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Technosciences Relativement distinctes pendant très longtemps, les sciences et les technologies se sont rapprochées depuis la fin du X/Xe siècle...

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« Technosciences Relativement distinctes pendant très longtemps, les sciences et les technologies se sont rapprochées depuis la fin du X/Xe siècle au point d'en être parfois confondues.

De multiples recherches sont aujour­ d'hui conduites en vue d'applications précises.

Elles­ mêmes ne pourraient pas être poursuivies sans l'aide des instruments modernes. La fusion partielle du domaine scientifique et du domaine technologique est due à l'évolution de ce� deux domaines mais aussi à celle de la société.

La" concurrence, la compétition généralisée qui règnent actuellement conduisent à puiser dans les travaux des scief)tifiques pour alimenter l'innovation.

De ce fait, /es Etats s'y intéressent de plus en plus.

A partir des quelques tendances envisageables des années à venir, on peut prévoir (tout en restant prudent) les évolutîons qui se dessinent. Maurice Daumas, historien français des techniques, expliqut? que, jusqu'au XIX0 siècle, les innovations techniques n'ont pas été (sauf rares exceptions) des applications de découvertes scientifiques.

Son opinion est fondée.

Il est fréquemment arrivé que des explications scientifiques soient issues de l'observation du fonctionnement de divers mécanismes.

Mais ce que l'on appelle aujourd'hui la recherche finalisée - c'est-à-dire un travail scientifique conçu et poursuivi en vue d'une application est spécifique à notre époque. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas, auparavant, de liens entre les deux domaines.

L'un et l'autre concernent un même champ, l'univers matériel dans sa diversité (l'homme en faisant évidemment partie).

Les effets de tel ou tel geste, de telle ou -telle pratique, ont une explication scientifique, même si celle-ci n'est conçue que bien plus tard.

Des théories émises par les savants découlent des applications, même si celles-ci sont dif­ férées.

Les unes et les autres ont des relations étroites, qu'elles apparaissent évidentes dans l'immédiat ou que leur prise de consèience soit décalée dans le temps.

De plus, elles-s'exercent dans le cadre d'une société précise et en interaction étroite avec les structures de celle-ci. La nouveauté, au :xxe siècle, est l'accentuation de ces relations, tant et si bien qu.' on ne distingue pas toujours très bien les différents aspects du 'savoir et du savoir-faire humains.

Cette fusion partielle explique le terme technoscience que l'on utilise fréquemment pour caractériser les sciences et les techniques de notre époque. La coupure ancienne ~mtre travail manuel et travail intellectuel Il n'y a guère de séparations très nettes entre les fonctions des individus, au sein du groupe humain, pendant les très longues périodes du paléolithique et du mésolithique.

Des distinctions apparaissent au néolithique.

L'agriculture naît, de 'même que des artisanats relativement spécialisés (fabrication d'outils et d'armes de pierre, céramique, tissage...

).

Le savoir spéculatif de l'époque (ce que l'ethnologue Claude LéviStrauss appelait la pensée sauvage) devait être surtout le fait des sorciers et des prêtres.

La coupure s'accentue dans le cadre des premières grandes civilisations antiques.

Elle est toutefois relative.

Les savoirs sont le plus souvent empiriques, constitués principalement par des recettes, non par des théories.

Les calculs concernent des factures, des partages d'héritage, des Les âges de la préhistoire • Le paléolithique (ou âge de la pierre taillée) est la période qui débute à l'apparition des premiers hominidés et qui se termine vers 12 000 av~J.-C. • Le mésolithique, période intermédiaire, va de 12 000 av. J.-C.

à 8 000 ou 6 000 av.

J.-C. • Le néolithique (ou âge de la pierre· polie) s'écoule de 8 000 à 6 000 av.

J.-C.

jusqu'au début de la période historique à proprement parler (cours du 4° millénaire, vers 3 200 av.

J.-C.). évaluations d'impôts ...

