La Jalousie du Barbouillé, sc. 11 Commentaire composé
Publié le 27/12/2012
Extrait du document
La scène de ménage, topos de la farce médiévale qui a inspiré Molière, se déroule ici allegro vivace.
Le caractère stéréotypé de la situation (le conflit), et du couple formé par Le Barbouillé et Angélique,
n’ôte en rien de l’efficacité comique du morceau. La réussite du bon tour, assorti à un ressort bien
connu des farceurs, le retournement de situation, requiert chez celle qui mène le jeu sens de l’à-propos
et brio. Pour apprécier in extenso tous les ressorts comiques de la scène, il manque au lecteur la
représentation théâtrale. Point n’est besoin, ici, de didascalies, pour se figurer les déplacements dans
l’espace des comédiens : le dialogue se suffit à lui-même. Un dialogue haut en couleurs, arme
essentielle de ce duel duquel le mari ressort vaincu et ridiculisé. Le rustre est puni par son épouse
maline qui, sans parvenir totalement à ses fins (elle a dupé la vigilance de son grossier et brutal époux,
mais est arrivée trop tard à son rendez-vous galant), sort indemne et triomphale de sa tentative inutile.
Elle a su échapper – pour combien de temps ?- à la sanction des coups qui l’attendaient.
«
maison (Le Barbouillé expose clairement et schématiquement la norme : « il faut
être retiré à la maison, donner ordre au souper, avoir soin du ménage, des
enfants… ».
L’infériorité féminine est symbolisée dans l’utilisation de l’espace
scénique (l’homme en haut, à la fenêtre, la femme à ses pieds, en bas).
b.
Une vision négative de la femme conforme à une morale populaire inspirée
par la tradition chrétienne.
(« le serpent dangereux », c’est le diable, qui séduit la première femme,
Ève, qui à son tour séduit, Adam.
D’où la formule utilisée dans les
exorcismes « Vade retro satanas » (d’autant plus savoureuse que ce latin
d’Église (registre littéraire, savant) fait contraste grotesque :
· avec le nom d’Angélique (ange)
· avec la trivialité des insultes du Barbouillé
· d’autant que c’étaient les prêtres qui pratiquaient les
exorcismes).
La superposition du personnage avec une figure
ecclésiastique révérée est elle aussi grotesque
c.
La ruse féminine : un lieu commun.
Ici elle s’étale dans toute sa splendeur.
La femme a le pouvoir, même si le
mari fanfaronne en croyant qu’il le possède seul.
Elle a plusieurs tours
dans son sac, dont elle use successivement.
Angélique est une fine
comédienne, elle est rapide, audacieuse,
et intelligente : elle parviendra
non seulement à ses fins, mais elle réussira à mettre tout le monde de son
côté en jouant les victimes (dans la sc.
suivante, les voisins accourus à ses
cris semonceront le mari).
La réussite d’Angélique entérine cette vision
négative de la femme, figure diabolique perpétuée par la tradition, pour le
pur plaisir du spectateur.
III.
Un duel de paroles enlevé : le comique verbal
a.
Tombereau d’insultes triviales et de métaphores avilissantes surtout
pour la femme (« coureuse », « carogne »), noms d’animaux
(« crocodile », « serpent », « bête », « la bonne bête », « elle court
comme le cheval de Pacolet »).
A ces insultes font écho leur pastiche
final, ces « Monsieur l’ivrogne », « sac à vin infâme » qu’adresse
Angélique, une fois qu’elle est en sûreté, au Barbouillé.
Autant de
désignations hautes en couleur qui font de cette querelle une scène
pleine d’énergie et de verve.
b.
Oppositions voyantes : comique de l’alliance de mots « Madame la
carogne », appellation tour à tour déférente et infâmante, « 5 ou 6
clystères de coups de pieds dans le cul » : on rira ici de l’association
du lexique médical (pseudo savant) avec la trivialité de la gestuelle
typique de la farce) – entrelacement des insultes masculines avec
mots doux, flatteries et mensonges de l’épouse, qui forment un contraste plaisant (« mon pauvre petit
mari », « cher petit coeur », « ta
femme qui t’aime tant »).
c.
Variété
des rythmes et vivacité du ton :
· Variétés des formes de discours et des intonations : cris,
appels (de la fenêtre), insultes / intensité vocale modérée
et discrétion des apartés, modulation cajoleuse des.
»
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