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LA PSYCHOCRITIQUE EN LITTERATURE

Publié le 27/11/2018

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PSYCHOCRITIQUE. Alors que la critique d’inspiration freudienne tendait à traquer par des recherches biographiques l’inconscient des créateurs pour en acquérir une vision nouvelle de leurs œuvres, le psychanalyste Charles Mauron (1899-1966) mettait au point, avec sa « psychocritique », une méthode de lecture des textes qui ne s’adresse qu’en dernier ressort à la biographie : Mauron « superpose » des fragments d’un même auteur, pour faire apparaître des groupements d’images, des réseaux associatifs, dont la récurrence est obsédante, paradigmatique (mais invisible lors de la lecture normale, « syntag-matique »). Si « chaque figure est consciente, la pensée qui les noue l’est beaucoup moins ». Ainsi la superposition — lecture flottante, anormale, brouillage des textes — permet-elle le passage du manifeste au latent. On doit alors chercher comment se répètent et se modifient les associations dans l’œuvre de l’écrivain, et l’on découvre qu’elles dessinent des situations dramatiques, dont les figures et l’évolution forment ce que Mauron appelle le « mythe personnel » de l’auteur : inconscient à celui qu’il hante, « fantasme persistant », le mythe personnel représente l’affleurement du moi profond dans le texte. C’est seulement au terme de cette enquête que les résultats acquis par la lecture psychocritique sont contrôlés et vérifiés par la comparaison du « moi créateur », désormais éclairé et investi, avec le « moi social », biographique, puisque les deux instances communient à travers le fantasme, et que « l’existence et la création d’un écrivain communiquent par des voies largement inconscientes ». Des structures verbales objectives, mises en série, les « réseaux obsédants », autorisent donc un accès sûr et contrôlable aux matrices inconscientes dont les insistantes pressions fondent la singularité d’une œuvre.

 

En définissant sa psychocritique comme « la recherche des thèmes obsédants et l’étude de leurs variations », Mauron souligne des traits essentiels de sa démarche : une « littérarité » centrée sur les textes; l’union du structurel et du diachronique (la révélation d’un système explicatif va de pair avec la découverte d’un devenir); le refus conjoint du « biographisme » et d’une critique thématique subjective, en proie à une inventivité dépourvue de toute rigueur scientifique. 

« éclairer une partie du processus de la création.

Ces nuan­ ces n'ont pas soustrait la psychocritique à une vague d'objections : les puristes ont vivement réprouvé l'ex­ pression néologique « mythe personnel >>; elle recèlerait, selon eux, une contradiction interne, puisque le mythe s'entend d'ordinaire comme croyance commune au groupe social dont elle fonde la vision du monde.

Les censeurs ordinaires de 1' herméneutique freudienne ont dénoncé le réductionnisme d'une pensée qui ramène les Petits Poèmes en prose de Baudelaire au jeu de quatre figures allégoriques qui déchirent le « moi créateur » : le Prince, l'Histrion, la Veuve, la Putain.

Les néo­ freudiens, analystes du texte, critiquent 1 'extraction et l'abstraction, dans le vaste tissu d'une œuvre, de quel­ ques thèmes pri vi lé giés pour leur relief et leur expressi­ vité, le saut arbitraire du conscient à l'inconscient et le retour subreptice de la biographie par la correspondance entre le «moi créateur» et le «moi social>>.

Il reste que la psychocritique, malgré les résultats hasardeux et parfois décevams qu'elle a obtenus, constitue la tentative la plus originale pour adapter la méthode des associa­ tions (que l'analyste emploie pour explorer la psyché de l'analysant) aux conditions spécifiques de la recherche littéraire, par la technique de la superposition; elle ouvre ainsi la voie à une tendance audacieuse de la critique moderne, la psychanalyse des textes, ou, selon l'ex­ pression de G.

Genette, la lecture analytique des œuvres, la « psycholecture ».

BlBLIOGRAPHlE Œuvres de Charles Mau ro n : Introduction à la psychanalyse de Mallarmé, Neuchâtel, La Baconnière, 1950; l'Inconscient dans l'œuvre et IG· vie de Jean Racine, Paris, José Corti.

1957: Des métaphores obsédantes au mythe personnel.

Introduction à la psy cho cri tiq ue, Paris, José Coni, 1963 (important exposé méthodologique); Psychocritique du genre comique, Paris, José Corti, 1964 (intéressante interprétation des scénarios comiques stéréotypés comme des schémas œdipiens inversés, où les figures paternelles sont d•)minées : revanche du fantasme comiqu e su r l e t ra g iq ue œdip ie n): le Dernier Baudelaire, Paris.

José Coni, 1966.

Sur la psychocritique : Anne Clancier, Psychanalyse et criti­ que lilléraire, Toulouse, Privat, 1973; Jeffrey Mehlman, «Entre psychanalyse et p�ychocritique >>,Poétique.

n• 3, octobre 1970.

O.

MADELÉNAT. »

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