Les gouvememênts s'intéressent à la formation de leurs fonctionnaires (les scribes), de leurs médecins, de leurs architectes, ainsi qu'à la technique en général (et notamment à la technique militaire), non à la science qui n'existe pas vraiment en tant que telle. L'empirisme Une démarche empirique s'appuie surtout sur les observa-,. tions courantes, sur des pratiques non théorisées, en • n'ayant pas recours à la réflexion et au raisonnement scien-, tifiques.

Une étude peut toutefois être empirique dans un premier temps, puis donner lieu à une construction scientifique. Il en a été ainsi, par exemple, de la chimie pendant des siècles.

Elle n'est devenue une science qu'à partir de Lavoisier, Cavendish, etc., à la fin du XVlll8 siècle.

, A partir de la civilisation grecque dite classique (V• siècle av. J.-C.), la science se constitue en tant que partie de la,philosophie.

Celle-ci est l'apanage des catégories sociales les plus aisées et se veut «désintéressée».

Les artisans (les hommes de l'art, dira-t-onjusqu'au XIX• siècle) sont, quelle que soit leur qualité, d'un rang social inférieur.

Les «pratiques sociales de référence», auxquelles se rattachent les connaissances scientifiques, sont souvent éloignées dans le temps et leurs rapports ne se découvrent pas immédiatement.

Les hommes utilisaient par exemple le levier depuis la lointaine préhistoire ; sa théorie est établie par Archimède au III• siècle av.

J.-C. Avec des hauts et des bas, avec quelques épisodes en apparence paradoxaux (aucune progression historique n'est parfaitement linéaire), la séparation s'est maintenue en moyenne inchangée jusqu'au XVI• siècle.

Nous voulons dire par là que la réflexion $Cientifique (plus dégagée, à vrai dire, de la philosophie qu'elle ne l'était dans l' Antiquité) n'était pas considérée comme un gisement d'applications techniques. La montée de la bourgeoisie et la recherche de l'innovation technique Depuis que les sociétés se sont structurées (politiquement, administrativement, etc.) jusqu'aux temps modernes, la catégorie sociale dominante a eu, pour l'essentiel, intérêt à maintenir l'ordre des choses en l'état.

La remarque vaut pour les patriciens grecs et romains de l' Antiquité comme pour la noblesse du Moyen Age : chaque corps matériel a sa place dans l'univers, comme chaque homme (et chaque catégorie sociale) a sa place dans la société.

Cette volonté est bien affirmée dans la Politique d'Aristote.

Elle est sacralisée par l'Église dans l'Europe médiévale.

L'ordonrtancement de l'univers, les rapports entre les hommes, reflètent 1'ordre de Dieu.

La royauté de France, par exemple, se dit de droit divin. Pour ne rien modifier, les dirigeants évitent parfois les innovations techniques qui seraient susceptibles de bouleverser le système de production, ou tout au moins ne les recherchent pas. Cela explique en particulier que certaines inventions, potentiellement très intéressantes, soient restées inutilisées (le moulin à eau et des dispositifs actionnés par la vapeur, par exemple, qui figuraient dans les écrits de Héron d'Alexandrie au ne siècle av.

J.-C.). L'émergence de la bourgeoisie en Europe (à partir des XIeXIIe siècles) introduit progressivement un élément de déstabilisation dans la société.

Elle se constitue initialement à partir de marchands, de banquiers ...

Pour vendre, il faut produire; quand le commerce s' êtend, il faut produire davantage ; pour cela, il faut souvent innover; si les possibilités, offertes par les structures sociales et économiques, plafonnent, ces structures elles-mêmes sont mises en cause (voir art.

16 à propos des systèmes énergétiques).

L'existence d'une rude concurrence induit la recherche systématique de tout ce qui est susceptible d'accroître la production, d'améliorer la rentabilité du travail. On peut noter quelques temps forts de cette progression : le XIIIe siècle (où se produit ce que J.

