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Les Brigands

Publié le 10/04/2013

Extrait du document

Selon la préface de la première version des Brigands, la pièce fut écrite pour être lue plutôt que jouée, tant Schiller craignait qu'on ne comprenne pas ses intentions et qu'on voie dans l'oeuvre une apologie du crime. La tyrannie exercée par le duc de Wurtemberg, obligeant le jeune Schiller à étudier dans son Académie puis à être médecin de l'armée, a sans doute contribué au sentiment d'injustice omniprésent dans la pièce. D'autre part, le jeune dramaturge écrivait, parallèlement aux Brigands, sa thèse de médecine, Essai sur la connexion de la nature animale de l'homme et de sa nature spirituelle. Sa théorie concernant les répercussions des mouvements de l'âme sur le corps se reflète dans le caractère des personnages.

« « -Ose donc, et ce fer percera ton infâme cœur ...

» EXTRAITS Karl, devenu brigand, pense avec émotion à son destin Mon innocence ! mon innocence ! ...

Voyez tout est dehors, pour se réchauffer aux doux rayons du printemps ...

Pourquoi, pour moi seul, l'enfer découle-t-il de ces joies du ciel ? ...

Que tout soit si heureux, si frater­ nellement uni par l'esprit de paix! ...

Le monde entier une seule fa­ mille, et un seul père là-haut ...

mais mon père à moi ...

Moi seul, repoussé, seul exclu des rangs des cœurs purs ...

Jamais, pour moi, le doux nom d'enfant ...

jamais le tendre re­ gard d'une amante ...

jamais, jamais l'étreinte d'un ami de cœur.

(Reculant avec vio­ lence.) Assiégé d'assassins ...

de vipères qui sifflent autour de moi ...

rivé au vice par des liens de fer.

..

courant, comme saisi de vertige, au sépulcre de la perdition, sans autre soutien que le frêle roseau du vice ...

et hurlant de désespoir ( ...

) au milieu des fleurs de ce monde heureux.

Nostalgie du fils prodigue de retour au pays natal Salut, terre de la patrie ! (Il baise la terre.) Ciel de la patrie ! Soleil de la patrie ! ...

Champs et collines, cours d'eau et forêts ! je vous salue tous, tous du fond du cœur.

..

Quel souffle délicieux descend des mon­ tagnes natales ! De quel baume voluptueux vous venez inonder le pauvre exilé ! Élysée ! monde poétique ! Arrête ! Moor ! ton pied s'avance dans un temple sacré ...

(Il s' ap­ proche.) Vois donc! jusqu'aux nids d'hi­ rondelle dans la cour du château ...

et la petite porte du jardin ! et ce coin de la 'izaie où si souvent à cache-cache tu as épié et lutiné le chercheur.

..

et là-bas, dans la vallée, cette prairie où, nouvel Alexandre, tu conduisais tes Macédoniens à la bataille d'Arbelles, et tout auprès le tertre de gazan du haut duquel tu culbutais le satrape perse ...

et ton étendard victorieux flottait bien haut dans les airs ! (Il sourit.) Les années d'or, les jours de mai de l'enfance revivent dans l'âme du misérable ...

Alors tu étais si heureux, avec une sérénité si entière, si pure de tout nuage ! . ..

Franz, craignant le châtiment, fait un cauchemar Tout à coup un horrible tonnerre frappe mon oreille assoupie.

Effrayé, je me lève en chance­ lant, et vois ! il me sembla que tout l'horizon n'était que feu et flamme ardente, que les mon­ tagnes, les villes et les forêts étaient fondues, comme la cire dans une fournaise, et un tour­ billon hurlant balayait et em­ portait la mer, le ciel et la terre ...

Tout à coup retentit, comme sor­ tant de trompettes d'airain, cet appel:« Terre, rends tes morts! Rends tes morts, mer ! » Et la plaine nue entra en travail et se mit à jeter des crânes et des côtes, des mâ­ choires et des jambes, qui se réunirent en corps humains, et c'était à perte de vue comme un torrent vivant qui coulait à grands flots.

Alors je levai les yeux et, vois ! j'étais au pied du Sinaï tonnant, et au-des­ sus de moi et au-dessous une foule agitée, et en haut, au sommet de la montagne, sur trois sièges fumants, trois hommes devant le regard desquels fuyait la créature ...

Traduction de Ad.

Regnier.

Hachette, 1859 « -Retournez, et dites à mon capitaine qu'il est raide mort, et qu'on ne me reverra plus.

» ,,.

NOTES DE L'EDITEUR «La révolte de Karl Moor, il est vrai, tourne court.

Le héros fait amende honorable.

La vérité, que Karl Moor a méconnue et qu'il n'a découverte qu'au prix de tragiques erreurs, c'est que les lois sont nécessaires à l'ordre moral du monde.

Mais les termes dans lesquels il exalte leur " inviolable majesté " montrent bien que les lois dont il reconnaît la légitimité sont dans son esprit des lois justes, issues de la liberté, et non pas celles que les tyrans ont faussées à leur profit et sous le couvert desquelles ils perpétuent en Allemagne le règne de l'arbitraire.

Autrement dit, s'il désavoue son entreprise( ...

) Karl Moor ne renie pas pour autant l'idéal au nom duquel il s'est rebellé et a jeté à la société son audacieux défi.

» René Cannac, Théâtre et révolte, Essai sur la jeunesse de Schiller, Payot, 1966.

«A côté de la revendication violente d'une liberté qui est avant tout libération de toute contrainte et de toute loi, affranchissement illusoire de la condition humaine, le premier drame de Schiller offre un autre élément permanent de la pensée du poète : le problème de la société humaine, fondée sur la liberté.

Le drame atteint une sombre grandeur dans l'opposition entre une forme de société qui périclite, symbolisée par la vie lente dans un château perdu ( ...

) et de l'autre la fureur d'agir, la révolte aveugle contre les injustices, qui n'aboutit qu'à la passion de détruire et au nihilisme.

» Victor Hell, Schiller, Seghers éditeur, 1960.

1 gravure de E.

Girouf / Giraudon 2, 3, 4, 5 gravures de Dani el Nikolaus Chodowiecki, lnsel Verlag, Frankfort a.

M., 1966 SCHILLER OS. »

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