La Supplique d'Andromaque (vers 858 à 880). Commentaire
Publié le 09/02/2012
Extrait du document

Scène IV
Andromaque, Hermione, Cléone, Céphise.
Andromaque Où fuyez-vous, Madame ? N’est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux Que la veuve d’Hector pleurante à vos genoux ? Je ne viens point ici, par de jalouses larmes, Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes. Par une main cruelle, hélas ! j’ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s’adresser. Ma flamme par Hector fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s’est enfermée. Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu’où va notre amour ; Mais vous ne saurez pas, du moins je le souhaite, En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C’est le seul qui nous reste, et qu’on veut nous l’ôter. Hélas ! lorsque, lassés de dix ans de misère, Les Troyens en courroux menaçaient votre mère, J’ai su de mon Hector lui procurer l’appui. Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j’ai pu sur lui. Que craint-on d’un enfant qui survit à sa perte ? Laissez-moi le cacher en quelque île déserte ; Sur les soins de sa mère on peut s’en assurer, Et mon fils avec moi n’apprendra qu’à pleurer.
Hermione est toute à la joie : Pyrrhus revient à elle! Mais tandis qu'elle se livre à ses amoureux transports, Andromaque surgit, éplorée. En de pareils moments, le spectacle de la douleur est importun; Hermione veut se l'épargner, elle fuit. D'un mot, Andromaque la retient, et, dans un discours habile, lui adresse la plus émouvante des requêtes....

«
haute origine, de sa dignité.
Epouse d:un héros, elle garde dans l'esclavage, son ancienne fierté.
Et toute sa grandeur passée s'humilie ~ cettè .heure devant la fille d'Hélène 1 Quelle âpre satisfaction ce devrait être pour la jeune Her.tnione, de voir se traîner à ses pieds la veuve d'Hector! Mais non, Andromaque a lu dans ses regards une haine inextinguible, haine de femme qui survit au triomphe même, et.
qu'une attitude suppliante ne suffit pas à flechir.
Cette haine, Andromaque Ie devine, est le fruit de la jalousie; aussi va-t-elle tenter de désarmer cette jalousie.
Si elle fut la rivale de la princesse, ce fut sans le chercher, sans le vouloir, malgré elle.
Non, elle n'envie point à la fiancée trop longtemps délaissée le cœur que Pyrrhos lui apporte enfin.
Ses larmes ne sont pas celles de la jalousie; elles ont une autre, une plus noble source.
Et ici, Andromaque recourt à un ingénieux mensonge : ce cœur infidèle se rend aux « charmes » d'Hermione.
N'est-ce pas une jolie trouvaille de Racine que cette ruse féminine? Andro maque sait pertinemment que 1es charmes d'Hermione ne sont pour rien dans le revirement soudain du cœur de Pyrrhos.
Mais toutes ~es armes sont bonnes à l'amour maternel aux abois.
D'ailleurs, ce compliment inté ressé n'est pas dépourvu de toute sincérité.
Andromaque croit à ces charmes qui ont séduit le malheureux Oreste.
Et de la .
part d'une femme, cet aveu.
de la beauté d'une autre n'est-il pas une marque évidente de non:jalousie? Elle va plus loin; elle fournit à sa rivale une preuve plus convaincante encore, et comme définitive : «Vous avez tort de vops alarmer, luLdéclare t-elle douloureusement; de moi vous n'avez rien à ·craindre.
Le seul cœur qui sut me plaire, auqueL je me donnai sans retour, a été percé, sous mes yeux, par une main cruelle, la.
main d'Achille, père de ce Pyrrhos que.
je n'aimai Jamais, que je ne pourrai jamais aimer, à cause de cela.
Mon amour, aucun VIvant ne l'aura :il s'est enfermé dans la tombe d'Hector.-» Si quelque soupçon restait à Hermione, cette déclaration péremptoire aurait dû le dis siper.
, Remarquons l'habileté -de ces précautions oratoires.
Andromaque sait qu'Hermione est jalouse; à aucun moment elle ne le laisse supposer, elle se défend simplement, elle, de l'être, et lui prouve ainsi que cette jalousie est sans fondement.
C'était la seule tactique qui pût réussir; heurter de front une âme aussi violente eût été s~exposer à un échec certain.;, Elle croit maintenant le terrain suffisamment préparé pour aborder la requête proprement dite.
Là encore, elle usera d'une discrétion, d'une adresse qui, normalement, devaient lui assurer le succès.
LA REQUÊTE.
a) Arguments s'adressant à la· sensibilité.
- Andromaque ne serait plus qu'une ombre désolée pleurant près d'un tombeari, s'il ne lui restait un fils.
Ce mot renferme tout, explique tout.
Andromaque ne vit plus que pour sauver ce «reste d'Hector et de Troie».
Ce n'est pas pour elle, qui s'est, pour ainsi dire, retranchée du monde des vivants, qu'elle parle, qu'elle implore : c'est pour lui, pour son Astyanax.· Seul l'amour maternel a jeté la.fière Andromaque aux pieds de l'implacable Hermione.
· Cet amour lui inspire le plas irrésistible des arguments.
Un jour, Her mione sera mère, elle aussi; elle connaîtra la force de ce sentiment! L'ins tinct de la maternité, que toute femme porte en soi, va-t-il frémir en cette ânie endurcie, fermée par la plus tyrannique .
des passions et l'émouvoir enfin? Andromaque comprend qu'il en.
est seul capable.
Elle insiste, elle dépeint les tortures d'un cœur maternel~ puis, avec une habileté consommée,
elle souhaite à la future mère de ne connaître pas ce trouble mortel.
Dans ce vœu, on entrevoit tout l'incertain dé-l'avenir, toutes les vicissitudes· de la fortune; c'est le sage avertissement d'une expérience toute fraîche, encore présente, bien propre à éclairer l'inexpérimentée jeune .
fille.
Mais écoute t-elle seulement Andromaque? Que lui importe la détr-esse de· cette mère? !lamour-passion, quand il se double de haine et de j~ousie -- et il en vient là fatalement - n'est qu'un é~oïsme forcené, in-accessible à, la com passion, aveugle même sur ses intérets véritables.
Pourtant, C{Uel avertisse ment lumineux! A!Jdromaque fut heureuse jadis, tout lui sonnait: l'amour, la vénération d'un peuple, la richesse, le luxe d'un paJais ...
De tout cela, iJ ne lui reste rien.
Si, un fils, qu'on·-veut lui arracher pour lé mettre à mort! ..
.
Quelle leçon pour celle qui rêve d'un bonheur Sil~S trouble et Sans fin ..
.
et qui, tout à l'heure, sera baignée dans son propre.
sang! ...
Après cet appel à la pitié, à l'instinct de la maternité, à la prévoyance, voici invoquées la reconnaissance, la justice.
Si Hermione possède encore.
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- commentaire andromaque
- Commentaire I,1 Andromaque-Racine
- commentaire andromaque
- Commentaire de texte sur andromaque
- Commentaire Andromaque scène 4 acte III