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L'organisation de la pièce: action, lieu, temps La lecture de Lorenzaccio frappe tout d'abord par sa complexité. Enlèvements, duels, empoisonnement...

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« L'organisation de la pièce: action, lieu, temps La lecture de Lorenzaccio frappe tout d'abord par sa complexité.

Enlèvements, duels, empoisonnement et complots, fausse vertu et débauche feinte, désœuvrement efficace et vaine agitation, tourments intérieurs et mouve­ ments de foule, destins individuels et significations symbo­ liques, les thèmes et les intrigues s'enchevêtrent dans les trente-huit scènes des cinq actes de la pièce.

Les lieux de l'action se succèdent, prenant place dans vingt décors diffé­ rents.

Dix jours sont nécessaires pour contenir les nombreux événements qui se déroulent.

Mais cette confusion n'est qu'apparente.

Paradoxalement, ce texte, conçu, à l'origine, pour la lecture, ne prend sa véritable dimension, sa véritable logique qu'à la représentation : grâce au schématisme que créent les conditions du spectacle, les grandes masses s'ordonnent; l'ensemble trouve son équilibre et son unité, apparaît dans toute sa signification et dans toute sa cohérence. UNE ACTION COMPLEXE Le sens de la pièce est clair : sur un fond historique qui plonge le spectateur dans l'Italie du xv1 ° siècle, s'inscrivent les tentatives pour transformer le système politique en place, pour en finir avec le régime autoritaire qui s'est ins­ tallé.

A ce niveau historique, s'ajoute un niveau philoso­ phique qui amène à poser, sur le plan individuel et collectif, les problèmes de l'action et de la pureté. C'est dans ce cadre que se développent les intrigues, que l'on appelle encore les fils de la pièce.

Elles sont au nombre de cinq : Lorenzaccio (intrigue 1 ), les républicains, qui se divi­ sent, par la suite, en deux camps, celui de Philippe Strozzi (intrigue 2) et celui de son fils Pierre (intrigue 3), la marquise Cibo (intrigue 4) et la masse anonyme des habitants 'âe Florence (intrigue 5) affrontent, avec des moyens et des objectifs divers, le tyran Alexandre de Médicis. Faut-il en conclure à une absence d'unité d'action ? Oui, en apparence, d'autant plus que ces cinq intrigues se dérou­ lent de façon relativement autonome.

Non, en fait, car des liens viennent les relier: c'est la faillite de l'opposition répu­ blicaine organisée qui amène Lorenzaccio et la marquise d'abord, Pierre ensuite, à chercher des formes d'action moins classiques; c'est l'abandon de la marquise par le duc qui permet à Lorenzaccio d'attirer sa victime dans un piège; c'est pour les républicains et pour le peuple que Lorenzaccio travaille.

Et puis, surtout, il s'agit de cinq tentatives dirigées contre le pouvoir représenté par un obstacle visible, le duc, et par un obstacle occulte, le cardinal Cibo.

Il s'agit de cinq formes d'action qui toutes échouent.

Chacun de ces cinq fils est conduit avec son exposition, son développement et son dénouement. Première intrigue : Lorenzaccio et l'engagement total L'intrigue essentielle est évidemment celle qui concerne Lorenzaccio: c'est lui qui donne son nom à la pièce et il y occupe 17 scènes sur 38 1 • C'est l'histoire de l'engagement total d'un être dans l'action.

Pour parvenir à ses fins, pour éli­ miner le tyran, il ne recule devant rien, il a tout misé, tout sacrifié, jusqu'à sa pureté, et constate avec désespoir qu'il s'est sali les mains, que, dans un souci d'efficacité, il est allé jusqu'à la destruction de ses valeurs les plus chères. L'exposition, qui consiste à fournir les données néces­ saires à la compréhension de la situation, est fort longue (acte 1, scènes 1 et 4; acte Il, scènes 2, 4, 5 et 6; acte Ill, 1.

Le total des scènes concernant les différentes intrigues dépasse le nombre de scènes que compte la pièce, parce que sou­ vent plusieurs intrigues prennent place dans la même scène. scène 1).

Elle se prolonge jusqu'au début de l'acte Ill.

Mus­ set entretient savamment le suspense, en maintenant le plus longtemps possible les doutes sur la véritable person­ nalité de Lorenzaccio.

Est-il un débauché, définitivement perverti ? Est-il, au contraire, un être désintéressé qui tra­ vaille pour le bonheur de Florence ? Cette ambiguïté ne se dissipe qu'à la scène 1 de l'acte Ill.

Le but que poursuit Lorenzaccio se révèle enfin, lorsqu'il confie à Scoroncon­ colo: «Tu as deviné mon mal, j'ai un ennemi», et désigne ainsi sa cible, Alexandre de Médicis. La technique adoptée présente deux particularités qui la distinguent des procédés de l'exposition traditionnelle et créent le dynamisme: Musset utilise l'effet de surprise qui repose sur le jeu des apparences et de la réalité et enchâsse habilement, à l'intérieur de l'exposé des faits, deux données, le vol de la cotte de mailles (acte Il, scène 6) et la lutte avec Scoronconcolo (acte Ill, scène 1), qui entrent déjà dans· la conduite de l'intrigue. Une fois qu'a été indiqué au spectateur toui: ce qui est nécessaire à la compréhension des faits, Lorenzaccio va se trouver partagé entre la préparation de son plan (acte IV, scènes 1, 3, 5 et 9), les efforts de dissimulation de son projet au duc (acte IV, scènes 1 et 10) et les avertissements inutiles donnés aux républicains (acte Ill, scène 3; acte IV, scène 7). Pour animer l'action, trois coups de théâtre interviennent, mais ils ne provoquent pas de rebondissements spectacu­ laires : à la scène 7 de l'acte IV, le refus des républicains de prendre Lorenzaccio au sérieux n'aura pas d'influence sur l'action entreprise, mais pèsera lourd sur ses conséquences. À la scène 1 de l'acte IV, la méfiance du duc au constat du vol de sa cotte de mailles, enfin, à la scène 10 de l'acte IV, les avertissements du cardinal Cibo auraient pu compromettre le déroulement du plan.

