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Commentaire De La Jeune Veuve

Publié le 17/01/2022

Extrait du document

 Cette fable évoque une jeune veuve qui après avoir perdu son mari, se console, et demande à son père un autre mari. De La Fontaine montre ici que l'amour "éternel" voué au mari défunt disparaît tout naturellement avec le temps et les attraits de la vie. Outre le contenu même de la fable, il faudra garder en tête le caractère mystique de cet écrit. Nous verrons dans une première partie la structure du récit de la fable, puis dans une seconde partie la portée de la fable dans le contexte classique du XVII°s, enfin dans une troisième partie, le caractère flou du genre du texte : ce texte qui se présente comme fable tendrait plutôt vers la pièce en vers, comme une sorte de dialogue.

« tristesse de la veuve déplorant la mort de son mari, et l'ostentation de la veuve qui recherche un nouveau mari qui sont exagérées.

Le terme de « soupirs » employé au premier vers est équivoque : ici, il évoque les soupirs de lamentation ; mais au XVII°s, ce terme est également synonyme de « soupirs amoureux ». La rime avec « plaisirs » soulève d'ailleurs l'équivoque, en renvoyant ces premiers soupirs vers les plaisirs de la belle qui s'apprête à trouver un nouveau mari. A l'inverse, le père va incarner la voix de la sagesse.

Il est dit « prudent et sage ».

Celui-ci est présent dans la fable à deux reprises : une première fois, pendant le désespoir de sa fille, une seconde fois, alors que sa fille lui demande où est passé de « jeune mari » dont il lui avait parlé.

Le père agit comme détenteur de l'autorité et détenteur de la vérité.

Il sait quand parler, et montre ainsi une certaine maîtrise du discours : Il « laissa le torrent couler », quand il sait qu'il est inutile de parler à sa fille.

Ensuite, il lui tient justement le discours de la raison : « Je ne dis pas que tout à l'heure - Une condition meilleure - Change en des noces ces transports ».

Il l'invite à se raisonner, et à adopter une posture juste.

A la fin, il ne parle plus, car il sait qu'il a été entendu et qu'il avait raison.

C'est sa fille qui à la fin va aller lui demander un « jeune mari ».

Peut-être faut-il voir dans cette « morale », au sens large, de la Fontaine, un clin d'œil à l'époque précieuse du début du XVII°s.

Cette jeune veuve vit dans l'exagération et l'amplitude de ses passions.

Le passage entre deuil et renaissance à l'amour, se fait d'ailleurs significativement par les vêtements : « Le deuil enfin sert de parure, - En attendant d'autres atours ».

Les atours permettent le retournement de sentiments.

Critique du rigorisme de la cour et critique du culte du paraître, cette fable de La Fontaine ne laisse pas de déconcerter. Cette fable est en effet particulière dans l'œuvre du fabuliste.

La structure de la fable met en général en valeur de façon nette la morale qui, se distingue à la fin du texte par un blanc typographique, et généralement par une modification modale.

Ici l'on constate une absence de morale, même si la dernière question de la jeune veuve peut servir de conclusion à la fable, et implicitement de morale.

Explicitement, celle-ci a renié son deuil et s'apprête volontairement à prendre un nouveau mari.

Mais cette morale n'est pas nettement formulée : on hésite encore et toujours entre critique de la sévérité du deuil, et critique de la superficialité de ces jeunes veuves.

C'est d'ailleurs ce qui est précisé au vers 14/15 : « Comme on verra par cette fable, - Ou plutôt par la vérité ».

La Fontaine lui-même dénigre le terme générique de « fable » pour ce texte, et opte pour le terme de « vérité » La vérité manque, contrairement à la fable, d'une morale mise en valeur : la vérité n'a pas besoin de conclusion généralisante pour mettre en valeur son propos.

Ce serait donc du côté de la vérité que nous serions ici : La Fontaine ne ferme pas son texte à l'interprétation, comme c'est généralement le cas dans la fable, mais l'ouvre à une série de possibles.

Au lecteur de trouver dans le texte ce qu'il veut. La Fontaine ne ferme ainsi pas son livre sur une interprétation catégorique d'un exemple concret.

Ici, pas d'animaux, pas de burlesque ou de grotesque qui viendraient donner à la fable un aspect de farce. Cette fable reste beaucoup plus sobre, même si extrêmement ironique.

Le jeu sur les termes « soupirs » et « transports », vocables empruntés directement à la langue précieuse, relève de l'ironie.

Les références sont par ailleurs multiples dans ce texte, ancrant celui-ci dans une tradition bien plus sérieuse que ce qu'il avait pu faire dans d'autres fables.

L'expression « beaucoup de bruit » du vers 2 fait directement référence à une pièce de Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado About Nothing), publiée en 1600.

Les allusions mythologiques sont également plurielles : la métaphore de l'envol de l'âme (vers 2, 18/20), ou l'évocation de la fontaine de Jouvence font partie de la culture classique.

On peut ainsi parler d'une conclusion de l'œuvre paradoxale, dans la mesure où La Fontaine finit son texte sur une tonalité bien différente de celle ces textes précédents, nous invitant à relire le recueil d'un œil plus grave que l'on avait pu le faire.

Les fables de La Fontaine ne sont pas pur divertissement loufoque. C'est peut-être également ce que nous dit l'épilogue : « Les longs ouvrages me font peur » nous dit La Fontaine, et « La Jeune veuve », dans son aspect paradoxal, forme une clôture de l'œuvre efficace.

Le sens n'est pas borné, mais au contraire ouvert.

Chamfort écrivit à propos de cette fable : « C'est une. »

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