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Explication linéaire Les Caractères, Livre 10 « Du Souverain ou de la République1 », Remarque n°9 "La guerre a pour elle l'antiquité"

Publié le 09/08/2023

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« Lecture linéaire : La Bruyère, Les Caractères, Livre 10 « Du Souverain ou de la République1 », Remarque n°9 (1691). La guerre a pour elle l'antiquité2 ; elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers 3, et faire périr les frères à une même bataille.

Jeune Soyecour4 ! Je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà mûr, pénétrant5, élevé, sociable, je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t'enlève à une cour où tu n'as fait que te montrer : malheur déplorable, mais ordinaire ! De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis renchéri6 de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement.

De l'injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont trouvés de se donner des maîtres qui fixassent7 leurs droits et leurs prétentions.

Si, content du sien, on eût pu8 s'abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté. 1.

République=Le terme de république est à prendre, ici, non pas dans le sens contemporain de système politique mais au sens d’Etat.

2.

La guerre a pour elle l’antiquité=la guerre existe depuis très longtemps, la guerre existe de temps immémorial. 3.

épuiser les familles d'héritiers =priver les familles d’héritiers.

4.

Soyecour=Le chevalier de Soyecour et son frère trouvèrent la mort à la bataille de Fleurus en 1690.

La Bruyère connaissait personnellement le jeune Soyecour pour avoir été son précepteur vers 1680.

A travers cette remarque, La Bruyère évoque les guerres permanentes menées par Louis XIV contre les pays voisins.

5.

Pénétrant=perspicace, clairvoyant.

6.

Ils ont depuis renchéri = ils sont depuis allés encore plus loin 7. fixassent = Subjonctif imparfait du verbe fixer.

8.

On eût pu = Conditionnel passé 2°forme du verbe pouvoir. Introduction : ●Présentation de l’œuvre : L’œuvre Les Caractères est structurée en 16 livres dont les thématiques permettent à La Bruyère de dresser par petites touches un tableau d’ensemble de la société de son temps.

La Bruyère est un moraliste classique.

Dans Les Caractères publiés en 1688, La Bruyère entend peindre la société de son temps de manière à faire prendre conscience de leurs vices à ses contemporains, et ainsi les aider à se corriger.

Son but est de corriger les hommes en leur tendant le miroir grossissant de la caricature. ●Présentation du passage : La remarque 9 que nous étudions se trouve au livre 10 intitulé « Du Souverain ou de la République».

Le livre 10 constitue une réflexion sur l’art difficile de gouverner et sur les devoirs d’un bon souverain.

Ce livre est un livre consacré à Louis XIV et à l’exercice du pouvoir.

Bien évidemment, La Bruyère ne déploie pas une critique frontale du roi mais les différents fragments qui constituent ce livre sont autant de conseils qui lui sont indirectement adressés.

Plusieurs des remarques de ce livre sont consacrées à la guerre, fléau qui à l’époque où l’auteur écrit affaiblit considérablement le royaume.

Dans la remarque n°9 le moraliste déplore les maux de la guerre. ●Découpage du texte : ■Premier mouvement : l1 de «La guerre a pour elle l'antiquité» à l6 « malheur déplorable, mais ordinaire !») : La déploration face au fléau de la guerre. ■ Deuxième mouvement : l6 de « De tout temps les hommes» à l11 « se détruire réciproquement » : Les hommes s’évertuent à améliorer les moyens de se faire la guerre, ce qui relève de la folie. ■ Troisième mouvement : l11 de « De l'injustice des premiers hommes» à l15 « la paix et la liberté » : Une violence guerrière qui asservit les hommes. ●Projet de lecture : Nous nous demanderons comment dans ce fragment n°9 du livre 10 « Du Souverain ou de la République» La Bruyère dénonce avec vigueur les méfaits de la guerre, ses atrocités, son absurdité et la futilité de ses causes. Etude linéaire du texte : ● Premier mouvement : l1 de «La guerre a pour elle l'antiquité» à l6 « malheur déplorable, mais ordinaire !») : La déploration face au fléau de la guerre. - Dans ce premier mouvement l’auteur livre ses réflexions et ses sentiments sur les fléaux de la guerre et le ton de la déploration domine. - Ce texte commence directement par le mot « la guerre » (l1) qui correspond au sujet abordé dans ce fragment des Caractères.

