Devoir de Philosophie

ZOLA: La levée des tabous

Publié le 08/10/2010

Extrait du document

zola

La valeur documentaire des romans de Zola est aujourd'hui souvent contestée. Certes, l'écrivain met en scène les classes exploitées, mais son message proprement idéologique est assez réduit, ce qu'avaient bien vu les lecteurs marxistes de Zola, Lukàcs et Aragon notamment. En fait, nous dit Jean Borie, chercher réduire l'oeuvre de Zola à son sens social, c'est manquer ce qui fait sa force : « elle libère des secrets honteux «:

C'est donc bien cela le sens, social et autre, des Rougon-Macquart: ouvrir les vannes, laisser couler le flot nauséeux du refoulé. Les secrets, nous le savons maintenant, ne vont jamais seuls ; un mot les contient tous ; qu'il s'échappe, il se met à résonner furieusement, les sens s'appellent et s'organisent, tout se dit: si les bonnes sont désignées pour parler le langage infernal du corps refoulé, c'est qu'elles-mêmes sont refoulées dans l'enfer de la société. Il n'y a pas un Zola « social « et un Zola « physiologique «. [...] Encore une fois, nous ne voulons pas porter de jugement sur le succès d'une telle entreprise. Sans doute est-il infiniment suspect de voir Zola célébrer la fécondité par haine du « déchet«, du « gaspillage « sexuel : c'est réintroduire une avaricieuse angoisse au coeur même du chant d'allégresse. Sans doute aussi est-il étrange que la conquête de la femme soit toujours un sacre de la mère, et que l'opposition entre l'érotisme « malsain, morbide « et une sexualité « saine, normale « subsiste jusqu'au bout. f...] Elle nous intéresse parce que nous y voyons une tentative pour ausculter par le langage les tabous et les malédictions, libérer les secrets enfermés dans une certaine situation humaine, et par là échapper peut-être à l'asphyxie, et tenter de vivre.

Jean Borie, Zola et les mythes ou De la nausée au salut, Paris, Éd. du Seuil, 1971.

 

Liens utiles