développe d’ailleurs au fil des
mouvements de l’extrait) rappelle une autre lutte chère à l’autrice, mais aussi l’idée d’une
liberté retrouvée par la violence du verbe « briser » (on peut alors évoquer la sonorité du
mot qui traduit cette idée).
Toutefois, la femme n’a toujours pas accès à ses droits : cette
liberté n’est pas encore totalement acquise.
L’absence de répétition du sujet face au verbe « a eu besoin » insiste sur la double
information : Gouges insiste sur le besoin des hommes d’avoir les femmes auprès d’eux pour
accéder à cette liberté.
Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne.
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Le parallélisme de construction syntaxique, construit autour d’un verbe de changement
d’état, rappelle cette avancée et la rupture avec l’ancien régime.
Néanmoins, il marque
également une sorte de cause à effet : la liberté a développé une injustice et n’a rien apporté
à la femme.
2e mouvement : dominante de la forme interrogative pour faire réagir les femmes
Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ?
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L’usage du ô lyrique fait écho à la poésie lyrique, mais surtout à la tragédie : le changement
de tonalité a comme une fonction de relance, de supplication des femmes (on se souvient du
sentiment d’urgence lié au tocsin).
La double apostrophe renouvelle le discours adressé.
Elle est faite sur un pluriel : cette fois,
Gouges est plus précise, elle ne s’adresse plus à une généralité, mais à toutes les femmes à la
fois, l’adresse se resserre.
L’adverbe interrogatif temporel rappelle l’urgence du combat pour les droits, voire une
exaspération (liée au ô lyrique) face à l’aveuglement des femmes : il est indispensable que les
femmes se réveillent maintenant.
Dans cette question rhétorique, l’aveuglement renvoie à l’inaction, à la passivité des
femmes.
Il s’agit presque là d’un reproche : l’insistance de l’autrice traduit l’entrain qu’elle
veut transmettre aux femmes.
Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un
dédain plus signalé.
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Gouges entame un jeu de question/réponse : elle utilise un schéma narratif dans lequel elle
imite un dialogue.
C’est en cela que l’on peut ici parler de rhétorique orale.
Cela donne du
dynamisme à son argumentation.
L’opposition entre « avantage » et « mépris/dédain » se rapportant à la même chose est à
souligner : la Révolution n’a, pour l’instant, rien donné de bon à la femme.
Dans la réponse, le nouveau parallélisme de construction organisé sur le comparatif « plus »
insiste sur un changement négatif, une transition, de la considération de la femme, de sa
condition.
Les hommes ont en effet gagné leur liberté, mais ont aussi renforcé leur pouvoir
sur les femmes.
C’est cette tendance que Gouges souhaite inverser, ou plutôt équilibrer.
Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes.
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« Les siècles de corruption » se rapportent à l’ancien régime.
Mais alors que Gouges
plaignaient la cause féminine, elle choisit de les faire réagir en les accusant de corruption, en
leur rappelant l’attitude qu’elles ont longtemps eue.
Cette corruption rappelle l’ancienne et
unique façon pour les femmes d’avoir le pouvoir : user de la faiblesse des hommes par le
mensonge, leur sexualité, etc.
(leur unique moyen).
Dès maintenant, elles doivent retrouver
un pouvoir non corrompu, véridique, égal à celui des hommes (même sur le plan politique, cf
les articles).....
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