Fiche de lecture: CHATEAUBRIAND. Le Génie du Christianisme
Publié le 14/06/2011
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De la foi des chrétiens les mystères terribles,D'ornements égayés ne sont point susceptibles,
avait affirmé Boileau.
Le moment était venu, pour des écrivains « nés chrétiens et français », d'oser, dans leurslivres, être franchement chrétiens et français, de faire délibérément ce que les Corneille et les Racine n'avaient faiten quelque sorte qu'à leur insu.
Poème lyrique, épopée, drame, roman, histoire, éloquence, critique, ils seront ainsi,de proche en proche, amenés à renouveler tous les genres.
Et qu'ils ne craignent pas que la matière leur fassejamais défaut ! L'âme humaine régénérée par le christianisme, la nature regardée avec des yeux neufs et nondéformés par les livres, leur seront une source inépuisable d'études et d'émotions !Chateaubriand ne se contentait pas d'exposer ces idées sous forme abstraite : il joignait l'exemple au précepte.Atala et René qui, comme nous l'avons dit, étaient incorporés .au Génie du Christianisme, étaient là pour prouverque la représentation des héros modernes, que l'analyse des troubles du coeur touché par le christianisme pouvaientdonner naissance à des oeuvres aussi émouvantes, aussi profondes et aussi belles que celles des littératuresclassiques.Chateaubriand faisait plus encore : dans ses pénétrantes et originales études sur les oeuvres du passé, il inauguraitune nouvelle forme de critique, plus vivante, plus subtile, plus ingénieuse et plus féconde que celle dont on étaitnourri jusqu'alors ; comme il le dira plus tard, il abandonnait « la petite et facile critique des débuts, pour la grandeet difficile critique des beautés ».
Dans ces oeuvres d'autrefois consacrées par l'admiration universelle, son senscritique, aiguisé par son sens chrétien, lui permettait de découvrir et de mettre en une vive lumière des « beautés »nouvelles.
Ainsi, cette apologie du christianisme jetait les bases et esquissait les principes d'une critique vraimentmoderne qui rivalisait en largeur, en pénétration, en intérêt littéraire et humain avec les oeuvres mêmes qu'elleétudiait.Enfin, toutes ces nouveautés étaient exprimées sous une forme originale, éloquente, souvent poétique, où sereconnaissait la maîtrise d'un grand écrivain.
Depuis Rousseau, on n'avait rien vu de semblable.
Plus souple, plusvariée, plus harmonieuse, moins tendue que celle de Rousseau, la prose de Chateaubriand retrouvait les traditionsdu grand siècle.
Les contemporains ne s'y sont pas trompés.
Avant même que le livre eût paru en librairie, Rivarol,qui avait lu à Hambourg une première esquisse de l'ouvrage, imprimée à Londres, notait sur ses carnets : « Il y a duFénelon et du Bossuet dans cette esquisse, et l'auteur, qui est jeune encore, nous promet un homme religieux et ungrand écrivain.
»Le courant, né de l'influence de Jean-Jacques, s'enrichissait d'éléments nouveaux, et prenait sa direction définitive.Le Génie du Christianisme, avec une vigueur, un éclat, une autorité qui en soulignaient l'importance, traçait leprogramme de la future littérature romantique et esquissait à peu près tous les thèmes qu'elle devait développerdans la suite..
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