E, de J. Roubaud
Publié le 10/03/2019
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«
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Jacques (né en 1932).
Né à Caluire
(Rhône), poète et mathématicien comme Raymond Que
neau, Jacques Roubaud fait aussi partie de l'Ouvroir de
littérature pote-ntielle [voir OuuPoj.
Il a participé au col
lectif d'avant-garde Change (premier numéro en 1968)
- tout en s'inscrivant comme poète et théoricien dans
une tradition beaucoup plus vaste : les Troubadours
(anthologie, 1981); la Fleur inverse (essai sur les trouba
dours, 1986); la Vieillesse d'Alexandre, essai sur quel
ques états récents du vers français ( 1978) -et à la
revue Action poétique dont la devi e est empruntée à
Lautréamont : « La poésie doit avoir pour but la vérité
pratique ».
Il collabore avec Georges Perec, Octavio Paz,
Florence Delay, Michel Deguy ...
Un de ses livres, inti
tulé e (1967), met l'accent sur les références mathéma
tiques qui caractérisent, en première approche, l'univers
de ce poète tenté à la fois par la rénexion théorique et
par une certaine forme d'activité ludique-chaque texte
de ce recueil étant l'équivalent d'un pion blanc ou d'un
pion noir du jeu de go.
Le résultat n'a rien d'abstrait; mais le lecteur peut être
dérouté par cette poésie qui remet en cause une lisibilité
confortable ou superficielle, et rompt certaines habitudes
de discursivité.
Par exemple, Trente et un au cube ( 1973)
se présente comme un objet inattendu.
Il faut déployer
le livre avant de le lire: trente et une liasses dépliables,
structurées par des exergues et des «citations >> en ita
liques, offrent un texte dense, ponctué de blancs et d'es
pacements.
Et quant à la « table des matières », elle se
compose d'une série de ...
trel)te et un points, parfois
accompagnés d'un nom -d'Etienne Jodelle à Goethe
en passant par Pierre Morhange.
Jusqu'à son premier roman, la Belle Hortense (1985),
que suivent I'Enlèvemelll d'Hortense (1987) et l'Exil
d'Hortense ( 1990), Rou baud propose en la dérobant cette
clé du mystère qu'une logique mathématique semble
toujours pour>uivre dans ses poèmes.
Dans la Belle
Hortense, que l'auteur reconnaît lui-même comme étant
une sone d'hc•mmage à Queneau, les fausses pistes, les
signes, les chiffres surtout, forment un imbroglio où,
ironiquement, la solution est toujours fuyante.
Aucune
conclusion éclairante ne vient rassurer le lecteur, que ce
soit dans la p•>ésie ou dans le roman.
Mais faut-il vrai
ment trouver Hortense, selon la formule de Rimbaud? Et
quel coup de dé (même à « trente et un au cube>> ...
)
abolira jamais le hasard?
L'Avertissëment de Mez.ura (1975; livre qui se lit
dans le sens de la largeur de la page) joue sur la nécessité
et l'arbitraire du nombre : «Nous remercions le nombre
pi, en ses mille premières décimales >>.
Et Mezura, aussi
tôt, construit.
En tête de chapitre, une série de mots,
énigmatique, qui se révèle fonctionner comme la grille
d'un déchiffrement toujours différé.
Tout semble se
conjuguer pour faire sens-mais si le sens était ailleurs?
Autobiographie, chapitre dix ( 1977), tout entier com
posé avec les mots des autres (les surréalistes), annonce des
« poèmes avec des moments de repos en prose >>.
Par
exemple, au milieu du livre: «Si tu ne m'as pas, cher
lecteur, abandonné depuis longtemps en route, peut-être
te demandes-tu où nous en sommes? question légitime.
Moi aussi, je me le demande>> .
L'ironie ne désempare
pas, et les points d'appui proposés sont là encore de
fausses balises, comme la rigueur trompeuse de la struc
ture du discours imprimé et de sa mise en œuvre typogra
phique.
Graal Fiction (1978) déclare que le mystère est
résolu; mais «tout ne sera pas dit ici, dans le premier
des 26 volumes de notre Graal Fiction >>.
La quête est
sans cesse repoussée, et même son objet est inconnu.
Parmi les autres œuvres de Jacques Roubaud, on
retiendra surtout Voyage du soir ( 1952), Mono no aware
(cent quarante-trois poèmes , > de l'autre
et point de départ d'une possible anabase, sans oublier
le Grand Incendie de Londres ( 1989), Soleil du Soleil
( 1991 ), Échanges de la lumière ( 1991 ), la Pluralité des
mondes de Lewis ( 1991) ou la Boucle ( 1993).
Le livre de Jacques Roubaud est écueil, ruptures typo
graphiques maniées avec maîtrise, remise en cause de la
lecture classique et de ses assises par la double décou
verte d'un espace et d'une absence de fin.
On contemple,
on compte, on mesure, on feuillette, on s'oriente comme
pour une marche, peut-être hasardeuse, dans c·ette archi
tecture où tout est d'avance combiné par des divisions
irréductiblement logiques -témoin les 9 ensembles de
9 poèmes de 9 phrases qui constituent Quelque chose
noir.
Cette harmonie calculée, sous-jacente, fait du livre
de poèmes une sorte de >, bâtie de mots,
splendidement ordonnée.
Peut-être même l'énigme tou
jours reportée réside-t-elle dans une volonté de briser la
lisibilité -voire de problématiser de façon (< inquié
teuse » 1 'acte même de la lecture.
Lire se trouve soumis
à une sorte de démonstration par l'absurde, et c'est l'es
pace qui devient le maître mot.
La poésie est-elle construction, espace? Roubaud
laisse entendre que le mot ne peut prendre tout son sens
que par son inscription dans un espace fait à sa mesure.
Ainsi, tout comme la table qui oriente peut-être l'inquiet
lecteur de Graal Fiction, la poésie «dessine la "matière"
sans exacerber le "sens" ».
BIBLIOGRAPHIE R.
Davreu, Jacques Roubaud, Seghers, « Poè1es d 'a u
jourd'hui"· 1985..
»
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