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ACTE I, SCÈNE 1 - L'école des femmes de Molière - Résumé et commentaire

Publié le 17/01/2022

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RESUME « Sur une place de ville », deux bourgeois d'une quarantaine d'années, Chrysalde et Arnolphe, s'entretiennent des femmes et du mariage. Chrysalde, ami d'Arnolphe, vient d'apprendre que ce dernier a pour dessein d'épouser une très jeune fille. Arnolphe s'explique longuement de son projet. Il énumère et décrit toutes les infortunes qui menacent un homme lorsqu'il se marie : l'infidélité des femmes, leur esprit dispendieux, volage. Le mari devient rapidement un sujet de ridicule. Pour parer à toutes ces éventualités, Arnolphe a pris ses « précautions ». La jeune fille qu'il a choisie n'est ni une coquette ni une précieuse, mais une sotte d'une ignorance extrême.

« n'hésite pas à ranger dans la catégorie des maris trompés.

D'autre part, sa complaisance à « faire cent éclats desintrigues secrètes », à se gauss& des « cornards » tout en observant les manoeuvres des femmes infidèles, apparaîtquelque peu suspecte.

Si Arnolphe a l'esprit d'observation du moraliste, il n'en a pas la neutralité.

Loin d'être simple« spectateur » comme il l'affirme (v.

44), Arnolphe, habité par une peur obsédante, s'empresse de la tourner endérision.., à propos des autres.

Cette promptitude à railler autrui appelle irrémédiablement, dans la logique de lafarce, un retournement de situation que Chrysalde ne manque pas de prophétiser : « Oui, mais qui rit d'autruiDoit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui.

» (v.

46-47) C'est en vertu de cette prudence que Chrysalde se montre plus réservé, moins d'ailleurs par charité envers sonprochain que par crainte de s'attirer en retour des moqueries.Cette morale assez désabusée n'exclut pas, chez Chrysalde, un certain humour (v.

69-74) et une vivacité delangage qui lui attirent la sympathie du spectateur, tout en faisant ressortir l'obstination et la rigidité d'espritd'Arnolphe.Avec une assurance tranchante, celui-ci lui expose les précautions qu'il a prises pour échapper au triste sort desmaris trompés (v.

82-1021.

Son horreur des intellectuelles, des coquettes et des femmes savantes se donne ici librecours, dans la mesure où l'ignorance est pour lui la seule garantie de vertu.

Ainsi, poussant le raisonnement jusqu'àl'absurde, Arnolphe veut une femme sotte et non une « spirituelle » : le fameux « Une tarte à la crème » (v.

991révèle l'étendue de cette sottise dont Arnolphe se réjouit, car il y voit la preuve de sa toute-puissance sur un espritmalléable et docile.

Tout le programme qu'il trace à l'épouse idéale est « De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre et filer» (v.

102) : ces propos suffisent à dénoncer, au travers d'Arnolphe, une morale étriquée et conformiste, dontl'égocentrisme est à peine dissimulé sous un prétexte religieux.

Ils vaudront à Molière de virulentes critiques de lapart des dévots et des prudes, qui verront là une preuve de son « impiété ». Dans Les Femmes savantes (Acte II, sc.

7), Chrysalde propose une vision de l'idéal féminin qui n'est guère éloignéede celle d'Arnolphe : « Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tantde choses »...(v.

571 et sq.). Toutefois, même si les précieuses sont une des cibles favorites de Molière, il n'est pas certain que Chrysalde puisseêtre considéré comme son porte-parole.

Clitandre est plus proche du point de vue de l'auteur, car, s'il écarte « lesfemmes docteurs », il « consent qu'une femme ait des clartés de tout », pourvu qu'elle respecte les règles du bonton en ne faisant pas étalage de sa culture.

Clitandre représente ainsi le parti de la Cour face aux pédants, et c'esten définitive celui que choisit Molière.

La haine de l'ascétisme, la confiance dans la nature, le goût de la spontanéitéet de la liberté sont autant de points communs qui rapprochent Molière des « honnêtes gens » et lui font exécrerArnolphe et ses pareils.

L'antiféminisme d'Arnolphe est ici sanctionné par la punition du ridicule, qui lui fait préférer «une laide bien sotte » (v.

104) à « une femme fort belle avec beaucoup d'esprit ».Cependant, l'objection de Chrysalde, faisant valoir que « l'honnêteté » suppose aussi un minimum d'intelligence etd'instruction, pose l'un des problèmes essentiels de la pièce.

La remarque des vers 115-116 prend à cet égard unevaleur prémonitoire : l'« innocence » d'Agnès l'amènera en effet à manquer à son devoir « sans en avoir l'envie, etsans penser le faire ».Après cet échange d'idées générales sur les femmes et sur le mariage, la longue tirade qui suit (v.

124-154) nousrévèle comment Arnolphe a mis en application sa doctrine : il a choisi une petite pauvresse, assez jeune (« quatreans ») pour la modeler à sa guise, autrement dit» Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait » (v.

138).

Élevéedans un couvent selon cette « politique », la jeune fille est « innocente » à point.

Comme elle est séquestrée etconfiée» à des gens tout aussi simples qu'elle », ce bon naturel ne risque pas d'être perverti, et Arnolphe peutjubiler à l'idée qu'il fera de cette épouse sa chose ; en outre, l'humilité de son origine et son absence de fortune larendront pleinement soumise à son seigneur et maître.

En concevant le mariage comme un rapport de forces qui doitêtre à l'avantage du mari, en prétendant faire de l'ignorance et de la sottise les fondements de la justice et de lamorale, Arnolphe se pose en interprète de Cette morale» bourgeoise » selon laquelle l'épouse et les enfants sont lapropriété du chef de famille, seul détenteur de l'autorité et du pouvoir financier.La plaisanterie qui suit, et dont Arnolphe se « pâme de rire » (v.

160), ne dissipe pas l'impression de malaiseprovoquée par ses paroles : si Agnès est en effet assez naïve pour supposer que les enfants se font « par l'oreille »(v.

1641, son ignorance résulte en fait d'une éducation monstrueuse, dont l'objectif est de nier et d'étouffer lanature.Ridicule par l'excès de précautions dont il s'entoure, Arnolphe est surtout odieux par son égocentrisme et sapossessivité maniaques.

Les thèses qu'il soutient se trouvent par là même condamnées.. »

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