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Le célébration de l'aube Colette, Sido. Extrait 1

Publié le 08/05/2023

Extrait du document

« Colette, Sido. Extrait 1 : Etés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits… Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense.

J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les 5 fraises, les cassis et les groseilles barbues. À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps...

J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers.

C’est sur ce chemin, c’est 10 à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion... Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée « Beauté, Joyau-touten-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son œuvre, −« chefd’œuvre », disait-elle.

J’étais peut-être jolie; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d’accord...

Je l’étais à cause de mon âge et 15 du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillée sur les autres enfants endormis. Je revenais à la cloche de la première messe.

Mais pas avant d’avoir mangé mon saoul 4, pas avant d’avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l’eau de deux sources perdues, que je révérais.

L’une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une 20 sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux.

Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre.

L’autre source, presque invisible, froissait l’herbe comme un serpent, s’étalait secrète au centre d’un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence.

La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe...

Rien qu’à parler d’elles je souhaite que leur saveur m’emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j’emporte, avec moi, cette gorgée 25 imaginaire... Eléments sur le genre du récit dans tout le chapitre : Sido s’inscrit dans le genre de l’autobiographie, fondé par Rousseau.

Colette signe un contrat de vérité avec le lecteur et narre sa propre histoire (« je » narrant et « je » narré renvoient à la même personne, celle de l’autrice).

Ici, elle met l’accent sur la formation de sa personnalité.

Elle s’éloigne néanmoins du modèle en rompant avec la linéarité chronologique.

Le mouvement suit le fonctionnement aléatoire de la mémoire, selon un enchaînement souple qui reconstitue la vie au fur et à mesure des voix, des gestes, des souvenirs et reconstruit sa vie comme une constellation dont le centre est sa mère.

Colette renouvelle donc le traitement du thème de l’enfance. Lisez le texte et traitez les questions suivantes. Première partie du texte : « Car j’aimais….son éclosion ». 1- Débattez du meilleur titre pour cette partie : La solitaire – La grâce de l’aube – A la rencontre sensuelle de l’aube. 2- Faites l’analyse logique de la première phrase.

Quelle image donne-t-elle de Colette ? 3- Que révèle cette première phrase sur la place de Sido pour Colette ? 4- Soulignez ce qui renvoie aux cinq sens.

Quelle description Colette propose-t-elle de l’aube ? 5- Quels éléments présentent l’aube comme une initiation ? Deuxième partie : « Ma mère me laissait partir….enfants endormis ». 1- Que révèlent les surnoms donnés par Sido à sa fille ? 2- La narratrice adulte pense-t-elle la même chose d’elle même que sa mère à l’époque ? Observez la modélisation employée et les preuves du décalage entre le « Je narré »et le « je narrant ». 3- A quoi est due la supériorité de Colette-enfant sur les autres enfants ? 4- Proposez un titre à cette partie. Troisième partie : « je revenais….gorgée imaginaire.

» Titre possible : Le retour et le détour par les sources. 1- Quelle est l’importance symbolique de l’eau ? Pensez à ses significations religieuses et à tout ce qui la relie à la vie. 2- « un grand circuit de chien ».

Dans cette métaphore, l’enfant est comparée à un chien de chasse.

Que chasse-t-elle ? 3- Quelle est la racine étymologique du verbe « révérer » ? Que révèle-t-elle sur la manière dont Colette considère la source ? 4- Entourez les termes qui personnifient la nature et commentez-les.

Que pouvez-vous dire sur la relation qui unit l’enfant à la nature ? 5- Analysez le changement dans le temps des verbes dans la dernière phrase du texte. Mots-clés : autobiographie, célébration, panthéisme, singularité, sensualité, mémoire. Analyse : L’extrait, 1er chapitre, figure centrale, la narratrice et écriture à la 1 ère personne = écriture autobiographique Contextualisation : « Ressusciter ce que je fus ! » Si les premières pages cristallisent la figure maternelle, souveraine de son foyer et de son jardin, la promenade à l’aube constitue un épisode autonome au sein duquel l’adulte ressuscite l’enfant d’autrefois, dans son exploration du monde, à la naissance du jour. Problématique : Il s’agira d’analyser en quoi cet épisode, oscillant entre autobiographie, conte et mythe, célèbre le monde de l’enfance dans sa connivence avec la nature. Par quel moyen ce texte, proche du poème en prose, révèle-t-il le lien très fort, qui unit, depuis son plus jeune âge, la narratrice à la nature ? 3 mouvements : 1les deux premiers paragraphes : l’échappée dans la nature ; description de l’aube comme expérience mémorable 2le second paragraphe : une éducation hors norme 3- le dernier paragraphe : un éveil sensoriel Premier mouvement : Cet épisode de l’échappée dans la nature, moment-clé de la célébration de l’enfance, ressuscite le moment vécu en lui conférant une dimension initiatique, de sorte que le récit oscille entre autobiographie et conte intemporel. P remière phrase : la première phrase met en place un décor intemporel et mystérieux, inscrivant l’épisode de la promenade à l’aube dans un temps archaïque et sans âge, à l’intersection du monde ordinaire et du merveilleux.

La narratrice se remémore au pluriel les étés auxquels elle consacre une phrase non verbale, achevée par des points de suspension et marquée par le rythme ternaire.

L’anaphore « étés » permet d’évoquer à la fois, la chaleur du soleil, des graviers chauds mais d’introduire aussi, grâce à un glissement « étés presque sans nuit », les promenades effectuées par la fillette à l’aube. Si l’enfant est présente par métonymie, elle n’est pas décrite physiquement et disparaît sous son couvre-chef. Deuxième phrase : la narratrice explique sa fascination pour l’aube à travers la conjonction « car » et l’adverbe d’intensité « tant ».

ces expéditions se présentent comme rituelles grâce à l’imparfait et l’adverbe « déjà » rappelle l’une des caractéristiques du récit autobiographique, la superposition du « je » narré et du « je » narrant ; l’adulte reconnaît en elle un goût pour l’aube qu’elle avait déjà enfant. La métaphore fait de l’aube une récompense, un cadeau palpable, instaurant dès lors Sido comme une divinité bienfaisante, offrant la nature à sa fille. Troisième phrase : elle ouvre le récit de l’expédition dont la singularité est renforcée par la précision temporelle, soulignant l’éducation hors norme – les enfants n’ayant pas l’habitude de se lever tôt.

Or l’imparfait d’habitude signale au contraire le caractère itératif de la promenade à l’aube initiée par Sido. La fillette est décrite comme une néophyte partant à la découverte du monde, ce que suggère l’image des paniers vides.

Le regard amusé de la narratrice adulte sur les destinations a priori assez banales, mais envisagées comme de véritables exploits pour l’enfant d’alors ; l’énumération « es fraises, les cassis et les groseilles barbues » ; rythme ternaire qui donne l’impression d’une amplification.

La phrase bien cadencée mime le pas de la jeune fille qui se dirige vers des lieux secrets : les terres maraîchères « se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière ». Le regard que porte l’enfant sur la nature est à la fois naïf et révélateur de sa connivence avec la nature personnifiée :.... »

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