Texte de G. Matoré « Notre époque peu t en effet être caractérisée par la prédomi nance des facultés vi...
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«
Texte de G.
Matoré
« Notre époque peu t en effet être caractérisée par la prédomi
nance des facultés vi suelles: et on a pu dire qu'elle était une "civi
lisation de l'image".
Les œuvres philo sophiques et s cientifiques, les
revues et les journaux nous proposent conjointement une nouvelle
vision du monde, une nouvelle optique, des vues des observations,
etc.
Huizinga avait remarqué dans son bel ouvrage sur le Déclin du
Moyen Âge que le
siècle manifestait un goût presque exclusif
pour le sens de la vue, mais alors qu'à la fin de l'époque médiévale
c'est la coulP.ur et la lumière qui assumaient un rt)le de premier
plan, aujou,U'hui ce sont se mble-t-il les formes, et plu s enc ore les
positions respectives qu'elles occupent dans l'espace.
Nous aurons
l'occasion de revenir sur cette constatation en nous fondant sur
l'examen d'œuvres littéraires et picturales : notre remarque peut
être étendue immédiatement à d'autres aspects de la vie
d'aujourd;hui.
xve
Observons d'abord que plusieurs activités esthétiques son t nées
récemment (affiche, cinéma, télévision) où la pue joue un rôle sinon
exclusif, du moins émineflt ; atteignant un vaste public, elles exer
cent sur celui-ci une action considérable.
De son côté, la littérature
s'est adjoint une activité où l'art est certes absent, mais dont la dif
fusion est grande: les bandes dessinées, ou "comics": leur succès
est d{l au fait qu'elles trâduisent une anecdote n'utilis ant les mots
que comme complément d'une image, elle-même signa l rudimen
taire.
À un niveau plus élevé, nous pouvons observer le succès des
périodiques illustrés (de Paris-Match à L'Oeil) et des livres
d'images : albums photographiques, récits de voyages illustrés,
ouvrage s d'art "enrichis" de photographies en couleurs, etc.
Malraux a souligné l'influence exercée par la diffusion des repro
ductions photographiques dans notre connaissance de ['Art, et
l'ouverture du Musée imaginaire ne marque pas seulement le
triomphe d'une nouvelle conception de l'esthétique : elle e st un
indice de la prédominance actuelle de la vue.
Malraux propose
d'attribuer à l'art la fonction de sacralisation que la religion, selon
lui, est incapable d'assumer: mais ce n'est pas seulement /'Art qui
tend à devenir un mythe dans la vie contemporaine, c'est aussi le
milieu dans lequel baigne toute représentation esthétique, c'est
l'Espace.
De l'homme de la rue au philosophe, chacun de nous vit dans un
monde explicité seulement par le regard et dont la vue semble la
clé.
L'accord est loin d'itre unanime, évidemment, entre les
conceptions ou les sentiments de l'espace qui se manifestent
aujourd'hui, mais si l'on observe attentivement les faits, on consta
tera qu'une sorte de consensus se dégage de ces vues divergentes à
certaines époques (qui coi"ncident sans doute avec l'apparition de
"générations privilégiées"), des niveaux relativement bas de pensée
sont perméabilisés à une action provenant de milieux intellectuelle
ment supérieurs.
Le moins esthète de nos contemporains regarde,
peut-itre en ricanant, mais peu importe, des reproductions de
Braque, qu'il rapproche inconsciemment du paysage aplati et aux
couleurs neutres qu'il observe du hublot d'un avion: il vit dans un
monde où Faulkner et Robbe-Grillet additionnent des situations
spatiales, où Ionesco et Beckett nous présentent des hommes qui
marchent, où des savants calculent l'orbite d'engins interstellaires:
il voit des films où les gros plans alternent avec des images de télé
objectif: il consulte des cartes, sait lire un croquis coté, étudie des
schémas, admire la beauté géométrique des gratte-ciel et des cités
radieuses.
