SUJET Vous expliquerez et discuterez cette page de Marcel Proust sur la nature de l'envoûtement romanesque: « Tous les sentiments...
Extrait du document
«
SUJET
Vous expliquerez et discuterez cette page de Marcel
Proust sur la nature de l'envoûtement romanesque:
« Tous les sentiments que nous font éprouver la joie
ou l'infortune d'un personnage réel ne se produisent
en nous que par l'intermédiaire d'une �_!?_ de cette
joie ou de cette infortune; l'ingéniosité au premier
romancier consista à comprendre que dans l'appareil
de nos émotions, l'image étant le seul élément essentiel,
la sim_plificR�nsi_s_t_�_:r:�tt �-.§�P.P!!��! _ purement.
et _ simp.le.m..ent les __personnages réels serait · un-perféc
tionnement décisif.
un ·-êtrë.-rêel;··si p":roîondément.
que
nous --sympatliisfons avec lui, pour une grande part est
perçu par nos sens, c'est-à-dire nous reste opaque,
offre un poids mort que notre sensibilité ne peut soulever.
Qu'un malheur le frappe, ce n'est qu'en une petite partie
de la notion totale que nous avons de lui que nous pour
rons en être émus; bien plus, ce n'est qu'en une ·partie
de la notion totale qu'il a de soi qu'il pourra l'être lui
même.
La trouvaille du romancier a été d'avoir l'idée·
.
de remplacer ces parties impénétrables à l'âme par une
\ quantité égale de parties immatérielles, c'est-à-dire
que notre âme peut s'assimiler.
Qu'importe dès lors
que les actions, les émotions de ces êtres d'un nouveau
genre nous apparaissent comme vraies, puisque nous
les avons faites nôtres, puisque c'est en nous qu'elles
se produisent, qu'elles tiennent sous leur dépendance,
tandis que nous tournons fiévreusement les pr.tges du
livre, la rapidité de notre respiration et l'intensité de
notre regard? Et urie fois que le romancier nous a mis
dans cet état, où comme dans tous les états purement
\ \
intérieurs toute émotion est décuplée, où son livre va
nous troubler à la façon d'un rêve mais d'un rêve plus
clair.
que ceux que nous avons en dormant et dont le
souvenir durera davantage, alors, voici qu'il déchaîne
en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous
les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie
des années à connaître quelques-uns, et dont les plus
intenses ne nous seraient jamais révélés parce que -la
lenteur avec laquelle ils.
se produisent nous en ôte la
perception.
»
(Du côté de chez Swann, 1re partie, Gallimard édit,, Coll.
de La
Pléiade, texte établi par P.
Clarac et A.
Ferré, T.
I.
page 85.)
RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES
1.
/j_uel.
est le problème soulevé R,ar le sy,fet? est-ce celui du personnage
romanesque? est-ce c,elui de l'envoûtement, comme le suggère la ques
.
tion? n'est-ce pas plutôt celui du personnage et du lecteur ou, plus
exactement, celui des a!Jentures du personnage et du lecteur!'
2.
A quels'personnages pense Proust? Le contexte nous apprend qu'il est
jeune (13 ou 14 ans) et qu'il lit surtout des romans d'aventures {ce qui
explique les expressions de notre texte : « joie, infortur,e », c< tous les
bonheurs et tous les malheurs possibles >> ••• ).
Pour les auteurs, lui
même 1wus aide un peu : il a dit auparavant {ibid.
p.
39) que sa
grand-mère lui avait acheté La Mare au Diable, La Petite Fadette,
François le Champi, Les Maîtres Sonneurs.
Ce qui l'intéresse ici, c'est
donc le roman au sens le plus !Julgaire du mot : le roman romanesque;
et son analyse ne prétend pas porter sur le grand roman, le roman
intellectuel, réaliste, psychologique, etc ...
, mais sur le phénomène
romanesque à l'état pur (c< l'ingéniosité (lu premier romancier ))) .
·3.
Toute la page, qui n'offre ni une étude de la création romariesqùe
ni même un moyen de juger les bons et les maur,ais romans, a d'ailleurs
un ton beaucoup plus philosophique que littéraire.
La nuance est
importante pour traiter le der,oir, car elle engage à ne pas trop faire
d'efforts pour se demander à quelle école rattacher la façon dont Proust
pose le problème.
4.
En re!Janche, il importe d'être très attentif au Poca,bulaire psycholo
gique, notamment au mot....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