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Délocalisation des entreprises

Publié le 13/02/2013

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Nicolas BIARD1ERE ES 1 Sciences Economiques et Sociales Dissertation La délocalisation des entreprises a représenté environ 15% des pertes d'emplois dans l'industrie française entre 1995 et 2001. Au sens strict du terme, c'est le fait de fermer une usine en France, de la reconstituer à l'étranger et de réimporter la production faite en France. C'est un phénomène de plus en plus courant, qui s'explique par plusieurs facteurs. On se demandera donc si le coût du travail dans les pays avancés (PA) est la cause essentielle des délocalisations. Pour cela, nous étudierons précisément le cas du coût du travail et ensuite celui des autres facteurs. Le coût du travail peut être un élément explicatif des délocalisations. Le coût du travail est ce que doit payer une entreprise pour un travailleur. Il comprend le salaire net et les charges sociales. Plus il est faible et plus l'entreprise fait de profits, et c'est justement pour ça qu'il est l'un des facteurs de la délocalisation.En effet, les salaires minimums dans les pays de l'Union Européenne sont très différents. En 2009, la France avait un salaire minimum de 1300 euros (ce qui est très élevé puisque c'est le troisième plus important de l'UE), tandis que la Roumanie avait un salaire minimum de ... 150 euros. C'est près de 9 fois moins, et c'est évidemment le plus faible de l'UE. Avec un salaire minimum de 1700 euros, le Luxembourg est premier (devant les Pays-Bas, 1400 euros). C'est 11 fois plus qu'en Roumanie. Cet exemple est flagrant des inégalités de salaires dans l'Union Européenne.Mais tout ceci est une bonne chose pour les constructeurs automobiles français (entre autres) car dans les pays émergents (PE) comme la Roumanie, le salaire net et les charges sociales sont très faibles, et ça leur permet de minimiser leurs coûts s'ils délocalisent. L'entreprise Renault l'a bien compris, et c'est pourquoi seulement 20% de sa production est française. Elle a délocalisé en Roumanie en 2004, et en 3 ans son chiffre d'affaire est passé de 37 525 euros (2003) à 41 528 euros (2006), avec une très forte hausse en 2004. On se doute que la délocalisation n'y est pas étrangère. Mais ce phénomène n'est pas originaire que de Renault, ou plus largement des constructeurs automobiles. Depuis 2000, les délocalisations vers les PE ont augmenté. Entre 1995 et 1999, 37% des délocalisations s'effectuaient vers ces pays. Entre 2000 et 2003, c'est 57% des délocalisations, donc la majorité. En réduisant ses coûts du travail (en délocalisant vers des PE), une entreprise fera fructifier son chiffre d'affaire car elle minimisera ses coûts de production. Mais ce coût de production ne se résume pas qu'au coût du travail, et il n'est pas non plus le seul facteur de délocalisation. D'autres facteurs plus déterminants doivent être pris en compte. Tout d'abord, les délocalisations ne se font pas que vers des pays émergents. Et puis même lorsque c'est le cas, le coût du travail ou de production ne sont pas les seuls motifs.Jusqu'en 2001, les délocalisations se faisaient majoritairement dans des PA, pour une question essentiellement de relocalisation (entrainée par une volonté de restructuration de l'entreprise). De nos jours, il reste tout de même 43% des délocalisations qui se font dans des pays non émergents, c'est plutôt équilibré. Les autres facteurs de délocalisations sont nombreux. Il y a notamment le choix du site de production. L'entreprise doit prendre en compte un ensemble de facteurs qui doivent assurer sa productivité et sa compétitivité (voir ci-dessous). La fiscalité et les aides publiques sont importantes. Mais le choix d'un site de production est aussi dicté par des impératifs commerciaux. Il faut que le potentiel de la demande soit important, que le marché soit ouvert. L'exemple le plus symbolique est celui de l'entreprise automobile PSA Peugeot Citroën qui a délocalisé en Chine, ceci pour plusieurs raisons. Premièrement parce que la demande française pour des berlines haut de gamme est faible, et deuxièmement parce que le marché européen est verrouillé par la concurrence des constructeurs allemands, experts en la matière. Cette délocalisation a été essentielle pour PSA car outre la réduction des coûts de production, la Chine a un potentiel exceptionnel au niveau de la demande de produits automobiles. C'est le premier marché en extension au monde pour les véhicules du type berlines haut de gamme, vendues par PSA. Ceci s'explique