Tous les gestes de sa vie pratique et la plupart des mou
vements de sa vie intérieure se manifestent dans un.
espace vu où il
semble trouver son élément vital.
Un tel recours à l'espace a des
origines lointaines : sans doute la base de la connaissance du réel
a-t-elle toujours été le cadre spatial, mais tout se passe comme si, à
notre époque, l'espace, cet espace réaliste du savoir objectif et du
bon sens, avait été soudain affecté d'un exposant surgi d'on ne sait
où, qui lui aurait conféré des valeurs insoupçonnées".
G,MATORÉ
L'Espace Humain.
Édition de la Colombe, 1963.
Questions
A) Questions portant sur l'étude du texte
1 ° Donnez un titre à ce passage.
2° Résumez le texte en une vingtaine de lignes.
3 ° Relevez les principales raisons avancées par l'auteur pour justifier
l'expression "civilisation de l'image".
Personnellement, en voyez
vous d'autres?
B) Grandes questions de culture générale
4° La large diffusion de reproductions d'œuvres d'art, permise par les
techniques modernes, vous paraît-elle culturellement féconde ?
°
5 Pensez-vous que l'époque contemporaine ne puisse être qu'une
civilisation de l'image?
N.B.
On répondra à chacune des questions 3, 4 et 5 en 15 lignes environ.
Ce qui, à l'm'at vous permettrait de parler deux ou trois minutes ...
si le
jury ne vous interrompt pas pour vous demander des précisions ou vous
poser d' autnis questions.
Nous avomi fait traiter cet exercice par l'une de nos élèves.
Nous repro
duirons ci-après sa copie, avec quelques commentaires.
Copie d'un élève
•La civilisation de l'image"
2° Résumé du texte
La prédominance de l'utilisation des facultés visuelles a fait naître le
terme de "civilisation de l'imag19".
La librairie, la presse font appel à
notre vue.
Huizinga, dans le "Déclin du Moyen Âge", notait cette même
caractéristique, mals, à l'époqu , elle était fondée sur une recherche
j
de couleurs et de lumière.
(Un attrait pour les formes est plus marqué actuellement).
Affiche, cinéma, télévision sont nés récemment, et exercent une
grande influence sur le publld.
Le succès des bandes dessinées, des
périodiques Illustrés, des ouvrages où la photographie permet une
ouverture sur le monde et sur l'art, témoigne d'un attrait Irréversible
pour l'espace.
Chacun de nous vit dans un monde "dont la we semble la clé".
Les
conceptions et sentiments de l'espace sont parfois divergents mais un
consensus .se dégage : tous les milieux sont touchés par le phéno
mène de "l'espace vu".
Les couches les moins motivées de la société
sont Informées des réalisations.
les plus variées et Imprégnées des
événements proches ou lointains.
Les origines de ce phénomène spa
tial sont anciennes, mais leur prodigieux développement est étonnant.
3° Justification de l'expression "civilisation de l'image"
L'auteur justifie son expression •civilisation de l'image" en faisant appel
à différents phénomènes :
- le développement d'activités artistiques fondées sur l'image telles
que l'affiche, le cinéma, la télévision :
- le succès croissant de la bande dessinée et des périodiques illustrés
dans le domaine de la presse ;
- le recours de plus en· plus fréquent aux photographies dans les
ouvrages les plus divers ;
- l'appel au sens visuel dans de nombreuses actions de la vie quotidienne : consultation de cartes, de schémas, de croquis.
D'autres exemples peuvent en effet être cités pour témoigner de ce
développement du rôle de l'image :
- l'engouement des gens pour la photographie amateur.
bien rares
sont les vacanciers qui partent sans leur appareil ;
Commentaires du jury
1° Le choix du titre
La candidate a retenu un titre qui se trouve, en fait, entre guillemets,
dans la première phrase du texte.
C'est la solution de facilité.
Mais ce titre a l'avantage de bien rendre
compte de l'objet du texte.
Le titre choisi semble effectivement le plus simple et le plus adéquat.
Il saute aux....
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