Mais il n'en est rien: ces épisodes ne connaissent pas en effet de véritable développement. L'action ne comporte donc que peu de rebondissements et rend parfaitement compte de la logique implacable avec laquelle Lorenzaccio conduit ses desseins.Trois scènes seu­ lement sont consacrées au dénouement qui se déroule pourtant en deux temps: à la scène 11 de l'acte IV, c'est la disparition de l'obstacle avec l'assassinat du duc; à la scène 6 de l'acte V, c'est la mort de Lorenzo, dont la tête a été mise à prix (acte V, scène 2). C'est là une fin significative qui montre que le véritable obstacle, ce n'était pas le duc.

Il ne l'était pas politiquement, puisqu'il est aussitôt remplacé.

Il ne l'était pas personnelle­ ment pour Lorenzaccio, dont le mal est, à l'évidence, tapi au fond même de l'âme. Deuxième et troisième intrigues : Philippe et Pierre Strozzi, la pensée ou l'action · L'action menée par Philippe et Pierre Strozzi occupe 16 scènes sur les 38 que compte la pièce.

Les deux intrigues se développent avec une symétrie parfaite.

Elles représentent les deux réponses données par les républi­ cains au pouvoir tyrannique : la patience et le compromis préconisés par le père, Philippe (12 scènes) ; la violence et l'irresponsabilité adoptées par le fils, Pierre (13 scènes) 1 . L'exposition est commune aux deux actions.

Elle ne s'étend pas au-delà du premier acte.

Elle est dynamique.

Elle montre concrètement la situation politique, la lutte sourde qui oppose le régime du duc aux républicains, en mettant en scène des affrontements individuels, comme l'insulte faite à Louise Strozzi par Salviati (acte 1, scènes e et 5), et la persé­ cution collective symbolisée par le banrtissemen:t des oppo­ sants (acte 1, scène 6). C'est cet ensemble de données qui entraîne les réactions. de Philippe et de Pierre Strozzi.

La conduite du père, homme� de pensée, philosophe, est marquée par l'indécision, les revirements, mais aussi le désintéressement.

Le comporte­ ment du fils, homme d'action, est, au contraire, placé sous le signe de la détermination, mais aussi de l'ambition.

Partis s d'une analyse identique, ils vont donc suivre des chemins totalement différents. 1.

Souvent, ces deux intrigues prennent place dans les mêmes scènes.

C'est pourquoi, l'addition des scènes où elles se dévelop­ pent (25 scènes) dépasse le nombre global de scènes concernant la famille Strozzi (16 scènes). Contrairement à ce qui se passe pour Lorenzaccio, cette double intrigue est traversée par des coups de théâtre importants: ils soulignent les contradictions entre la conduite du père et celle du fils et influent, de façon diffé­ rente et même opposée, sur les desseins des deux hommes.

L'échec de l'assassinat de Salviati (acte Il, scène 7), l'arrestation de Pierre et de Thomas (acte Ill, scène 3), la mort de Louise (acte 111, scène 7), autant de faits, entre autres, qui plongent Philippe dans le désespoir et la résigna­ tion, Pierre dans la fureur et le désir de vengeance (acte Il, scènes 1 et 5; acte Ill, scènes 2, 3 et 7; acte IV, scène 2). Le dénouement se produit en deux temps.

Les deux hommes, dont les conceptions apparaissent irrémédiable­ ment inconciliables, se séparent (acte IV, scène 6) : Philippe se retire à Venise, renonce à l'action et consacre sa vie à l'étude (acte V, scènes 2 et 6), tandis que Pierre, dévoré d'ambition, devient un activiste prêt à tout pour faire triom­ pher sa cause (acte IV, scène 8 ; acte V, scène 4).

Mais, pour l'un et l'autre, le couronnement de Côme de Médicis (acte V, scène 7) sonne comme un échec. Quatrième intrigue : la marquise, ou la voie de la sensibilité C'est toute sa sensibilité qu'engage la marquise Cibo pour faire pression sur les événements: éprise d'Alexandre de Médicis, elle espère l'amener par la force de son amour à modifier sa politique et à faire triompher la liberté. Cette intrigue, somme toute accessoire, ne se déroule que sur 6 scènes : une rapide exposition (acte 1, scène 3) révèle en action les liens qui existent entre le duc et la mar­ quise.

Un développement en 3 scènes raconte l'histoire d'un bref amour traversé par quelques cas de conscience: c'est, à la scène 3 de l'acte Il, la confession de la marquise au car­ dinal, son beau-frère ; à la scène 5 de l'acte Ill, l'attente angoissée de l'arrivée du duc; à la scène 6 de l'acte Ill, l'im­ possible amour entre deux êtres qui ne peuvent se comprendre. Le dénouement intervient en deux temps, avec l'aveu de la marquise à son mari (acte IV, scène 4) et la réconciliation finale des deux époux (acte V, scène.... »

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