En disant que « la guerre a pour elle l’antiquité » (l1), ce qui signifie qu’elle est très ancienne, qu’elle a toujours existé, La Bruyère la donne à voir comme un fait universel.

Elle est d’emblée présentée comme une force supérieure à l'Homme, comme quelque chose qui relève de la fatalité. -La première phrase s'étire au moyen de l’asyndète, c’est-à-dire que la phrase progresse en faisant s’accumuler des propositions sans que celles-ci soient reliées par des liens grammaticaux comme des conjonctions : « La guerre a pour elle l'antiquité ; elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille».

L’usage de l’asyndète crée un effet cumulatif et martèle la constatation du caractère immémorial de la guerre, fléau de toutes les époques: depuis « l'antiquité » (l1), « dans tous les siècles » (l1), « toujours » (l1). -La guerre entraîne nombre de maux, lesquels sont suggérés de façon pathétique sur un rythme ternaire : « remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille» (l1-3). - La gravité de ces malheurs est suggérée par des expressions hyperboliques: «remplir le monde de veuves » (l2), « épuiser les familles d’héritiers » (l2), « faire périr les frères » (l2-3). -Ce sont les pertes humaines que déplore la Bruyère, mais sous l'angle de la perte familiale: il met l'accent sur « les veuves et les orphelins » (l2), « les familles» (l2) privées de leurs « héritiers » (l2), et la mort conjointe des « frères » (l3).

Ce gâchis humain sème la désolation chez les survivants et brise la succession naturelle des générations. -La guerre est présentée comme une force agissante.

Le pronom personneI « I' » représente la guerre et la montre comme responsable de maux en cascades.

C’est elle qui « rempli[t] le monde de veuves et d'orphelins » (l2), c’est elle qui « épuis[e] les familles d'héritiers » (l2), c’est elle qui « fai[t] périr les frères à une même bataille» (l3). - Cette évocation conduit à l'exemple de Soyecour, membre d'une fratrie décimée lors d'une même bataille.

L’apostrophe « Jeune Soyecour ! » (l3) qui introduit la seconde phrase porte une charge pathétique puissante d’autant qu’elle est suivie par une poignante oraison funèbre qui rend hommage à la personne et aux qualités du jeune Soyecour : « Je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà mûr, pénétrant, élevé, sociable, je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t'enlève à une cour où tu n'as fait que te montrer» (l3-5).

Les verbes d'affliction commandent la syntaxe: « je regrette » (l3), « je plains » (l4) et font partager au lecteur un chagrin personnel et vivant. -L’impression devant la mort de Soyecour d’être face à une perte injuste est liée à sa jeunesse, jeunesse suggérée dès l'apostrophe initiale : « Jeune Soyecour ! » (l3). En outre, le sentiment d’un profond gâchis, d’une perte irréparable tient à l’emploi de l’énumération des nombreuses qualités du jeune homme, qualités anéanties par sa mort: « ta vertu » (l3), « ta pudeur » (l3), « ton esprit » (l4), « mûr » (l4), « pénétrant » (l4), « élevé » (l4), « sociable » (l4).

Les nombreuses qualités du disparu, auraient fait de lui un homme de qualité, mais la guerre en mettant fin à la courte existence de Soyecour l’a empêché de pouvoir déployer tout ce qu’il y avait de bon en germe chez lui. - Le motif des retrouvailles désolantes des frères dans la mort est particulièrement pathétique : « je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère» (l4-5). -La négation restrictive «une cour où tu n'as fait que te montrer » (l5) insiste sur l'inaccomplissement de la destinée de Soyecour.

Sa vie n'aura laissé qu'un souvenir fugace, malgré toutes les promesses de son naturel, de sa personnalité. - La Bruyère fait partager au lecteur son attendrissement et son.... »

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