« Presque tous les arguments contre Voltaire s'adressent, en somme, au trop d'esprit qu'il eut. Puisqu'il avait tant d'esprit, il...
Extrait du document
«
« Presque tous les arguments contre Voltaire s'adressent, en somme, au trop
d'esprit qu'il eut.
Puisqu'il avait tant d'esprit, il était donc superficiel.
Puisqu'il
avait trop d'esprit, c'est donc qu'il manquait de cœur.
Tels sont les jugements
du monde.
» (Paul Valéry.) Vous discuterez ce « jugement du monde », en vous
fondant sur la connaissance que vous avez de la vie et de l'œuvre de Voltaire.
Voltaire est par excellence le philosophe du XVIIIe siècle.
Dans une époque où les «
grands » et le clergé essayaient de se raccrocher à leurs privilèges, Voltaire, qui n'est pas
noble, s'est attaché à saper ce lourd édifice des traditions.
Il est évident que ceux contre
qui il voulait lutter ne pouvaient admettre que cet homme puisse les déloger de cette
citadelle où ils étaient retranchés.
Aussi s'employèrent-ils à essayer de le détruire.
Mais
Voltaire avait une arme que ses adversaires n'avaient pas : l'esprit, la verve.
Il savait
plaire.
Impertinent, il l'était, mais nous devons juger cette impertinence bien placée
puisqu'elle s'attachait à faire valoir les droits de l'homme.
Evidemment, cette verve, cet
esprit pouvaient être une arme à double tranchant : plaire, certes, mais aussi, en traitant
tout avec humour, ne pas faire prendre au sérieux ce qu'il avait à dire.
Voltaire n'est pas
tombé dans ce piège et, tout en étant un homme d'esprit, il a su aborder les problèmes
sérieux, graves, avec ou sans esprit d'ailleurs.
Quelques exceptions mises a part, il faut
aussi reconnaître que Voltaire a été, dans sa vie et dans ses œuvres, un homme bon et
juste.
Dans quelques-uns de ses écrits, Voltaire a pu paraître superficiel et même choquant.
Ainsi, dans Le Mondain, poèmes qui raconte la vie libertine, faite de plaisirs et de jeux,
d'un noble, il faut admettre que Voltaire n'est pas très sérieux et n'a cherché qu'à
amuser ou plutôt qu'à s'amuser, car fie doute fort que les nobles qui lurent ce poème
s'amusèrent.
Un autre exemple de cette littérature galante est donné par un récit
licencieux, le mot n'est pas trop fort : La Pucelle Jeanne d'Arc).
Dans la vie même de
Voltaire, on s'aperçoit Que cet homme a toujours aimé vivre dans le luxe, qu'il considère
comme étant indispensable : ce côté orgueilleux, vaniteux le Voltaire peut paraître
superficiel.
Mais vraiment la proportion d'écrits superficiels est infime par rapport à toute
l'œuvre de Voltaire, qui traite de problèmes beaucoup plus sérieux.
Dans quelques œuvres, l'esprit est tout à fait secondaire et même inexistant.
C'est le cas
notamment des Lettres philosophiques ou Lettres anglaises.
Voltaire a été obligé pour
échapper aux rigueurs de la justice, de se réfugier en Angleterre.
Là, il a vu les
institutions, les mœurs anglaises, et il en a conclu que le peuple anglais était un peuple
heureux : tout d'abord par son gouvernement, gouvernement qui est celui d'une
monarchie parlementaire où le roi n'a pas tous les pouvoirs, où le roi n'est pas libre de
ses actes ; il est en effet contrôlé par deux assemblées, qui dirigent vraiment le pays.
Il
faut cependant remarquer que Voltaire, bien que n'étant pas noble, mais aspirant à le
devenir, n'était pas partisan de l'égalité de tous les hommes.
Il lui semblait nécessaire
qu'il y eût des classes et le principe de la République ne lui avait jamais effleuré l'esprit.
Il était partisan d'un gouvernement à la manière anglaise, c'est-à-dire d'une monarchie
parlementaire fondée sur l'aristocratie.
En Angleterre, Voltaire a aussi admiré les mœurs
du peuple anglais, peuple calme, affable et surtout épris de liberté, de cette liberté que
Voltaire demandera pour la France, pour l'Europe et pour le monde, car, comme le disait
Montesquieu, « avant d'être Français, on est homme universel ».
Le ton de ces Lettres
Philosophiques n'est ni badin ni superficiel : c'est une œuvre grave où Voltaire donne
sincèrement son opinion sur ce qu'il considère comme étant le gouvernement idéal.
Comment peut-on traiter Voltaire d'homme superficiel quand on songe à cette œuvre
considérable qu'est Le Siècle de Louis XIV ? Dans cette œuvre, Voltaire pose les bases de
l'histoire moderne : vérité, objectivité.
Pour qui est de la vérité, je pense que l'on peut
faire confiance à Voltaire : ce n'est pas pour rien qu'il a mis vingt-cinq ans à écrire ce
livre, toutes ces années étant consacrées à la recherche, à la documentation : des récits
comme « Le Passage du Rhin » sont tout à fait précis, tout à fait vivants.
En ce qui
concerne l'objectivité, des réserves sont à faire, notamment à propos du domaine
religieux que Voltaire aborde en anticlérical absolu, incapable de comprendre que la foi
puisse exister.
Dans ses Contes, Voltaire touche à la philosophie et cela sur un ton plein d'esprit,
d'humour et de gaieté.
On peut voir dans les contes de Voltaire qu'esprit et sujets graves
ne sont pas incompatibles En effet, de quoi traite Candide, si ce n'est d'un sujet à priori
fort abstrait et prêtant peu à sourire : la critique de l'optimisme ? Mais, et c'est là le
talent de Voltaire, on en arrive à confondre l'histoire contée et le sujet philosophique
abordé.
Candide est un jeune homme simple et naïf qui a pour précepteur un certain
Pangloss, philosophe de, son état et pour qui « tout est pour le mieux dans le meilleur
des mondes ».
Candide va faire l'amère expérience de cette philosophie optimiste.
Candide, c'est-à-dire Voltaire, trouvera une conclusion demeurée célèbre : « Il faut
cultiver son jardin ».
C'est une conclusion relativement optimiste par rapport au ton du
conte.
Voltaire n'est pas, en effet, un pessimiste total, c'est un pessimiste modéré pour
qui la vie a du bon, malgré toutes ses imperfections que lui,....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