Mostar entre deux guerres
Publié le 22/02/2012
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Marko est désespéré.
Assis devant la buvette à soldats qu'il a reconstituée à la place de son restaurant et de sa maison, brûlés il ya deux ans, il se sent, lui aussi, le jeu de décisions qui le dépassent.
" Tout se passe - la guerre, la paix - sans consultation, sanstenir compte de la situation sur le terrain ", répète-t-il, alternant colère et abattement.
" Le conflit croato-musulman n'aurait jamaisdû éclater ", finit par dire Marko, qui s'est battu, a tout perdu et a vu sa famille partir en exil.
Autour de lui, autour des ruines desa maison, se dressent d'autres ruines, celles de maisons croates, musulmanes et serbes.
A Zagreb, où l'on reconnaît que " la méfiance entre Croates et Musulmans ne peut pas tomber d'un coup ", les signesd'inquiétude devant la réticence d'un certain nombre de Croates d'Herzégovine à appliquer l'accord avec les Musulmans sontpalpables.
Ainsi, le gouvernement de Croatie a-t-il convoqué, pendant le week-end, tout ce qui fait autorité chez les Croatesbosniaques - pas moins de 140 dirigeants et élus locaux - pour une " explication " sur les termes de l'accord et le découpageterritorial décidés la semaine dernière à Vienne.
Les Musulmans, hagards mais vainqueurs A la " présidence " de l'Herceg-Bosna, à Grude, petite et morne localitéd'Herzégovine - fief de Mate Boban, ancien " président " de l'Etat croate d'Herceg-Bosna récemment écarté car jugé tropextrémiste - , on fait aujourd'hui assaut de modération pour assurer que " l'accord croato-musulman est la seule solution " et que" le choix se situe entre le dialogue et le fusil, entre revivre ou mourir ".
On y reconnaît toutefois qu' " il faudra du temps pourcicatriser les blessures, apaiser les tensions ".
Du temps.
Il en faudra beaucoup pour refermer des blessures " encore à vif " : c'est aussi ce que l'on pense chez les dirigeantsmusulmans de Mostar-est, dans cette étroite partie de la ville réduite à l'état de ruines, où s'entassent quelque 57 000 personnes,coincées entre Serbes et Croates.
Canons et tireurs croates se sont tus des murs de protection contre les snipers ont étépartiellement démantelés on n'y meurt plus pour quelques litres d'eau récupérés aux rares points de distribution les convois deravitaillement parviennent plus régulièrement.
Mais, entre les façades éventrées, dans les rues défoncées, on ne voit que visagesencore hagards, démarches lentes et regards vides ceux de jeunes et de vieux épuisés qui sortent à peine de l'enfer, ceux defemmes et d'enfants qui ont passé des mois dans l'obscurité des caves.
Bilan d'un an de bombardements croates : 1 600 morts, selon les autorités musulmanes.
De l'autre côté des eaux vertes de laNeretva, au-delà de la rangée d'immeubles calcinés formant le front, dans la partie de Mostar contrôlée par les Croates, lecontraste est saisissant : aux terrasses des cafés s'étalant au soleil, rock ou disco se mêle aux conversations d'affaires dont lemaître mot est deutschemark.
" Les Croates voulaient nous éliminer le fait d'avoir survécu représente notre victoire.
Nous avons vaincu par le seul fait d'avoiréchappé à la mort notre dignité, c'est de nous être défendus " : Alija Behram, directeur de Radio-Mostar, écarte touttriomphalisme et hésite à utiliser le mot de victoire, " étant donné la situation " et le nombre de victimes, l'ampleur des dégâts.
Mais le directeur de cabinet du maire de Mostar-est (musulman), Hamdija Jamic, est plus direct : par l'accord de fédérationcroato-musulmane et le découpage territorial convenu, " nous avons obtenu ce pour quoi nous nous sommes battus ".
Et AlijaBehram finit par convenir que " les Croates ont été battus, puisqu'ils n'ont pas eu ce pour quoi ils ont fait la guerre, à savoir uneMostar croate, un Etat croate d'Herceg-Bosna ".
Mais " le chemin vers la paix et la Bosnie-Herzégovine est encore très long et semé d'embûches ", reconnaît-il : " Il faudrabeaucoup de temps, de patience, de pardon, d'intelligence pour parvenir à la paix.
Il faudra rétablir les ponts psychologiques etapprendre une nouvelle vie ".
Car la méfiance est là, épaisse, qui a fait garder, inchangée, la ligne de front, qui a fait se maintenir tous les barrages, toutes lespositions.
La séparation sera encore longue, avant de " revivre ensemble ", selon Alija Behram, " il faudra avaler beaucoup depilules amères et que chacun digère ses tragédies ".
" Il faut, d'abord, que les criminels de tous bords soient désignés, arrêtés et jugés ", insistent les dirigeants musulmans.
Le mairede Mostar-est, Safet Orucevic, ne se fait pas prier pour souligner qu'il ne fait aucune confiance aux autorités croates actuelles etque l'on vit à l'heure de " la paix armée, car ceux [les dirigeants croates] qui ont provoqué la guerre sont toujours en place ".
" Ilfaut tenir compte des groupes opposés à l'accord [croato-musulman], qui sont toujours présents ".
" Après tous les crimescommis, les criminels de guerre ne doivent pas se promener librement ", renchérit Hamdija Jamic.
" Eviter les représailles " Les deux communautés devront bien surmonter leurs peurs pour revivre, un jour, ensemble,conviennent les responsables musulmans de Mostar.
" C'est notre destin ", dit Alija Behram.
Mais il leur faudra forcer beaucoupde préventions.
Comme celles de cette jeune journaliste musulmane dont le mari a été tué et qui avoue ne plus vouloir vivre avecles Croates.
" Comment pourrais-je rencontrer mon voisin croate promenant ses enfants, alors qu'il a tué mon mari, et privé les.
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