simplement : la Chine est un pays en gros développement actuellement, et sa population incroyablement nombreuse (un peu plus d'1 370 000 d'habitants) commence à vouloir de plus en plus de voitures de ce genre. Mais le choix du site de production n'est pas dicté que par des impératifs commerciaux. Une entreprise se doit de s'implanter le plus près possible de sa clientèle, et cela pour plusieurs raisons :- Limiter le coût du transport. En effet, plus le site de production est proche du site de vente, moins les transports seront coûteux. - Réduire le délai de livraison. Moins le temps d'attente d'un demandeur pour son produit est long, et plus celui-ci sera heureux, et aura une bonne image de l'entreprise offreuse. Ainsi, la popularité de l'entreprise sera accrue.- Produire et commercialiser au même endroit donne une impression locale. C'est un atout aux yeux de la clientèle qui favorise de plus en plus l'achat de produits locaux. De plus, l'entreprise pourra ainsi mieux répondre aux attentes des clients. Autre facteur important de la délocalisation : le désir de compétitivité et de productivité. On parle d'abord de compétitivité prix et hors prix. - La compétitivité hors-prix est une forme de compétitivité moins visible que le prix de vente, mais qui joue un rôle important dans la rentabilité d'une entreprise.Elle repose sur la capacité d'innovation et l'amélioration constante de la productivité et de la qualité. Cette forme de compétitivité entraîne généralement une hausse des prix de vente des biens ou services de l'entreprise, mais incite les consommateurs désireux d'une meilleure qualité, qui veulent "monter en gamme", à acheter ses produits. En général, le taux de marge est plus élevé pour les produits les plus coûteux. L'innovation nécessite des coûts de recherche et la protection de la propriété intellectuelle.Cette compétitivité par l'innovation peut concerner aussi un bassin économique, en concurrence par rapport à d'autres, d'où les politiques visant à constituer ou renforcer des pôles de compétitivité (exemple : L'industrie automobile en Allemagne). Elle est influencée par la qualité des produits (obtenue grâce à des ouvriers qualifiés), la qualité du service après vente (SAV), la qualité des infrastructures de production ou l'efficacité du réseau de distribution (liée aux infrastructures routières développées ou non). - La compétitivité prix est une des formes de compétitivité qu'une entreprise peut choisir d'utiliser pour vendre plus. Elle repose sur la diminution du prix des biens ou services qu'elle produit, pour lui permettre d'écouler plus vite et plus facilement ses stocks de marchandise. On peut évaluer l'évolution de la compétitivité-prix d'un pays en soustrayant la variation des prix à l'importation de celle des prix à l'exportation. Cette compétitivité est influencée par les consommations intermédiaires, les coûts pour l'environnement et les réglementations (qui dépendent des lois en vigueur dans le pays), le système fiscal (les impôts) et la productivité du travail. La productivité du travail est plus importante avec des ouvriers motivés. On peut citer la théorie du « salaire déficience «, qui souligne qu'un ouvrier sera plus motivé et donc plus productif avec un salaire plus élevé. A l'inverse, un salaire trop bas peut avoir des effets négatifs sur l'efficacité productive des salariés. C'est contradictoire avec le fait de délocaliser dans des pays émergents uniquement car le salaire minimum y est faible, ce qui prouve que le coût du travail n'est pas forcément un facteur essentiel de la délocalisation.La compétitivité globale prend donc en compte plusieurs facteurs qui ne dépendent pas du coût du travail. Pour conclure, certes le coût du travail dans les pays avancés est une cause des délocalisations. Mais ce n'est pas la cause essentielle. Ce n'est pas qu'une question de coût du travail élevés dans les pays avancés puisque on ne délocalise pas que dans les pays émergents. De plus, la délocalisation est très souvent effectuée dans une logique de réduction des coûts. Sauf que dans la production d'un produit, énormément de coûts différents entrent en compte. Et puis outre la volonté de faire des profits, une entreprise se doit de respecter une certaine logique de production, indépendante du coût du travail. Malgré tout, les délocalisations ne sont absolument pas bénéfiques au marché du travail français. Elle provoque de plus en plus de chômage. Ce n'est donc pas vraiment ses causes, le problème de la délocalisation, mais plutôt ses conséquences.

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