Louis Lavelle critique ici les oeuvres littéraires dont la fonction est de nous «distraire», c'est-à-dire de nous faire oublier notre...
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Louis Lavelle critique ici les oeuvres littéraires dont la fonction est de nous «distraire»,
c'est-à-dire de nous faire oublier notre pensée pour nous plonger dans un monde, une
époque, où nous sommes étrangers.
Il introduit ainsi sa conception de la fonction du livre
: il faut que celui-ci soit le miroir du plus profond de nous-mêmes.
Le livre doit nous
émouvoir, éveiller nos «instincts» naturels, pour nous apprendre à nous connaître non
seulement au plus profond, mais également au plus vrai de nous-mêmes.
Cependant, le livre peut-il «nous promener dans des lieux du temps et de l'espace
auxquels nous sommes étrangers», nous «divertir», tout en nous émouvant et en nous
apprenant à nous connaître nous-mêmes? Se doit-il d'être essentiellement l'éternel
moyen de cultiver «nous-mêmes», et pour cela de nous plonger dans des mondes, des
situations, des époques familiers ? Enfin, l'efficacité de ce catalyseur «d'émotions», de ce
miroir de "nous-mêmes", est-elle la même à tous les niveaux de l'être, à tous les niveaux
sociaux ?
Si l'on prend le cas le plus simple, au niveau le plus simple, le livre peut nous «divertir»
et nous «émouvoir » en même temps, ceci étant vrai pour les enfants, et les contes.
En
effet, dès l'enfance, on plonge l'enfant dans des mondes étrangers, le monde le plus
connu étant celui des princesses et des rois.
Certes, ces contes pour enfants existent
pour divertir, mais également pour émouvoir et «éduquer» l'enfant.
Ils développent «
l'imagination », naturelle chez l'homme, ils réveillent une partie de «l'inconscient de
l'enfant»: le rêve, l'amour, l'ambition, l'héroïsme, et ils introduisent l'enfant à certaines
philosophies, telles que «il faut se battre pour réussir, il faut être sage, il faut aimer son
père et sa mère, il faut être bon et aider les malheureux» etc.
On peut citer les contes de Perrault, Le petit chaperon rouge, Cendrillon, ou encore des
contes de Marcel Aymé, etc.
Au niveau de l'adolescence, la jeune fille romanesque trouve son reflet dans Emma
Bovary.
Or l'époque et le monde de celle-ci diffèrent du monde du XXe siècle.
Les êtres
romanesques trouveront une source de rêves dans Tristan et Iseult, Roméo et Juliette,
plus que dans les romans d'amour de notre époque où le romantisme est plus ou moins
renié.
Enfin, il est certain que notre esprit se détachera plus facilement d'un monde étranger
que d'un monde connu, mais le recul dans le temps, le changement d'époque, ne
peuvent qu'être utiles à certains pour se découvrir eux-mêmes et pour abreuver leur
sensibilité.
Une époque apparaît d'ailleurs dans l'incapacité de fournir autant d'espèces de
livres qu'il y a d'espèces d'individus ; il faut donc que les « hors-siècles » puisent dans la
littérature plus ancienne pour se découvrir eux-mêmes (exemple : le romantisme).
Le XXe siècle devrait donc nous fournir tous les livres reflétant le XXe siècle et les
hommes de notre époque.
Nous avons vu cependant que ceci paraît impossible, tant
l'homme change d'un être à l'autre.
Le livre doit-il rester essentiellement un moyen de
culture de «nous-mêmes »? Non.
Il ne faut pas oublier l'utilité du livre pour notre culture
générale et l'on peut admettre là que les livres «anciens» peuvent nous
es apprendre plus de choses.
Tout d'abord, les livres d'époques différentes de la nôtre sont souvent (quand ils sont
bien écrits) de précieux tableaux de moeurs.
Zola, par exemple, est un précieux
historien.
Dans L'Assommoir ou Nana, nous avons la vie parisienne, la scène des
injustices et des révoltes sociales.
De même, les livres tels que Cléopâtre, ou les
classiques (Cinna, etc.) sont des véritables livres historiques, des tableaux de l'histoire
riches et vivants.
Il n'est pas inutile que l'homme se cultive sur ce qui a été avant lui
pour qu'il puisse analyser son acheminement jusqu'à notre siècle et pour qu'il comprenne
la partie «naturelle» de lui-même.
Les livres nous offrant des vues d'autres époques, d'autres mondes, sont également très
utiles pour l'être.
En effet, si l'on prend l'exemple des Thibault de Roger Martin du Gard, la crise de
l'adolescence y est éternisée par Jacques et Antoine, la jeune fille poétique par la soeur
de Jacques, l'amour spirituel par la mère d'Antoine.
Ainsi, de tous lieux, de toutes
époques, l'homme se retrouve dans ses traits les plus marquants et les plus profonds.
Dès lors, ce livre peut «nous révéler des éléments de nous-mêmes que nous portons en
nous perpétuellement, des parties essentielles de notre nature ».
Notre pensée restera peut-être plus attachée au livre «d'actualité», qu'au livre
«historique», par le simple fait que nous serons plongés dans le même monde juste
après.
Pourtant il existe des exceptions.
Le livre peut nous émouvoir, sans nous
«apprendre à nous connaître» et en nous plongeant dans un monde connu.
Je pense aux
livres qui sont «populaires» mais qui présentent le monde «des gangsters, des riches,
des espions, des chefs».
Tout livre est capable de nous émouvoir au plus profond de
nous-mêmes sans pour autant nous «éduquer».
L'être et le niveau social joueront alors
un grand rôle pour approfondir la fonction du livre.
Son efficacité peut alors être
discutée...
On peut revenir au cas des enfants.
Les contes de fée vont inculquer certaines
philosophies.
Nous avons cité les meilleures mais il en existe de mauvaises.
L'influence
du livre....
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