Jacques PREVERT, Paroles, « Barbara » Lecture linéaire n°3
Publié le 01/02/2024
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«
1ST2S2 Séquence 1
Jacques PREVERT, Paroles, « Barbara »
Lecture linéaire n°3
INTRO : Présentation de l’auteur et de l’œuvre : Jacques Prévert est né en 1900, mort
en 1977 ; enfance à Paris ; mobilisé en 1918 ; il participe après la guerre au mouvement
surréaliste, mais en restant en marge ; il publie son premier recueil Paroles en 1946, juste
après la seconde guerre mondiale.
Il est déjà connu alors pour ses films comme « Quai des
brumes » ou « Les enfants du Paradis », dont il a écrit les scénarios.
Poète souvent qualifié
de « populaire », il a choisi une écriture simple, proche du quotidien, pour défendre les
valeurs qui lui tiennent à cœur : l’amour, la liberté ; et pour rejeter les contraintes
bourgeoises et l’ordre établi.
Situation du texte : Le poème « Barbara » aborde ainsi une
double thématique : l’amour et la guerre.
Problématique : Nous allons montrer comment le poète relie ses souvenirs personnels au
souvenir de la guerre, et met en lumière l’opposition entre l’amour et la guerre.
Structure du poème :
- Un poème en vers libres : Comparé aux alexandrins réguliers de « Demain dès
l’aube », le poème « Barbara » nous frappe d’abord par sa forme : c’est une seule longue
strophe de 58 vers, sans aucune ponctuation.
La longueur des vers varie constamment : de 3
syllabes (Barbara) à 12 syllabes (vers 2, 44, 48, 49…).
Prévert, comme beaucoup de poètes
du XXème siècle, ne respecte pas les règles de versification classique, et joue assez
librement aussi avec les rimes : on est dans une écriture en vers libres.
- Des rimes irrégulières : Prévert ne renonce pas pour autant aux rimes, et utilise les
différents systèmes existants : rimes plates (vers 1 à 4, 11 à 16), rimes croisées (vers 24 à
27, 38 à 41), et rimes embrassées (vers 42 à 45).
On observe aussi une structure ABBABA
à la fin du texte, aux vers 54-58, comme pour marquer la fermeture, la conclusion du
poème.
On repère aussi des rimes « éloignées » l’une de l’autre : « pluie », aux vers 5 et 20,
« même » et « j’aime » aux vers 10 et 25, « mer », « fer », « guerre », aux vers 34, 38 et 40.
Ces rimes, même irrégulières, donnent un rythme au poème, et créent des effets d’échos et
de répétition, qu’on retrouve aussi dans les nombreuses anaphores.
- Un poème en 2 parties : vers 1 à 36 : Le souvenir d’une rencontre amoureuse
vers 37 à 58 : Un poème polémique contre la guerre
Analyse linéaire :
Vers 1 à 36 : Le souvenir d’une rencontre amoureuse :
- Vers 1 : Le 1er vers du poème « Rappelle-toi Barbara » se trouve répété 4 fois : vers 1, 6,
11, 29, et repris avec des variations : vers 14-15, et v.
23 ; il se transforme en simple
apostrophe au v.
37, qui inaugure la 2ème partie du poème : ce 1er vers sonne comme un
refrain, et apparente le poème à une incantation (= chant magique).
Le texte s’ouvre sur un
verbe à l’impératif : le poète s’adresse directement à une femme nommée Barbara et lui
demande de se souvenir : le tutoiement montre une familiarité entre le poète et Barbara, et
le lecteur pense spontanément qu’il parle à sa bien-aimée ; le thème du souvenir est
introduit d’emblée.
- Vers 2 : Le 2ème vers est repris lui aussi, avec des variations, aux vers 7, 46, introduisant le
thème de la pluie, disséminé dans tout le poème (v.
5, 21, 31, 34…).
Il nous indique aussi
un contexte spatio-temporel : la ville de Brest, en Bretagne, et un passé non défini :
l’imparfait « il pleuvait », renforcé par l’adverbe « sans cesse », suggère une pluie qui dure,
même si l’action se passe un jour précis (« ce jour-là »).
- Vers 3 : le récit se poursuit à l’imparfait : « tu marchais », le poète/narrateur décrit une
scène dont il a été témoin ; l’adjectif « souriante » introduit le thème du bonheur.
- Vers 4 : énumération de 3 adjectifs qui reprennent et développent l’idée du bonheur :
Barbara est « épanouie », « ravie », mais elle est aussi « ruisselante », comme si c’était
aussi une marque de bonheur : même la pluie semble participer à son bonheur.
- Vers 5 : ce vers très court (3 syllabes) insiste encore sur la pluie comme élément
important du décor.
- Vers 6 et 7 : reprise des 2 1ers vers, comme un refrain : par cet impératif qui se répète, le
poète semble présenter le souvenir comme une nécessité, comme un devoir : le bonheur
passé peut et doit continuer à exister grâce au souvenir.
- Vers 8 : ce vers apporte une nouvelle information sur la scène décrite : le poète a croisé
Barbara ; le nom « rue de Siam », rue connue de Brest, apporte une touche de réalisme et de
vie quotidienne.
- Vers 9 : encore un vers très court, qui reprend sous forme verbale l’adjectif « souriante »
du vers 3, et met donc en valeur le bonheur apparent de la jeune femme.
- Vers 10 : le narrateur établit ici un lien, une relation, entre lui et Barbara : son bonheur est
contagieux, et le poète sourit lui aussi.
- Vers 11 : refrain
- Vers 12 et 13 : ces 2 vers sont construits en parallèle et renforcent le lien entre les 2
personnages par l’entremêlement du « toi » et du « je » / « me », créant une forme de
paradoxe avec la répétition de « ne connaissais pas » : le poète et Barbara ne se connaissent
pas, mais ce souvenir les relie et les rapproche.
La situation se précise pour le lecteur mais
reste encore assez mystérieuse.
- Vers 14 et 15 : nouvelle anaphore insistante du « rappelle-toi » ; l’adverbe « quand
même » invite Barbara à se souvenir, même si en fait elle ignore qui lui parle.
- Vers 16 : « N’oublie pas » est un synonyme de « rappelle-toi » mais introduit une
nuance : l’idée d’une lutte contre l’oubli.
- Vers 17 à 19 : la scène décrite se précise enfin, avec l’entrée en scène d’un 3 ème
personnage : « un homme », c’est tout ce que nous saurons sur lui ; il s’abrite sous un
porche et appelle Barbara : on passe de l’imparfait au passé composé pour décrire une
action : « il a crié ton nom....
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