Les Brigands
Publié le 10/04/2013
Extrait du document
«
« -Ose donc, et ce fer
percera ton infâme
cœur ...
»
EXTRAITS
Karl, devenu brigand, pense
avec émotion
à son destin
Mon innocence ! mon innocence ! ...
Voyez
tout est dehors,
pour se réchauffer aux doux
rayons du printemps
...
Pourquoi, pour moi
seul,
l'enfer découle-t-il de ces joies du
ciel
? ...
Que tout soit si heureux, si frater
nellement uni par l'esprit de paix! ...
Le
monde entier une seule fa
mille, et un seul père là-haut
...
mais mon père à moi ...
Moi
seul, repoussé, seul exclu
des rangs des cœurs
purs ...
Jamais, pour moi, le doux nom
d'enfant ...
jamais
le tendre re
gard d'une amante ...
jamais,
jamais l'étreinte d'un ami de
cœur.
(Reculant avec vio
lence.) Assiégé d'assassins ...
de vipères qui sifflent autour
de moi ...
rivé au vice
par des
liens de
fer.
..
courant, comme
saisi de vertige, au sépulcre de
la perdition, sans autre soutien
que le frêle roseau du vice
...
et
hurlant de désespoir ( ...
) au
milieu des fleurs de ce monde
heureux.
Nostalgie du fils prodigue
de
retour au pays natal
Salut, terre de la patrie ! (Il baise la terre.)
Ciel de la patrie ! Soleil de la patrie ! ...
Champs et collines, cours d'eau et forêts !
je vous salue tous, tous du fond du cœur.
..
Quel souffle délicieux descend des mon
tagnes natales
! De quel baume voluptueux
vous venez inonder
le pauvre exilé ! Élysée !
monde poétique ! Arrête ! Moor ! ton pied
s'avance dans un temple sacré ...
(Il s' ap
proche.) Vois donc! jusqu'aux nids d'hi
rondelle dans la
cour du château ...
et la
petite porte du jardin ! et ce coin de la
'izaie
où si souvent à cache-cache tu as épié et
lutiné le chercheur.
..
et là-bas, dans la
vallée, cette prairie
où, nouvel Alexandre,
tu conduisais tes Macédoniens à la bataille
d'Arbelles, et tout auprès le tertre de
gazan
du haut duquel tu culbutais le satrape
perse ...
et ton étendard victorieux flottait
bien
haut dans les airs ! (Il sourit.) Les
années d'or, les jours de mai de l'enfance
revivent dans l'âme du misérable ...
Alors tu
étais si heureux, avec une sérénité si entière,
si pure de tout nuage ! .
..
Franz, craignant
le châtiment, fait
un cauchemar
Tout à coup un horrible tonnerre
frappe mon oreille assoupie.
Effrayé,
je me lève en chance
lant, et vois ! il me sembla que
tout l'horizon n'était que feu et
flamme ardente, que les mon
tagnes, les villes
et les forêts
étaient fondues, comme la cire
dans une fournaise, et un tour
billon hurlant balayait
et em
portait
la mer, le ciel et la terre ...
Tout à coup retentit, comme sor
tant de trompettes d'airain, cet
appel:« Terre, rends tes morts!
Rends tes morts, mer ! » Et la
plaine nue entra en travail et se
mit à jeter des crânes et des côtes, des mâ
choires et des jambes, qui se réunirent en
corps humains,
et c'était à perte de vue
comme un torrent vivant
qui coulait à
grands flots.
Alors je levai les yeux et, vois !
j'étais au
pied du Sinaï tonnant, et au-des
sus de moi et au-dessous une foule agitée,
et en haut, au sommet de la montagne, sur
trois sièges fumants, trois hommes devant
le
regard desquels fuyait la créature ...
Traduction de Ad.
Regnier.
Hachette, 1859
« -Retournez, et dites à mon capitaine qu'il
est raide mort, et qu'on ne me reverra plus.
»
,,.
NOTES DE L'EDITEUR
«La révolte de Karl Moor, il est vrai,
tourne court.
Le héros fait amende
honorable.
La vérité, que Karl Moor a
méconnue et
qu'il n'a découverte qu'au
prix de tragiques erreurs, c'est que les lois
sont nécessaires à
l'ordre moral du monde.
Mais les termes dans lesquels
il exalte leur
" inviolable majesté " montrent bien que les
lois dont il reconnaît la légitimité sont dans
son esprit des lois justes, issues de la
liberté, et non pas celles que les tyrans ont faussées
à leur profit
et sous le couvert
desquelles ils perpétuent en Allemagne le
règne de l'arbitraire.
Autrement dit,
s'il
désavoue son entreprise( ...
) Karl Moor ne
renie pas pour autant l'idéal au
nom duquel
il
s'est rebellé et a jeté à la société son
audacieux défi.
» René Cannac, Théâtre et
révolte, Essai sur
la jeunesse de Schiller,
Payot, 1966.
«A côté de la revendication violente d'une
liberté qui est avant tout libération de toute
contrainte
et de toute loi, affranchissement illusoire
de la condition humaine, le premier
drame de Schiller offre
un autre élément
permanent de la pensée du poète : le
problème de
la société humaine, fondée sur
la liberté.
Le drame atteint une sombre
grandeur dans l'opposition entre une forme
de société qui périclite, symbolisée
par la
vie lente dans un château perdu ( ...
) et de
l'autre la fureur d'agir, la révolte aveugle
contre les injustices, qui n'aboutit
qu'à la
passion de détruire
et au nihilisme.
» Victor
Hell,
Schiller, Seghers éditeur, 1960.
1 gravure de E.
Girouf / Giraudon 2, 3, 4, 5 gravures de Dani el Nikolaus Chodowiecki, lnsel Verlag, Frankfort a.
M., 1966 SCHILLER OS.
»
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