Gimpel appelle la « révolution industrielle aû moyen âge»); la Renaissance dont émergent, pour ce qui nous concerne, les figures emblématiques de ceux que B.

Gille appelle « les ingénieurs» (Léonard de Vinci : Brunelleschi, architecte du dôme de la cathédrale de Florence ; Albrecht Dürer, également peintre et graveur ...

).

Galilée n'est pas seulement le créateur de la méthode expérimentale, c'est aussi un personnage qui s'intéresse à la technique (à l' Arsenal de Venise, entre autres). Les spécialistes, qui ont la faveur des industriels et des entrepreneurs, sont les maître-artisans, les techniciens, les ingénieurs.

Formés d'abord par l'apprentissage, puis « sur le tas», ceux-ci ont bientôt besoin de connaissances plus approfondies. La technicité accrue des fabrications, l'évolution des sciences et celle des techniques commandent.

Cela explique l'apparition, aux côtés des modes traditionnels de formation, d'écoles d'ingénieurs semblables à celles que nous connaissons: École royale des Ponts et Chaussées (1747), École des Mines et des Techniques minières (1783) ...

Des savants mettent parfois eux-mêmes « la main à la pâte» : en optique (Galilée, Kepler, Huygens, Newton, Euler ...

); à propos de la mesure du temps (Galilée, Huygens ...

). Le mouvement s'accentue au XIXe siècle dans le cadre de la nouvelle révolution industrielle, qui repose sur un système énergétique dont l'élément dominant est la machine à vapeur. Les chimistes sont sollicités par l'industrie textile (pour la fabrication des colorants, pour le blanchiment des tissus, pour l'amélioration des techniques métallurgiques ...).

Les physiciens conduisent l'évolution de l'électrodynamique et de l'électromagnétisme.

L'électricité, en tant que facteur décisif de l'essor industriel, se manifeste surtout dans les 30 à 40 dernières années du siècle. Période charnière capitale, le XIXe siècle comporte, par rap, port à notre temps, des différences nettes: l'État en tant que tel (c'est-à-dire le pouvoir politique) s'intéresse à la formation des ingénieurs et des enseignants mais n'organise pas la recherche et ne la finance pas ; les chercheurs interviennent parfois mais ies acteurs principaux sont - et de loin - les ingénieurs et les techniciens; l'intérêt porté par les militaires est réel (explosifs, etc.), mais n'est pas qualitativement différent de ce qu'il était précédemment. Un phénomène n'est pas à négliger: l'influence de la science, de ses méthodes, de ses philosophies, sur les façons de penser, sur les mentalités.

Depuis le XVIIIe siècle, et particulièrement à la suite de la philosophie des Lumières (Voltaire, Rousseaù, Diderot, d'Alembert, Condillac, Condorcet...

) en France, la science est identifiée au progrès : technique, certainement, mais aussi intellectuel et spirituel.

Au XIXe siècle, cela se traduit de différentes manières.

La plus connue est le scientisme.

Sorte de religion (dans laquelle -la science remplaçait Dieu), il proclamait que le progrès des sciences et des techniques allait résoudre tous les problèmes, que le monde serait scientifiquement gouverné, etc. Parmi les tenants français les plus connus de cette tendance figurent Auguste Comte, Ernest Renan, Littré, le chimiste Marcelin Berthelot, etc.

Cette forme de scientisme a imprégné toute la pensée de son temps et continue à avoir de sérieuses répercussions de nos jours (voir art.

16, 20 et 21). Influencé aussi par lui, malgré sa volonté contestataire, le marxisme est pour l'essentiel une tentative d'application à tous les sujets (y compris à la politique et à ce qui deviendra les sciences humaines et sociales) des méthodes empruntées aux sciences expérimentales.

En réaction, sont apparues aussi des philosophies s'opposant aux sciences (Maine de Biran au début du siècle, Henri Bergson plus tard...

). La technoscience, composante majeure de la société Les bouleversements que nous connaissons au xxe siècle, étaient déjà en germe au siècle précédent.

