chir de l'esclavage de la volonté la connaissance qui lui
Publié le 23/10/2012
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chir de l'esclavage de la volonté la connaissance qui lui était originairement asservie ; ce qui revient à perdre complètement de vue nos intérêts, notre volonté, nos fins : nous devons pour un temps sortir absolument de notre personnalité, n'être plus que sujet connaissant pur, ceil limpide de l'univers entier, et cela non pour un instant, mais pour aussi longtemps et avec autant de réflexion qu'il est nécessaire pour réaliser notre conception à l'aide d'un art déterminé ; il faut « fixer en des formules éternelles ce qui flotte dans le vague des apparences «. C'est à croire que, pour que le génie se manifeste dans un individu, cet individu doit avoir reçu en partage une somme de connaissance cognitive qui excède de beaucoup celle qui est nécessaire pour le service d'une volonté individuelle. — Par là s'explique la vivacité que les hommes de génie poussent parfois jusqu'à la turbulence : le présent leur suffit rarement, parce qu'il ne remplit point leur conscience ; de là leur inquiétude sans répit ; de là leur tendance à poursuivre sans cesse des objets nouveaux et dignes d'étude, à souhaiter enfin, presque toujours sans succès, des êtres qui leur ressemblent, qui soient à leur taille et qui les puissent comprendre. Le vulgaire, au contraire, pleinement repu et satisfait de la routine actuelle, s'y absorbe ; il trouve partout des égaux ; de là cette satisfaction particulière qu'il éprouve dans le train de la vie et que le génie ne connaît pas. (Monde, I, 190-2.) II LE GÉNIE A) SES CARACTÉRISTIQUES I. L'HOMME ORDINAIRE ET L'HOMME DE GÉNIE L'homme ordinaire, ce produit industriel que la nature fabrique à raison de plusieurs milliers par jour, est, comme nous l'avons dit, incapable, tout au moins d'une manière continue, de cette aperception complètement désintéressée à tous égards qui constitue à proprement parler la contemplation : il ne peut porter son attention sur les choses que dans la mesure où elles ont un certain rapport avec sa propre volonté, quelque lointain que soit ce rapport. Comme, à ce point de vue, où la connaissance des relations est seule nécessaire, le concept abstrait de la chose est suffisant et le plus souvent préférable, l'homme ordinaire ne s'attarde point longtemps à la contemplation pure ; par suite, il n'attache point longtemps ses regards sur un objet : mais, dès qu'une chose s'offre à lui, il cherche bien vite le concept sous lequel il la pourra ranger (comme le paresseux cherche une chaise), puis il ne s'y intéresse pas davantage. C'est pourquoi il en a si vite fini avec toutes choses, avec les oeuvres d'art, avec les beautés de la nature, avec le spectacle vraiment intéressant de la vie universelle, considérée dans les scènes multiples. Il ne s'attarde pas : il ne cherche que son chemin dans la vie. La connaissance des Idées est nécessairement intuitive, et non abstraite ; la connaissance propre au génie serait donc restreinte à l'idée des objets effectivement présents à la personne de l'auteur ; elle se rattacherait à la chaîne des circonstances qui l'ont elle-même amenée ; mais, grâce à l'imagination, l'horizon s'étend bien au delà de l'expérience actuelle et personnelle de l'homme de génie ; il se trouve ainsi en état, étant donné le peu qui tombe sous son aperception réelle, de construire tout le reste et d'évoquer ainsi devant lui presque toutes les images que peut offrir la vie. D'ailleurs, les objets réels ne sont presque toujours que des exemplaires très défectueux de l'idée qui s'y manifeste : l'imagination est, par suite, nécessaire au génie pour voir dans les choses non ce que la nature y a effectivement mis, mais plutôt ce qu'elle s'efforçait d'y réaliser et ce qu'elle n'eût point manqué d'amener à l'acte, sans ce conflit entre ses formes dont nous avons parlé dans le livre précédent. Nous reviendrons plus tard sur ce point, lorsque nous étudierons la sculpture. L'imagination agrandit donc le cercle de vision du génie, elle l'étend au delà des objets qui s'offrent effectivement à sa personne, et cela au point de vue de la qualité comme de la quantité. Par conséquent, une puissance extraordinaire d'imagination est le corrélatif et même la condition du génie. Mais on ne peut point réciproquement conclure de celle-là à celui-ci ; disons plus, les hommes même d'une intelligence ordinaire peuvent avoir beaucoup d'imagination. En effet, si l'on peut considérer un objet réel de deux façons opposées, à la manière pure et objective, comme fait le génie qui en saisit l'Idée, ou bien à la manière commune et simplement dans les relations qu'il a avec les autres objets et avec notre propre volonté, il n'est pas moins possible de considérer également de deux manières un produit de l'imagination. Considéré au premier point de vue, c'est un moyen pour arriver à la connaissance de l'idée dont la communication constitue l'oeuvre d'art, ou tout au plus encore ce qui pourrait par hasard le devenir ; il prend, dans le sens le plus large du mot, des indications topographiques : mais il ne perd pas son temps à contempler la vie pour elle-même. Au contraire, chez l'homme de génie, la faculté de connaître, grâce à son hypertrophie, se soustrait pour quelque temps au service de la volonté ; par suite, il s'arrête à contempler la vie pour elle-même, il s'efforce de concevoir l'Idée de chaque chose, non ses relations avec les autres
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- Spinoza " Les hommes se figurent être libres, parce qu'ils ont conscience de leurs volitions [actes de volonté] et de leur désir, et ne pensent même pas, même en rêve, aux causes par lesquelles ils sont disposés à désirer et à vouloir, n'en ayant aucune connaissance. " (Spinoza, Éthique, 1675, Appendice de la partie I, trad. Appuhn, GF-Flammarion, 1965, p. 61-62). Commentez cette citation.