Il est vrai qu'ils se sont accentués, amplifiés et que les prédécesseurs de nos actuels auteurs de science-fiction (Jules Verne compris) n'ont pas imaginé cette société totalement conditionnée par la technoscience, qui se fige presque complètement si l'électricité vient à manquer, qui cesse de fonctionner si les télécommunications se bloquent Il y a quelques années, des analystes ont imaginé ce qui pourrait se passer si, du fait de l'explosion d'une bombe thermonucléaire dans la haute atmosphère, tous les centraux téléphoniques (et autres), tous les relais électromagnétiques, tous les ordinateurs etc., sautaient.

Il y a trente ans, les dégâts auraient été gigantesques.

~ujourd'hui,.

sans quand même «revenir à l'âge de la pierre», ce sont presque toutes les activités économiques et sociales qui s'interrompraient Les modifications décisives, par rapport au siècle dernier, sont de différentes natures. Des changements quantitatifs Ils concernent : le nombre de scientifiques (quelques centaines au XVIII° siècle; 10 000 environ vers 1850; 100 000 environ vers 1900; 1 000 000 vers 1955, 5 000 000 environ vers 1981 ; la population scientifique mondiale a environ doublé tous les 10 ans de 1945 à 1980, ceci en ne recensant que ceux qui ont - à plein temps ou à temps partiel - une activité de recherche) ; le nombre et la dimension des laboratoires (on est passé en 200 ans du «cabinet» individuel au petit laboratoire, puis au grand Institut); le nombre de publications (deux revues en 1665; une douzaine vers 1750; un millier vers 1850; 75 000 aujourd'hui); le volume des crédits consacrés à la recherche (ponctuels et difficiles à évaluer avant 1939, faute de ligne budgétaire spécifique, ils ont augmenté constamment de 1945 à 1970, et ont eu ensuite une tendance relative à la stagnation.

En 1986, les États-Unis consacraient 2,80 % de leur produit intérieur brut à la recherche et au développement.

Il y a de très grands écarts entre les pays industrialisés et ceux du tiers monde). Des changements structurels Les chiffres que nous venons de citer évoquent déjà leur existence et leur ampleur.

Le statut social du scientifique s'est complètement transformé.

Jusqu'au début du XIXe siècle, il travaillait seul ou, tout au plus, aidé par quelques disciples.

Il lui arrivait d'être aidé par un riche mécène, d'avoir une fortune personnelle ou une activité professionnelle principale lui permettant de vivre (Galilée était professeur, Pierre de Fermat était magistrat, etc.).

Au XIX0 siècle, certains chercheurs ont été financés pour partie par des industriels (Pasteur, par exemple, a exécuté des contrats pour le compte de brasseurs du Nord) ou sont devenus industriels eux-mêmes (le chimiste français Gay- Lussac, par exemple).

Les gouvernements, en tant que tels, ne sont jamais intervenus systématiquement Après quelques décennies de transition au cours desquelles l'effort de recherche a été officieusement pris en charge par les universitaires (mais sans qu'ils reçoivent pour cela un financement particulier), l'accroissement du rôle social de la science est reconnu par la création de ministères spécialisés, l'affectation (très officielle, cette fois) d'un budget, la création de grands organismes.

Si l'on prend l'exemple français, le premier sous-secrétariat d'État à la recherche scientifique est fondé par Léon Blum en 1936 (et sa première titulaire est Irène Joliot - Curie), le C.N.R.S.

est en principe créé en 1939.

Viennent ensuite à partir de 45 : le C.E.A., le C.N.E.T., l'I.N.S.E.R.M., l'I.N.R:A., l'O.R.S.T.O.M.

devenu I.R.D.

: Institut de Recherche pour le Développement, le C.N.E.S., I.FR.E.MER.

: Institut Français de Recherche et d'Exploitation de la Mer, etc. Il y a certes toujours quelques savants prestigieux (les Prix Nobel et ceux - les plus médiatiques - que l'on voit à la.... »

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